Alphonse Karr (original) (raw)

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Jean Baptiste Alphonse Karr, né à Paris le 24 novembre 1808[1] et mort à Saint-Raphaël le 30 septembre 1890[2], est un romancier et journaliste français.

Alphonse est le fils du pianiste compositeur munichois Henri Karr[3] (1784-1843). Il étudie à Paris au collège Bourbon[4] et, dès l’âge de vingt ans, y enseigne quelque temps, en tant que professeur suppléant[5]. Il abandonne l’enseignement pour s’adonner à la poésie, et n’écrit qu’en vers[5]. Il espère alors gagner sa vie grâce à ses poèmes, et envoie une pièce en vers au journal Le Figaro, lequel lui répond que ses vers ne seront pas publiés, et lui conseille d’écrire en prose[5]. Alphonse Karr décide de travailler ses textes en prose pour pouvoir avoir un revenu. Il réécrit Sous les tilleuls en prose[5], et se fait publier. C’est ainsi qu’en 1832, à l’âge de 24 ans, il débute dans la littérature avec son roman le plus célèbre, Sous les tilleuls, paru en deux volumes[5], qui lui valut son entrée au Figaro.

Il se marie « fort jeune »[6] en 1834 avec la fille du notaire chez qui il travaillait à Mondoubleau, laquelle obtiendra quelques années plus tard une demande de séparation de corps par le tribunal[4]. Ils ont une fille, Jeanne Marie Louise Thérèse[7],[4], née le 2 septembre 1834 à Saint-Maur-des-Fossés[8]. Celle-ci écrira de courts récits, des romans, et fera des traductions[7] de l’allemand[4] sous le nom de Thérèse Karr. Elle écrira aussi sous divers pseudonymes, comme celui de Pierre Rosenkranz[7].

En 1836, Alphonse Karr participe à La Chronique de Paris, fondée par Honoré de Balzac, dont la parution ne durera que six mois, mais qui fut un joyeux intermède[9].

Caricature d'Alphonse Karr par B. Roubaud, av. 1848

Ami de Victor Hugo, il est un auteur associé au courant romantique. Son roman Histoire de Romain d’Étretat fait connaître Étretat, où il se rendait souvent. Par ses écrits et son réseau d’amis (artistes ou romanciers), il contribue aussi à la réputation de Trouville et d'Honfleur[3]. Son succès littéraire a également permis de populariser une autre station balnéaire normande, celle de Sainte-Adresse près du Havre, dont il est le conseiller municipal de 1843 à 1849 et dont il fait le cadre de plusieurs romans[3]. L'été, il aimait se rendre au Boucanet pour se promener le long de la plage, il écrit notamment « Si j'avais à montrer la mer à un ami pour la première fois, c'est Le Boucanet que je choisirais. »[réf. souhaitée]

Parallèlement à ses articles au Figaro, il écrit également dans les revues Entr’acte, la Revue de Paris et Le Corsaire[5], puis il signe des feuilletons dans La Presse et Le Siècle[5]. Il devient ensuite rédacteur en chef au Figaro[5], de 1836 à 1838[10].

Caricature d’Alphonse Karr par Touchatout dans le Trombinoscope.

De 1839 à 1849, il publie une revue satirique, Les Guêpes (reprenant ainsi Aristophane), dont il est l’unique rédacteur, dans laquelle il vitupère contre la plupart des célébrités de son époque. C’est le second succès phénoménal de sa carrière littéraire[3]. Il y écrit notamment en janvier 1849 la phrase : « Si l'on veut abolir la peine de mort, en ce cas, que MM. les assassins commencent : qu'ils ne tuent pas, on ne les tuera pas »[11].

En 1843, il relate, dans Le Siècle, le drame au cours duquel Léopoldine Hugo et son mari Charles Vacquerie ont trouvé la mort dans un naufrage sur la Seine, à Villequier. C’est par cet article que Victor Hugo, alors en voyage dans les Pyrénées, apprend la mort de sa fille et de son gendre.

Il participe également au journal L’Événement[12], quotidien créé par Victor Hugo en 1848, et qui parut jusqu’en 1851.

En 1840, ayant fait allusion, au cours d’une visite au salon littéraire de Louise Colet, aux amours de la maîtresse de maison avec Victor Cousin, celle-ci furieuse lui donne dans le dos un coup de couteau de cuisine. Blessé sans gravité, il ne porte pas plainte mais expose le couteau sur le mur de sa chambre du no 46 rue Vivienne avec cette inscription : « Donné par Louise Colet… dans le dos[13] ».

Pour Karr, opposant à la monarchie constitutionnelle, l’abdication du roi Louis-Philippe puis l’instauration de la IIe République en 1848 est une bonne nouvelle. Il échoue de peu à être député de la Seine-Inférieure. Il fonde Le Journal pour soutenir le général Louis Eugène Cavaignac mais le périodique ne dure que trois mois[3]. Le coup d’État de 1851 par Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, l’oblige à se retirer sur la côte d'Azur, alors située dans le royaume de Piémont-Sardaigne.

