Francis Carco (original) (raw)
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Francis Carco, nom de plume de François Marie Alexandre Carcopino-Tusoli, né le 3 juillet 1886 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le 26 mai 1958 dans le 4e arrondissement de Paris (Seine), est un écrivain, poète, journaliste et parolier français[1].
Connu également sous le pseudonyme de Jean d'Aiguières, il est le cousin de l'historien et homme politique Jérôme Carcopino.
Carco passe ses cinq premières années en Nouvelle-Calédonie, où son père travaille comme Inspecteur des domaines de l'État. Chaque jour, il voit passer, sous les fenêtres de la maison familiale de la rue de la République, les bagnards enchaînés en partance pour l'île de Nou. Il restera marqué toute sa vie par ces images qui lui donneront le Goût du Malheur. Son père est nommé en Métropole.
Il réside alors avec sa famille à Châtillon-sur-Seine[2]. Confronté à l'autoritarisme et à la violence paternelle, il se réfugie dans la poésie, où s'exprime sa révolte intérieure.
En 1901, la famille s’installe au no 31 de l'avenue de la République, à Villefranche-de-Rouergue[2], puis, au gré des mutations du père, à Rodez de 1905 à 1907. Il fait de fréquents séjours chez sa grand-mère au no 4 de la rue du Lycée, à Nice[2].
Il fait quelques séjours à Agen, où il est surveillant durant quatre mois avant de se faire renvoyer par le proviseur, ayant été surpris laissant sans surveillance les élèves dont il avait la charge, puis à Lyon et Grenoble, des villes dont il parcourt et observe les bas-fonds[2]. Au cours de ces séjours, il rencontre les jeunes poètes qui fonderont avec lui, dès 1911, l'École fantaisiste : Robert de la Vaissière, qui est son collègue au lycée d'Agen, Jean Pellerin, Léon Vérane, Tristan Derème, entre autres.
Carco s'installe à Paris en janvier 1910. Il commence à fréquenter Montmartre. Un bon de consommation en poche, qu'il a découpé dans une revue, il se rend au cabaret Au Lapin Agile[2], où il croise notamment Pierre Mac Orlan, Maurice Garçon et Roland Dorgelès. Après avoir poussé avec succès la « goualante » (chantant des chansons des « bat d'Af ») à l'invitation du père Frédé, maître des lieux, il est immédiatement accueilli à la grande table où se réunissent les bohèmes de ce temps. Il est aussi l'ami de Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Maurice Utrillo, Gen Paul, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Paul Gordeaux et Marcel Leprin. Il assure également la critique artistique dans les revues L'Homme libre et Gil Blas. Sentant qu'il risque sa perte dans ce « Montmartre des plaisirs et du crime », il rejoint Nice où sa grand-mère lui « donne la croûte et fournit un ameublement soigné. »
Il publie son premier recueil, La Bohême et mon cœur, en 1912. Début 1913, Carco retourne à Paris. Il s'installe au no 13 du quai aux Fleurs. Il rencontre Katherine Mansfield, compagne de John Middleton Murry, journaliste londonien[2]. « Rebelle et pure jeune fille » originaire de Nouvelle-Zélande, elle quitte quelques mois le domicile conjugal et il entame avec elle une relation troublante, inaboutie, un « amour voué au désastre », comme il le disait lui-même, qui le marquera jusqu’à la fin de ses jours. Il lui prête son appartement pendant qu'il effectue son service militaire à Gray, près de Besançon. Il dira que Mansfield, dans les lettres qu'elle lui adressera alors de Paris, lui a donné toute l'inspiration et les descriptions de Paris qu'il utilisera lorsqu'il publiera Les Innocents en 1916. L'année suivante, elle fait de lui un portrait sinistre à travers le narrateur cynique et désabusé Raoul Duquette dans sa nouvelle Je ne parle pas français[3].
En 1914, il publie au Mercure de France, grâce à l'appui de Rachilde, épouse d'Alfred Valette le directeur de la revue, Jésus-la-Caille, histoire d’un proxénète homosexuel, dont il a écrit la plus grande partie lors de son exil-refuge chez sa grand-mère à Nice. Ce premier roman est applaudi par Paul Bourget. Mobilisé en novembre 1914 à Gray en tant qu'intendant des postes (il a pour habitude d'écrire des poèmes sur les enveloppes des courriers qu'il distribue aux soldats), il rejoint, grâce à l'aide de Jean Paulhan, un corps d’aviation à Avord, près de Bourges, puis à Étampes et enfin à Longvic près de Dijon. Il aura très peu l'occasion de voler et de mettre en valeur son brevet d'aviateur[4] obtenu le 10 décembre 1916, se blessant au genou gauche et étant assez vite démobilisé.
