Dominique Manotti (original) (raw)

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Dominique Manotti, pseudonyme de Marie-Noëlle Thibault[1],[2], née le 23 décembre 1942[3] à Paris, où elle a toujours vécu, est une écrivaine française.

Agrégée d'histoire, spécialiste de l'histoire économique du XIXe siècle, auteure d'une thèse consacrée au rachat des chemins de fer au XIXe siècle[4], elle enseigne d'abord cette discipline au lycée. Après 1968, elle rejoint l'université, au Centre expérimental de Vincennes, puis en tant que maître de conférences à Paris-VIII Saint-Denis.

Auteure tardive, militante politique depuis la fin des années 1950, notamment à l'Union des étudiants communistes, et syndicaliste à la CFDT jusqu'au milieu des années 1980[5], elle applique les outils de la recherche historique à l'écriture de romans noirs à forte connotation économico-politique et sociale.

Son premier roman, Sombre Sentier, publié en 1995, a pour toile de fond une grève de travailleurs clandestins turcs dans le Sentier, à laquelle elle avait participé en 1980. C'est dans ce roman qu'elle crée le personnage de l'inspecteur Théodore Daquin, policier homosexuel, qui sera également le héros de plusieurs autres romans.

Chroniques politiques des années 1980, ses premiers romans traitent de la spéculation immobilière (À nos chevaux), des implications politiques et économiques dans le monde du football (KOP), de la corruption et du commerce des armes (Nos fantastiques années fric).

Toujours inscrits dans leur contexte politique et social, ses romans suivants changent d'époque. Le Corps noir met en scène la Gestapo française en 1944, pendant l'Occupation. Lorraine connection a pour cadre les affrontements entre Alcatel et l'alliance Groupe Lagardère-Daewoo pour la reprise du groupe Thomson à la fin des années 1990. Racket est « librement (très librement) inspiré de l'« affaire Alstom », le rachat de l'entreprise française Alstom Énergie par l'entreprise américaine General Electric (2013-2015) »[6].

À la suite des attentats de 2015, elle participe au mouvement « Polar pour tous », qui rassemble une douzaine d'auteurs de polar qui décident, après les grands rassemblements organisés en soutien à Charlie Hebdo, d'aller gratuitement dans les lycées, pour rencontrer les élèves, et « prolonger le sentiment partagé de devoir agir pour prolonger et consolider la fraternité entrevue ces jours là, marginaliser la peur, la violence, renforcer notre vie commune en société »[7].

Dominique Manotti est une auteure de romans noirs dont les récits s'inscrivent dans des contextes socio-politiques inspirés de l'actualité.

Elle recherche la simplicité dans son style, comme elle le dit : « J'apprécie ce style direct sans fioritures ». Pour cela, elle écrit principalement ses romans et ses nouvelles au présent, ce qui rend l'intrigue actuelle. Elle prépare des phrases simples et intègre peu de figures de style[8].

Elle travaille pendant six mois sur la documentation, c’est-à-dire essentiellement les journaux de la période, des livres d’enquêtes, des interviews : « Je n'écris pas vite ! Déjà, je prends toutes mes notes à la main, c'est mon processus d'appropriation, j'établis notamment une chronologie que je raccourcis énormément dans le roman, et je corrige beaucoup[9]. » Dominique Manotti n'est finalement pas si loin d'un écrivain comme Émile Zola dans sa manière de documenter ses romans, comme le montre sa participation au colloque de Cerisy en 2016 : « Lire Zola au XXIe siècle »[10].

Elle a découvert le roman noir à travers le cinéma noir, c'est après avoir vu les grands films de John Huston, Howard Hawks et Billy Wilder qu'elle a lu les romans qui les avaient inspirés[11]. Ses références sont les romans français du XIXe siècle, et les romans américains du XXe. Elle a lu plus de polars américains que de polars français[12].

Elle s'inspire aussi de faits réels comme dans Bien connus des services de police, qui s'inspire d'une bavure policière dans les années 2002-2003[13].