Bambusa multiplex Alphonse Karr à Zhudong (Taïwan)

Il s’installe précisément à Nice, où, tout en continuant à écrire, il loue une propriété agricole dans le quartier Saint-Étienne. Il développe une activité de floriculture (1853 à 1867)[14] et il ouvre avec succès, au 8 place du jardin Public, un magasin de vente de bouquets de fleurs, de fruits et légumes, destiné à une clientèle d’hivernants[15]. Son intérêt et sa connaissance des jardins expliquent qu’une poire, la Poire Alphonse Karr, un bambou, le Bambusa multiplex Alphonse Karr, et un dahlia aient été nommés en son hommage. Toujours ironisant, il a aussi publié un traité intitulé Comment insulter les plantes en latin.

Alphonse Karr est à l'origine de la première « Bataille des fleurs » pendant le Carnaval de Nice[16].

Caricature d’Alphonse Karr par Hippolyte Mailly pour le Hanneton du 1er aout 1867.

Sa fille Jeanne[17] naît en 1852. Elle se mariera avec le peintre, photographe et architecte Léon Bouyer[17]. Ils auront trois enfants, Suzanne l’aînée (nom d’épouse Gauvin), Alphonse né en 1872, puis Violette, née en 1875. Violette Bouyer-Karr publiera à son tour plusieurs romans et nouvelles[18],[19], et sera membre puis secrétaire de la Société des Gens de Lettres[19].

Il quitte Nice en 1865[20], exproprié par la construction de la gare de Nice-Ville[20], et il s’installe à Saint-Raphaël[20].

En 1870, il assiste la famille Bayon dans l’affaire Guillaume Bayon, à Saulce-sur-Rhône, une affaire criminelle jugée par la Cour d’assises de la Drôme, le 27 avril 1870. En mars 1871, il publie une lettre ouverte (JO de la Commune de Paris, 6 avril) très réticente à Thiers et proposant des mesures républicaines très radicales (suppression de l’armée, mise en loterie des biens de la couronne, etc.)

En 1882, la Ligue populaire contre la vivisection se créait, le président d’honneur était Victor Hugo et le président en exercice l’écrivain Alphonse Karr. Comme la SPA, créée en 1845, cette société allait veiller à la stricte application de la loi Grammont. Cette loi, qui avait été votée le 2 juillet 1850 par l’Assemblée nationale, punissait d’une amende de un à quinze francs, mais aussi de un à cinq jours de prison « les personnes ayant exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques », une précision était apportée : la peine de prison sera toujours appliquée en cas de récidive[21].

Alphonse Karr, qui aimait jouer aux dominos, était membre du club des dominotiers, fondé vers 1838 par le sculpteur Dantan jeune.

Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur, en 1845[22], et l’Académie française lui décerne le prix Vitet en 1875.

Alphonse Karr par Nadar, 1865-1870

Son dernier succès littéraire, l’Esprit d’Alphonse Karr, est une simple compilation de ses bons mots[3].

Sa nouvelle Les Willis a été à la base de l’opéra Le Villi de Giacomo Puccini (1884).

Malade depuis plusieurs jours d’une fluxion de poitrine[17], il meurt en 1890 à l’âge de 81 ans, dans sa villa de Saint-Raphaël, appelée « Maison Close[20] », aux côtés de sa fille Jeanne, de son gendre Léon, et de ses petits-enfants[17]. Il est enterré au cimetière tout proche, auquel la commune donnera son nom[17],[23], sous une tombe en forme de tronc d’arbre[24]. Viendront reposer auprès de lui sa fille Jeanne (1852-1929), son gendre Léon Bouyer (1844-1916) et un de leurs enfants, son petit-fils Auguste (1874-1920)[24].

Peu après son décès, ses amis lancent une souscription pour édifier un monument à sa mémoire. Ils en confient la réalisation au sculpteur niçois Louis Maubert. Ce monument inauguré en 1906 a disparu, le buste en bronze représentant Alphonse Karr ayant été fondu sous Vichy lors de la Seconde Guerre mondiale pour la récupération du métal[25]. Le modèle du buste est conservé au Musée d'art et d'histoire de Draguignan[26].

Sa petite-fille, l’écrivain Violette Bouyer-Karr (1875-1975), née à la « Maison Close »[18], « se vit dans l’obligation de gérer le domaine légué par ses parents[19] ». En 2014, un essai lui est consacré : L’humble Violette, femme forte, écrit par Françoise Grosjean[19].

Alphonse Karr est aussi l'oncle de la journaliste féministe catalane Carme Karr (1865-1943).

