Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire (original) (raw)

La réunion publique d’hiver, qui s’est tenue à l’hôtel de ville de Nantes le mardi 16 décembre, est venue clore l’exercice 2025 de notre institution. Elle fut marquée cette année par la remise d’un prix littéraire, la présentation du Cahier et l’entrée d’un nouveau membre.

Intermède musical de Florence Ladmirault

En ouverture de la séance, Patrick Barbier, en charge d’animer la rencontre, a brièvement présenté le magistral intermède musical en trois parties, réalisé en vidéo à Notre Dame de Bon Port par Florence Ladmirault, organiste titulaire des grands-orgues de la basilique Saint-Nicolas et de l’église Notre-Dame de Bon Port à Nantes, petite-fille du compositeur Paul Ladmirault et membre de l’académie.

Florence Ladmirault à l’orgue de Notre-Dame de Bon Port.

Interprété sur l’orgue Louis Debierre de l’église Notre-Dame de Bon Port, ce programme a proposé en ouverture le Boléro de concert, opus 166, de Louis-James Lefébure-Wély, l’Allegro brillante de Vincenzo Petrali et Fric-Frac de Raymond Valli.

Un peu plus tard dans la soirée fut présenté le Noël suisse, d’Antoine Lefébure-Wély, avant, en troisième partie, de A la venue de Noël, d’Antoine Lefébure-Wély.

Patrick Barbier rappela que les Lefébure-Wély sont une famille d’organistes et compositeurs qui ont tenu les orgues de l’église Saint-Roch à Paris. Quant à Louis Debierre, facteur d’orgue né à Nantes en 1842 et qui y décéda en 1920, il fut le cousin de l’armateur et homme politique Charles Brunellière. Initié par son père ébéniste, il poursuivit sa formation à Paris. Installé plus tard à Nantes, il créa « La Manufacture » un atelier réputé dans la réalisation d’orgues importants qui lui valut de nombreuses commandes. Il construisit pas moins de 600 instruments.

Ouverture de la séance

Devant une salle comble, Dominique Pierrelée, chancelier de l’académie, ouvrit la séance à 17h30 par un mot d’accueil avant de rappeler en quelques mots les faits majeurs de l’année écoulée, notamment l’admission à l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 3 octobre à Paris d’Olivier Grenouilleau, membre de l’académie, à la suite de son élection en avril dernier. Il annonça qu’un autre de ses membres, Emmanuel de Waresquiel, historien et spécialiste du siècle des Lumières, élu à cette même académie, occupera le fauteuil d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Au nom de Madame Johanna Rolland, maire de Nantes, Michel Cocotier, conseiller municipal de Nantes, en charge des délégations Pratiques artistiques en milieu scolaire et universitaire Lecture publique – Spectacle vivant et arts de la rue, lui a ensuite répondu, exprimant l’attention fidèle qu’accorde la municipalité à l’action poursuivie par l’Académie en faveur de la lecture et de la littérature.

Remise du prix du livre Sciences et société

Xavier Noël, président du jury, rappela que cette distinction, créée en 2024 avec le soutien de Nantes Métropole a pour objectif de valoriser des ouvrages dont le caractère scientifique répond aux grands enjeux de société. Il a été attribué cette année à Albert Moukheiber, un scientifique français, né le 08 octobre 1982 à Beit Mery au Liban.

Remise du prix à Albert Moukheiber

Docteur en neurosciences cognitives, titulaire d’un master en psychologie clinique, psychologue clinicien, ce dernier a travaillé pendant dix ans sur les troubles anxieux et la résilience à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. En 2018, il a cofondé Chiasma, un collectif dont les travaux sont axés sur le raisonnement critique et la flexibilité mentale, notamment sur la manière dont se forment les opinions et dont elles impactent les prises de décisions. Psychologue clinicien libéral, il enseigne à l’université Paris 8 la psychologie clinique et la psychopathologie

Le lauréat a notamment analysé les distorsions de raisonnement – biais cognitifs – qui ont été constatés à l’égard de sujets de société tels les vaccins ou le changement climatique. Il a notamment étudié la circulation des fausses informations constatée lors et à la suite de la pandémie de Covid.

Questionné par Xavier Noël, le lauréat a répondu avec une grande clarté et de façon brillante en exposant, à travers de multiples exemples tirés de la vie concrète, le sujet de sa recherche et ses interprétations.

