La genèse de la frontière linguistique dans le Nord de la Gaule (original) (raw)




LA GENÈSE DE LA FRONTIÈRE LINGUISTIQUE DANS LE NORD DE LA GAULE
I. Toponymie pré-romaine
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Dans le nord de la Gaule et le nord-ouest de la Germanie, la toponymie pré-romaine présente trois aspects principaux qui, dans une certaine mesure, reflètent trois phases du développement.
1° Une grande quantité d'hydronymes, ainsi que beaucoup de noms de peuples et d'autres noms, appartiennent au domaine onomastique ancien-européen, qui s'étend de l'Océan Atlantique à la Russie Occidentale, mais qui, dans la péninsule ibérique, est apparemment beaucoup moins bien représentée 2. Tous ces noms sont des dérivés. Les principaux suffixes sont : ana, ara, asa, ala, antia (avec variation vocalique : ana, ona, ena, ina, una, na). Les suffixes surtout sont caractéristiques pour tout le domaine, mais les thèmes aussi sont représentés partout.
2° Dans la formation des noms d'établissements s'est, très tôt, produite une differentiation. Dans un domaine qui, en gros, a pour limites la frontière méridionale des anciens évêchés de Thérouanne, Arras, Cambrai, Liège (coïncidant donc dans ses grandes lignes avec la frontière méridionale des départements du Pas-de-Calais et du Nord ainsi que de la Belgique) et Cologne au sud-ouest, le Main au sud-est, et l'Aller et la Weser à l'est 3, les noms d'établissements sont dérivés, généralement d'hydronymes, à l'aide du suffixe -io- (= germ, -ja-) ou d'un suffixe double -inio- ou -akio- (== germ, -i/y'a-, -akjo-) ou bien formés avec une désinence de pluriel (dans les régions germaniques, l'aboutissement a été un datif pluriel ; dans les régions romanes, un accusatif pluriel). Au contraire, dans l'évêché de Trêves par exemple, les hydronymes sont employés comme noms d'établissements sans adjonction de suffixe.
Les limites ci-dessus tracées ne sont pas des limites absolues, mais des limites de densité : au nord de la Canche et de l'Authie, les noms du type septentrional deviennent rapidement ou progressivement plus nombreux, tandis qu'au sud ils diminuent rapidement, tout en apparaissant encore de façon sporadique jusqu'à la Seine.
Comme le domaine géographique englobé par le Toponymisch Woor~ denboek est trop restreint, les délimitations au sud-ouest et à l'est ne