Selon Patrice Delbourg, Karr, « avec Capus, avec Feydeau, avec Aurélien Scholl, symbolise l’esprit et l’humour du boulevard. [...] Une sorte de prince de l’esprit, d'Aristophane du trottoir[27]. » C’était un spécialiste des bons mots, tantôt moralistes, tantôt acerbes, parfois misogynes.

Le Grand Chemin de la postérité par Benjamin Roubaud montre Alphonse Karr représenté en fin de course tel un démon moqueur regardant la troupe formée de Victor Hugo, Théophile Gautier, Cassagnac, Francis Wey, Paul Fouché, Eugène Sue, Alexandre Dumas,Alphonse de Lamartine, Frédéric Soulié, Honoré de Balzac, Alfred de Vigny ou George Sand, 1842

À Saint-Maur-des-Fossés.

Les Fleurs animées par Taxile Delord, Alphonse Karr et Granville, 1847

  1. Paris, État civil reconstitué, vue 9/51.
  2. Acte de décès à Saint-Raphaël, n° 44, vue 13/153.
  3. a b c d e et f Benoît Noël, « Alphonse Karr (1808-1890) : la Pénélope Normande et les Vergissmeinnicht », Le Pays d’Auge,‎ mars-avril 2007, p. 2-13.
  4. a b c et d Charles Lefeuve, Histoire du Lycée Bonaparte Collège Bourbon, 1852, p. 214.
  5. a b c d e f g et h Louis Adrien Huart et Charles Philipon, Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts, volume 1, Chez Aubert, 1839.
  6. Louis Adrien Huart et Charles Philipon, Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts, volume 1, Chez Aubert, 1839.
  7. a b et c Antoine Edmond Poinsot, Dictionnaire des pseudonymes, éd. Slatkine, 1887.
  8. « Licence de réutilisation d'informations publiques sans rediffusion d'images au public ou à des tiers - Archives départementales du Val-de-Marne », sur archives.valdemarne.fr (consulté le 8 janvier 2022)
  9. André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965, p. 308-309
  10. Fiche BnF du journal Le Figaro.
  11. Alphonse Karr, « Janvier 1849 », Les Guêpes, Michel Lévy frères, sixième série,‎ 1867, p. 304-305 (lire en ligne)
  12. Sandrine Fillipetti, Victor Hugo, Gallimard, 2011.
  13. Bernard Vassor, l’Attentat de la rue Bréda, Louise Colet et Alphonse Karr
  14. Alphonse Karr, Promenade hors de mon jardin, Lévy, 1856, p. 154.
  15. Marie-Thérèse Dufour-Lion, Nice-Historique, 1962, p. 115-116
  16. Armindo Biao, "Le parcours des fleurs d’Alphonse Karr, de Nice, France (XIXe siècle) à Maragogipe, Bahia, Brésil (XXIe siècle)", in Fêtes, mascarades, carnavals. Circulations, transformations et contemporanéité (dir. Nathalie Gauthard), Laverune, Editions L'Entretemps, collection "Les Anthropopages", 2014, 332 pages (ISBN 978-2-35539-176-7), pp. 198-206.
  17. a b c d e et f Article du journal Le Figaro, du 1er octobre 1890, consultable sur Gallica.bnf.fr.
  18. a et b [PDF] (ca) Revue Feminal n°27, du 27 juin 1909.
  19. a b c et d Présentation de l’essai de Françoise Grosjean, L’humble Violette, femme forte. Violette Bouyer-Karr (1875-1975) , Les Presses du midi, 2014, sur le site amisdejeanaicard, site des amis de Jean Aicard.
  20. a b c et d Article sur Alphonse Karr, site de la commune de Saint-Raphaël.
  21. Frédéric Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats, Paris, Plon/Fayard, avril 2008, 548 p. (ISBN 978-2-259-20686-0, lire en ligne).
  22. « Dossier dans l’ordre de la Légion d’honneur de Jean Alphonse Karr », base Léonore, ministère français de la Culture
  23. a et b Fiche du cimetière Alphonse-Karr, sur le site dossiersinventaire.regionpaca.fr.
  24. a et b Sépulture d’Alphonse Karr, sur le site tombes-sepultures.com.
  25. « Monument à Alphonse Karr – Saint-Raphaël (disparu) », sur e-monumen.net (consulté le 3 octobre 2020)
  26. André Alauzen et Laurent Noet, Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Marseille, Jeanne Laffitte, 2006 (1re éd. 1986), 473 p. (ISBN 978-2-86276-441-2, OCLC 920790818, BNF 40961988), p. 313
  27. Émission radiophonique Les Papous dans la tête du 11 mars 2012, France Culture.

Gravure pour La Pénélope normande.

v · mLe mouvement d’acclimatation au XIXe siècle sur la Côte d’Azur_Jardins botaniques disparus et acclimateurs dans le Var (côte varoise) et les Alpes-Maritimes (Riviera française) au XIXe siècle_
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