Il rencontre l'écrivaine Colette dans les couloirs du journal L'Éclair en 1917 : « J'ai rencontré une grrrande dame » écrira-t-il à son ami Léopold Marchand. Leur amitié durera jusqu'à la mort de Colette. Ils passeront des vacances ensemble en Bretagne. Il la conseillera pour ses achats de tableaux.
D'autres livres suivront, notamment L'Homme traqué (1922) distingué, grâce au soutien de Paul Bourget, par le grand prix du roman de l'Académie française. Exprimant dans une langue forte et riche des sentiments très violents, L'Homme traqué est un des romans les plus émouvants de Carco. Viendront ensuite L’Ombre (1933), Brumes (1935) dont il dira à la fin de sa vie que ce fut son meilleur roman.
Il écrit des livres de souvenirs, notamment sur Toulet et Katherine Mansfield, Maman Petitdoigt, De Montmartre au Quartier latin, À voix basse, Nostalgie de Paris, des reportages sur le Milieu[5], et des biographies romancées de François Villon, Maurice Utrillo (1938) et Gérard de Nerval (1955). Sa biographie de Paul Verlaine (1948) est particulièrement réussie, tant dans le portrait d'un écrivain profondément lâche, le récit de sa relation avec Arthur Rimbaud, mais aussi avec Lucien Létinois, que dans la description du monde interlope et bohème dans lequel Verlaine évolue.
Son œuvre est riche d'une centaine de titres, romans, reportages, souvenirs, recueils de poésie, mais aussi pièces de théâtre comme Mon Homme qui lancera la rue de Lappe à la Bastille. Surnommé « Le romancier des Apaches », il réalisa certains des plus forts tirages d'édition de l'entre-deux-guerres.
Carco définit lui-même son œuvre comme « un romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux avec une nuance d’humour et désenchantement. » Dans ses livres transparaît l'aspiration à un ailleurs :
« Des rues obscures, des bars, des ports retentissant des appels des sirènes, des navires en partance et des feux dans la nuit. »
L'enfant battu par son père corse consacra sa vie aux minorités et en fera souvent le sujet de ses romans : Canaques, témoins de ses premières années à Nouméa, prostitués, mauvais garçons.
Carco réside successivement à Cormeilles-en-Vexin où il rachète le Château Vert, domaine d'Octave Mirbeau, avec les droits d'auteurs gagnés avec Mon Homme, puis revient au pied de la Butte, au no 11 rue de Douai[6], puis au no 79 du quai d'Orsay.
En 1932, à l'occasion de conférences qu'il donne à Alexandrie, en Égypte, il fait la connaissance d'Éliane Négrin, épouse du prince égyptien du coton Nissim Aghion. Sur ce coup de foudre, il quitte sa première femme, Germaine Jarrel (ils divorcent le 6 novembre 1935), au grand dam de ses amis de la Butte, pour accueillir à ses côtés Éliane Négrin, qui laisse son mari, ses richesses et ses trois enfants en Égypte. Sans rancune, Aghion leur adressera un télégramme de félicitations lors de leur mariage le 11 février 1936.
Carco et sa nouvelle épouse Éliane en 1936 (Studio Harcourt).
En septembre 1939, le couple emménage à L'Isle-Adam[2], avant de s'exiler (Éliane Négrin étant d'origine juive), à Nice, puis en Suisse où il retrouve son ami le peintre Maurice Barraud, qui a illustré en 1919 Au coin des Rues, et se lie d'amitié avec Jean Graven, valaisan, juriste, poète à ses heures, et éminent criminologue « dans la vie publique », qui représentera la Suisse au procès de Nuremberg[7].
Après la guerre, il s'installe à nouveau à L'Isle-Adam.
En décembre 1942, Carco bénéficia de l'aide active de Paul Morand auprès de Jean Jardin pour obtenir les passeports nécessaires à son passage en Suisse[8].
Plaque commémorative 18 quai de Béthune (Paris).
De 1948 à son décès dû à la maladie de Parkinson, Francis Carco habitera au no 18 du quai de Béthune, hôtel de Comans d'Astry, sur l'île Saint-Louis, à Paris, où une plaque commémorative lui rend hommage[2].
Il meurt le 26 mai 1958 à 20 h. Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux.
Son frère, le poète et parolier Jean Marèze, suicidé en novembre 1942 à Paris, 11, rue du Bois-de-Boulogne[réf. nécessaire][9], et sa seconde femme, Éliane Négrin, morte en 1970, reposent à ses côtés.