  1. Sombre Sentier, Seuil, 1995 (ISBN 2-02-025383-6)
  2. À nos chevaux !, Rivages, 1997 (ISBN 2-7436-0226-0)
  3. Kop, Rivages, 1998 (ISBN 2-7436-0365-8)
  4. Or noir, Gallimard, coll. « Série noire », 2015 (ISBN 978-2-07014-870-7)
  5. Racket, Les Arènes, coll. « EquinoX », 2018 (ISBN 978-235204-733-9)
  6. Marseille 73, Les Arènes, coll. « EquinoX », 2020 (ISBN 979-1037501196), roman lié aux agressions racistes en 1973 à Marseille[14],[15],[16]
  7. Nos fantastiques années fric, Rivages, 2001 (ISBN 2-7436-0831-5)
  8. Bien connu des services de police, Gallimard, coll. « Série noire », 2010 (ISBN 978-2-07-012832-7)
  9. Racket, Les Arènes, coll. « EquinoX », 2018 (ISBN 978-235204-733-9)
  1. Service communication, Université de Paris VIII, « De Marie Noëlle Thibault à Dominique Manotti »
  2. « Dominique Manotti », dans Claude Mesplède (dir.), Dictionnaire des littératures policières, vol. 2, Nantes, Joseph K..
  3. Delphine Japhet, « Dominique Manotti, l'archéologue du présent (À voie nue, 2/5) », sur France Culture, 15 décembre 2015.
  4. Marie-Noëlle Thibault, « La question du rachat des chemins de fer dans l'idéologie républicaine au xixe siècle: (1832- 1883) », Thèse, Université de Bourgogne,‎ 1975 (lire en ligne, consulté le 19 mars 2021)
  5. « Dominique Manotti : du militantisme à l’écriture tout en parlant de politique », entretien réalisé par Franck Frommer et Marco Oberti, in Mouvements, La Découverte, no 15-16, 2001/3, p. 41-47, à lire en ligne sur cairn.info
  6. Avertissement de l'auteur, page 7 de Racket.
  7. « Polar pour tous », sur Dominique Manotti, 20 février 2015 (consulté le 19 mars 2021).
  8. Franck Frommer, « Dominique Manotti : du militantisme à l'écriture tout en parlant de politique », sur cairn.info, mars 2001 (consulté le 19 mars 2021)
  9. Sabrina Champenois, « «Il faut laisser le lecteur faire l’addition» : entretien avec Dominique Manotti », sur Libération (consulté le 19 mars 2021).
  10. « Lire Zola au XXIe siècle (2016) », sur www.ccic-cerisy.asso.fr (consulté le 30 mars 2021).
  11. « Dominique Manotti : «J'ai lu les Américains avec passion» », sur LEFIGARO (consulté le 30 mars 2021)
  12. « Interview dans Fondu au noir », sur Dominique Manotti, 9 juin 2020 (consulté le 19 mars 2021).
  13. « Le débat sur la police est ouvert. Profitons-en », sur Dominique Manotti, 4 décembre 2020 (consulté le 19 mars 2021)
  14. « Une année, un polar (5/5) : Marseille, 1973 », sur LExpress.fr, 20 août 2021 (consulté le 16 janvier 2022)
  15. « "Marseille73", de Dominique Manotti », sur www.franceinter.fr (consulté le 16 janvier 2022)
  16. « Marseille1973 de Dominique Manotti : "Raconter, c'est résister" » [vidéo], sur Télérama (consulté le 16 janvier 2022)
  17. a et b Palmarès
  18. a et b Notice des Éditions Points
  19. a et b Palmarès prix Mystère de la critique
  20. Palmarès du grand prix du roman noir du festival de Cognac
  21. a et b Palmarès Dagger Awards
  22. a et b Palmarès trophées 813
  23. Palmarès 2019 festival de Beaune 2016
  24. Palmarès 2019 Quais du polar
v · mLauréats du prix Mystère de la critique : prix du meilleur roman français