Présentation du Cahier 2026

Jean-François Caraës a ensuite présenté l’édition 2026 du traditionnel cahier qui rassemble dans un même ouvrage les contributions des académiciens à propos du thème annuel. Le sujet fut cette année celui de la transformation dans ses multiples acceptions. Le sommaire comprend cinq parties distinctes.

L’illustration de couverture du Cahier 2026 de l’Académie est un collage réalisé par Ghislaine Lejard, membre de l’Académie.

1°) – Transformation des lieux

En illustration de cette partie, Gaëlle Péneau, membre de l’académie, évoqua, à la lumière de son expertise d’architecte, plusieurs exemples de mutation du patrimoine industriel, la Tate moderne, la filature Leblan à Lille, le hangar à bananes, l’Ecole des Beaux-Arts et les Nefs, à Nantes.

2°) – Transformation des regards

Pour illustrer cette partie, Vincent Rousseau, conservateur au Musée des Beaux-Arts de Nantes de 1975 à 2011, commenta les conditions improbable de l’acquisition de quatre œuvres détenues dans les réserves du musée : La naissance de William Bouguereau, L’Ecossais d’Edgar Maxence, La nymphe d’Albert Besnard et Kizette en rose, de Tamara de Lempicka.

3°) – Regards sur le pays de Chateaubriant

4°) – Francophonie et Europe

5°) – Dans le rétroviseur

Xavier Darcos et Olivier Grenouilleau

Hommage à Paul Louis Rossi

Annie Ollivier, membre de l’académie, autrice avec son époux Joël Pitrel d’un ouvrage récemment paru sur le tramway de Nantes et sur la médiathèque, a rappelé ensuite la mémoire de Paul-Louis Rossi. Membre d’honneur de l’Académie depuis 2008, cet écrivain s’est éteint le 6 février 2025. Il avait fait don de ses archives à la Ville de Nantes et un hommage lui a été rendu le jeudi 6 mars 2025 à Nantes, salle Jules Vallès.

Fils d’une mère bretonne (Le Queffelec) et d’un père italien, il était né le 4 novembre 1933 à Nantes et décéda le 6 février 2025 à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Il fut poète, romancier, essayiste, critique d’art, de cinéma et de jazz.

Parcours littéraire :

Romans :

Paul Louis Rossi (à droite) à côté de Jean-Louis Liters, membre de l’Académie.

Intronisation de John Tolan

John Tolan fut présenté par Philippe Josserand, normalien, agrégé d’histoire, professeur d’histoire médiévale à l’UFR Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université de Nantes, membre de l’académie, et par Dominique Barberis, également universitaire, auteure de nombreux ouvrages et membre également de l’académie.

Né le 16 avril 1959 à Milwaukee, cet universitaire et historien franco-américain est un spécialiste des contacts culturels et religieux entre mondes arabe et latin au Moyen Âge. Professeur d’Histoire à l’Université de Nantes, membre de l’Academia Europæa et de l’Institut d’Etudes Avancées de Nantes, il dirige le projet ERC « The European Qur’an » financé par l’Union européenne.

Admission de John Tolan à l’Académie littéraire.

Il commença ses études supérieure à l’université Yale, à New Haven, dans le Connecticut, avant d’obtenir un doctorat en histoire médiévale de l’université de Chicago en 1990, puis une habilitation à diriger les recherches de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris en 2001. Il s’est penché dans ses travaux sur l’histoire des réseaux relationnels qui, dans le monde méditerranéen médiéval, ont établi un lien entre juifs, chrétiens et musulmans.

Ses nombreux ouvrages et publication évoquent les problématiques contemporaines qui s’inscrivent dans les rapports historiques entre civilisations chrétienne et musulmane, ainsi que dans les relations entre l’Europe et l’islam.

Domique Barberis évoquant sa rencontre
avec John Tolan

Succédant à Philippe Josserand, Dominique Barberis, romancière réputée, amie de longue date de John Tolan, évoqua avec humour les circonstances dans lesquelles elle fit la connaissance du nouveau membre de l’académie, par le biais d’une de ses amis qui épousa ce dernier.

Remise de la médaille de la ville de Nantes

En clôture de la séance, Michel Cocotier remit à Albert Moukeiber et à John Tolan, avec ses félicitations, la médaille de la ville de Nantes, avant le cocktail proposé à l’assistance.