Il est élu membre de l'académie Goncourt le 13 octobre 1937 au fauteuil de Gaston Chérau.
Jésus-la-Caille, 1914
Les Innocents, 1916
Badigeon aviateur, 1917
Les Mystères de la morgue ou les Fiancés du IVe arrondissement, écrit en collaboration avec Pierre Mac Orlan, 1919
Scènes de la vie de Montmartre, 1919
Bob et Bobette s'amusent, 1919
L’Équipe, 1919
Boudebois ou le Roman comique d'un aviateur, 1919
Rien qu'une femme, 1921
L'Homme traqué, 1922, rééd. Librairie Arthème Fayard, 1927, 1941[12]
Verotchka l'étrangère ou le Goût du malheur, 1923
Perversité, 1925
Le Couteau, Paris, À l'Enseigne de la Porte Étroite, 1925
Rue Pigalle, 1927
La Rue, 1930
L'Ombre, 1933
La Lumière noire, 1934
Brumes, 1935
Ténèbres, 1935
Blümelein 35, 1937
L'Homme de minuit, 1938
Surprenant procès d'un bourreau, 1943
Les Belles Manières, 1945
Morsure, 1949
Compagnons de la mauvaise chance, 1954
Le Roman de François Villon, Albin Michel, 1926
Gérard de Nerval, Albin Michel, 1953
Utrillo, Grasset, 1956
Le Doux Caboulot, musique de Jacques Larmanjat, chanté par Marie Dubas en 1931, Jean Sablon et Suzy Solidor en 1935
Quatre mélodies avec Henri Tomasi, dont Prière et Rengaine[14]
L'Orgue des amoureux, musique de Varel et Bailly, chanté par Édith Piaf en 1949
Chanson tendre, musique de Jacques Larmanjat, chanté par Fréhel en 1935 Carco chanta lui-même cette dernière chanson au Lapin Agile en 1952.
Maman Petitdoigt[15], 1920
Francis Carco raconté par lui-même, 1921
Promenade pittoresque à Montmartre, 1922
De Montmartre au Quartier latin, 1926
Complémentaires, 1929
Mémoires d'une autre vie, 1934
Amitié avec Toulet, 1934
Souvenirs sur Katherine Mansfield, 1934
À voix basse, 1938
Montmartre à vingt ans, 1938
Souvenirs de Montmartre et d'ailleurs, 1938
Bohème d'artistes, 1940
Nostalgie de Paris, 1941
Mémoires d'une autre vie, 1943
L'Ami des peintres, 1944
Ombres vivantes, 1947
Francis Carco vous parle, 1953
Rendez-vous avec moi-même, 1957
L'Amour vénal, 1927
Panam, 1927
Images cachées, 1929
Printemps d'Espagne, 1929
Prisons de femmes, 1931
Traduit de l'argot, 1932
Palace-Égypte, 1933
La Dernière Chance, 1935
Les Hommes en cage, 1935
La Route du bagne, 1936[16]
Heures d'Égypte, 1940
Instincts, 1911
La Bohème et mon cœur, 1912
Chansons aigres douces, 1913
Au vent crispé du matin, 1913
Petits airs, 1920
Messieurs les vrais de vrai, 1924
Suite espagnole, 1931
La Route du bagne, 1936
La Rose au balcon, 1936
Petite Suite sentimentale, 1936
À l'amitié, 1937
Verlaine, 1939
Poésies[17], 1939
Poèmes en prose, 1948
Morte Fontaine, 1949
La Romance de Paris, 1949
Poésies complètes[18], 1955.
1952 : Au pied des tours de Notre-Dame[19], 1952
Douze romans de Francis Carco, présentation de Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004 (ISBN 2-221-10192-8)
1930 : Paris la nuit (scénario)
1929 : Dans la rue, d'après Street Scene d'Elmer Rice, adaptation Francis Carco, théâtre de l'Apollo
De nombreux peintres et illustrateurs ont été associés à ses livres : Maurice Vlaminck, Suzanne Valadon, Gen Paul, André Derain, Pierre-Eugène Clairin, Louis Legrand, Pierre Ambrogiani, Chas Laborde, Maurice Asselin ou André Dignimont, qui a notamment illustré Perversité (1924), L'Équipe (1925), Bob et Bobette s'amusent (1930) et Nostalgie de Paris (1946).
- Le collège Carco, situé à Villefranche-de-Rouergue, en Aveyron.
- Une école située à Châtillon-sur-Seine, en Côte d'Or, porte le nom de Francis Carco.
- Le passage de la Goutte-d'Or dans le 18e arrondissement de Paris, a été renommé rue Francis-Carco en 1971.