Années 1970-1990 Albert Simonin (1972) Fred Kassak (1973) Boileau-Narcejac (1974) Raf Vallet (1975) Louis C. Thomas (1976) A. D. G. et Georges-Jean Arnaud (1977) Michel Grisolia (1978) Alain Demouzon (1979) Jean Vautrin (1980) Jean-François Coatmeur (1981) Brice Pelman (1982) Albert Davidson (1983) Tito Topin (1984) Pierre Magnan (1985) Jean Amila (1986) Didier Daeninckx (1987) Daniel Pennac (1988) Patrick Raynal (1989) Joseph Bialot (1990) Jacques Syreigeol (1991) Tonino Benacquista (1992) Jean-Bernard Pouy (1993) Thierry Jonquet (1994) Jean-Hugues Oppel (1995) Fred Vargas (1996) Pascal Dessaint (1997) Hugues Pagan (1998) Thierry Jonquet (1999)
Années 2000-2020 Fred Vargas (2000) Alain Demouzon (2001) Dominique Manotti (2002) Claude Amoz (2003) Michèle Rozenfarb (2004) Hervé Le Corre (2005) Jean-Hugues Oppel (2006) Dominique Manotti (2007) Pascal Dessaint (2008) Caryl Férey (2009) Hervé Le Corre (2010) Marin Ledun (2011) Marcus Malte (2012) Olivier Truc (2013) Romain Slocombe (2014) Nicolas Mathieu (2015) DOA (2016) Cloé Mehdi (2017) Franz Bartelt (2018) Patrick Pécherot (2019) Thomas Cantaloube et Richard Morgiève (2020) Sébastien Rutés (2021) Frédéric Paulin (2022) Jérôme Leroy (2023) Roxanne Bouchard (2024) Frédéric Paulin (2025)
v · mLauréats du grand prix de littérature policière - prix du meilleur roman policier français
1948-1960 Léo Malet (1948) Odette Sorensen (1949) Géo-Charles Véran (1950) Jacques et Germaine Decrest (1951) André Piljean (1952) Jean-Pierre Conty (1953) François Brigneau (1954) Gilles-Maurice Dumoulin (1955) Guy Venayre et Michel Lebrun (ex æquo) (1956) Frédéric Dard (1957) Fred Kassak (1958) Paul Gerrard (1959) Hubert Monteilhet (1960)
1961-1975 - (1961) Pierre Forquin (1962) Sébastien Japrisot (1963) Michel Carnal (1964) Marc Delory (1965) Laurence Oriol (1966) Jean-Pierre Alem (1967) Dominique Fabre (1968) Francis Ryck (1969) Paul Andréota (1970) René Reouven (1971) Gilbert Tanugi (1972) Jean-Patrick Manchette (1973) André-Paul Duchâteau (1974) Yvon Toussaint (1975)
1976-2000 Jean-François Coatmeur (1976) Christopher Diable (1977) Madeleine Coudray (1978) Joseph Bialot (1979) Dominique Roulet (1980) Pierre Siniac (1981) Jean-Pierre Cabanes (1982) Jean Mazarin (1983) René Belletto (1984) Didier Daeninckx (1985) Gérard Delteil et Christian Gernigon (ex æquo) (1986) Jacques Sadoul (1987) Jean-Paul Demure (1988) Tito Topin (1989) Michel Quint (1990) Hervé Jaouen (1991) Tonino Benacquista (1992) Paul Couturiau (1993) Jean-Jacques Fiechter (1994) Philippe Huet (1995) Jean-Hugues Oppel (1996) Brigitte Aubert (1997) Serge Gardebled (1998) Laurent Bénégui (1999) Pascal Dessaint (2000)
2001- aujourd’hui Michel Crespy (2001) Patrick Pécherot (2002) Laurent Martin (2003) Virginie Brac et Gilbert Sinoué (ex æquo) (2004) Philip Le Roy (2005) Catherine Fradier (2006) DOA (2007) Caryl Férey (2008) Hervé Le Corre (2009) Alexandra Schwartzbrod (2010) DOA et Dominique Manotti (2011) Karim Miské (2012) Sandrine Collette (2013) Antoine Chainas (2014) Joseph Incardona (2015) Luc Chomarat (2016) Hannelore Cayre (2017) Marion Brunet (2018) Richard Morgiève (2019) Frédéric Paulin (2020) Sandrine Cohen (2021) Hugues Pagan (2022) Colin Niel (2023) Olivier Bordaçarre (2024)