Anna Suvorova. Muslim Saints of South Asia. The eleventh to fifteenth centuries. New York - London, Routledge Curzon, 2004, 244 p. (original) (raw)
1Publié auparavant en Russie en 1999, cet excellent ouvrage apporte une réflexion renouvelée et approfondie sur les pratiques et rituels de vénération des saints en Asie du Sud, et il se lit comme un roman, ce qui ne gâche rien. L’approche est pluridisciplinaire : l’analyse historique, religieuse et littéraire des sources majoritairement persanes se combine avec l’étude anthropologique des rituels et le symbolisme de l’architecture des tombeaux.
2Les huit chapitres forment une typologie de la sainteté et illustrent la richesse et la diversité du soufisme de la région. L’A. aborde à chaque fois la personnalité et l’enseignement d’un saint célèbre ou moins connu, son appartenance ou non à l’un des ordres soufis répandus en Inde, le développement du pèlerinage à sa tombe.
3Le premier chapitre est une introduction générale qui définit la sainteté (wilāya) en islam, les concepts de bénédiction (baraka) et de miracle (karāma), les pratiques du pèlerinage (ziyāra). Les chapitres suivants présentent successivement Hujwīrī, l’ermite de Lahore, soufi « sobre » et homme de science, Mu‘īn al-dīn Sizjī, fondateur de la Čištiyya, le saint engagé dans la vie de ce monde et tourné vers les autres, Bābā Farīd, ascète, poète « ivre » et passeur de l’islam dans les contrées reculées, Niẓām al-dīn Awliyā, pacifiste et philanthrope avant la lettre, crispé dans son refus de fréquenter les grands de ce monde, le Suhrawardī Zakariyā Multānī inféodé au sultanat, Mas‘ūd _Ġ_azī, le guerrier de l’islam, envahisseur-missionnaire et thaumaturge vénéré par les Hindous, les Jalālīs et les Madārīs, les sans-loi (bī-shar‘) de l’islam indien, les gyrovagues (qalandar) Bū ‘Alī Qalandar et Lāl Šahbāz Qalandar.
4Des notes, un glossaire et une bibliographie complètent le tout. L’étude des interactions entre la tradition mystique hindoue et le soufisme souligne la dualité entre la rigidité de l’« orthodoxie » normative et la souplesse quelque peu syncrétiste de l’islam populaire. Le culte des saints est étudié comme un phénomène universel et influençant toutes les sphères de la vie publique et privée.