Le Campaniforme en France et dans les îles Anglo-Normandes : caractérisation des productions céramiques (original) (raw)

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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 997 / TOME 94, n° 2

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LE CAMPANIFORME EN FRANCE ET

DANS LES ILES ANGLO-NORMANDES :

CARACTÉRISATION DES PRODUCTIONS CÉRAMIQUES

Laure SALANOVA

orange, decorated by hatching or lines often impressed with shells. The pots which diverge from this standard, traditionally termed Bell Beakers, have to be considered as late Neolithic ceramic groups, closely linked to Bell Beakers.

According to the traditional chronology, the two groups of pottery succeed one another : the standard Bell Beaker diffused in an early stage before the regional styles appeared in a late stage. On the basis of radiocarbon dates, associations in single graves and analyses of series of pots, we think that this chronology is invalid. In fact, the variability of decoration depends more on the context of pots (academic style for the funerary pots and freer style for domestic pottery) than on chronology.

Le phénomène campaniforme se matérialise principalement par la vaste répartition d'une céramique richement décorée en forme de cloche, vers la deuxième moitié du IIIe millénaire avant J.-C.

En France, de nombreuses synthèses ont été réalisées à l'échelle régionale (L'Helgouach, 1961 ; Gui- laine, 1967...) ou nationale (Riquet eř al., 1963 ; Treinen, 1970...) dans les années soixante et soixante-dix. Cependant, ces études n'ont intégré que la dimension typologique du mobilier. Les modes de production, la quantification et les facteurs de variabilité des styles n'avaient donc jamais été abordés. Ces éléments sont pourtant essentiels pour comprendre l'insertion du Campaniforme dans les communautés de la fin du Néolithique.

Il était nécessaire de repérer les éléments révélateurs de normes régionales ou de variabilité individuelle et, finalement, le fond commun, à travers une analyse typologique et surtout technologique des céramiques à l'échelle de la France *. Au sein des chaînes opératoires qui ont

abouti à la fabrication des pots, nous avons privilégié une étape, celle de la décoration. Les décors sont, en effet, un des dénominateurs communs les plus évidents en Europe. Ils constituent, en outre, la base des typochronologies actuellement en vigueur.

Méthodologie

Le corpus

Sept cent cinquante vases ont été examinés dans une cinquantaine de musées et dépôts français. La sélection s'est opérée selon plusieurs critères. Le premier critère a été la représentativité du corpus, ce qui a conduit à privilégier les concentrations de mobilier, dont l'analyse est plus enrichissante que celle des tessons isolés. De la même façon, les vases entiers ou reconstituables étaient plus appropriés pour mener une étude technologique exhaustive. En outre, nous avons tenté, lorsque cela était possible, d'équilibrer les contextes des vases (sépultures et "habitats" au sens large). Toutefois, les styles régionaux (style pyrénéen et provençal), qui présentent peu d'intérêt dans une étude comparative à l'échelle nationale, n'ont pas été retenus. Enfin, la disponibilité du matériel est un critère non scientifique mais dont dépend toute étude, et de nombreux vases inédits restent malheureusement inaccessibles.

L'étude porte sur sept régions : la Bretagne, les Iles Anglo-Normandes, le Centre-Ouest atlantique, le Bassin parisien, l'Alsace et la Lorraine, les Pyrénées et le Languedoc-Rous- sillon, la Provence. Les 750 vases étudiés proviennent de 170 sites, dont la plupart sont des sépultures. Hélas, les contextes sont souvent confus : les sépultures collectives ont été explorées anciennement et, dans les habitats, les vases sont généralement inclus dans une nappe

* Ce travail a fait l'objet d'une thèse de doctorat (Salanova, 1 997).