- Il est cité dans la chanson Les Vieux Gamins (paroles de Jean Dréjac), interprétée par Serge Reggiani, et qui renvoie à l'époque où Carco fréquentait, comme tant d'artistes, de musiciens et d'écrivains, le quartier Saint-Germain-des-Prés, à Paris, dans les années 1950.
- Jean Ferrat a interprété une chanson en son honneur sur des paroles de Louis Aragon, sobrement intitulée Carco.
- En 2024, les éditions Plein Chant, rééditent La Danse des Morts comme l'a décrite François Villon, que Francis Carco, réfugié en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale a fait paraître à Genève en 1944[20].
- Francis Carco - bohème d'artistes, du 6 janvier au 26 février 2012 au musée du Montparnasse à Paris.
- ↑ (es) « Francis Carco », sur Cabaret Voltaire (consulté le 10 avril 2024).
- ↑ a b c d e f g et h « Biographie », sur terresdecrivains.com (consulté le 25 novembre 2013).
- ↑ (en-US) Elizabeth Wassell, « Katherine Mansfield: the radiant touch of genius », The Irish Times, 1er février 2014 (lire en ligne, consulté le 18 septembre 2018).
- ↑ Brevet no 5016.
- ↑ Carco est l'inventeur de l'expression « le milieu » qui désigne le crime organisé en France, abrégé de sa phrase « un milieu très spécial »[source insuffisante].
- ↑ CARCO (Francis). Lettre autographe signée adressée à Joseph Kessel.
- ↑ (fr-CH) Beccaria IV/2018, « Jean Graven (1899-1987) Notice biographique », sur Libreo - Swiss Humanities, 1er mars 2018 (consulté le 2 avril 2026)
- ↑ Pierre Assouline, Une éminence grise: Jean Jardin, (1904 - 1976), Balland, 1986 (ISBN 978-2-7158-0607-8)
- ↑ Empoisonné au gaz pour une femme selon Hervé Mille et Jean Rigaux.
- ↑ « Dossier dans l’ordre de la Légion d'honneur de François Marie Alexandre Carcopino-Tusoli, non communicable. », base Léonore, ministère français de la Culture
- ↑ Ce livre, remanié, est intégré à partir de 1920 dans Jésus-la-Caille, constituant son livre troisième.
- ↑ Impr. Louis Bellenand et Fils, 39 bois originaux de Morin-Jean.
- ↑ L'édition originale, illustrée de dix lithographies originales d'Utrillo et édité par M. Seheur en 1927, fut vendu à 105 exemplaires seulement (BNF 31906814).
Il a été adjugé pour 4 000 euros, en décembre 1998, à Drouot.[réf. nécessaire] - ↑ Henri Tomasi et Francis Carco sur musique.histoire.free.fr.
- ↑ Illustrations du peintre et graveur André Deslignères.
- ↑ Nouvelle édition en 1942 (« Le Livre moderne illustré »), illustrée par Henry E. Burel.
- ↑ Recueil de poèmes dans lequel figurent des poèmes comme À Éliane.
- ↑ Édition illustrée d'aquarelles et dessins par P. Berger, Yves Brayer, Dignimont, Dunoyer de Segonzac, Fontanarosa, Thevenet, Villeboeuf, Vlaminck.
- ↑ Francis Carco, Gilles Freyssinet, Le Paris de M'sieur Francis, Arcadia Editions, 2005, p. 337.
- ↑ Notice de présentation.
- Joseph Peyré, Francis Carco, Éditions de Pau-Pyrénées, 1923.
- Philippe Chabaneix, Francis Carco, Éditions Seghers, coll. « Poètes d'aujourd'hui », no 13, 1949.
- André Négis, Mon ami Carco, Albin Michel, 1953 (rééd. 1986).
- Jean-Jacques Bedu, Francis Carco au cœur de la bohème, éditions du Rocher, 2001 (ISBN 2-268-03982-X).
- Gilles Freyssinet, Le Paris de M'sieur Francis, Arcadia, 2005 (ISBN 2-913019-31-5).
- André Nolat, Romances de la rue. Notes sur quatre écrivains : Mac Orlan, Carco, Simonin, Boudard, Éditions Baudelaire, 2009.
- André Nolat, « La vie tourmentée de Francis Carco », dans Némésis ou les vies excessives, Saint-Denis, Publibook, 2017.
- André Nolat, Pour saluer Francis Carco, Paris, éditions André Nolat et Publibook, 2025.
- Jean Serroy (éd.), Les Poètes fantaisistes. Une anthologie, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque de littérature du XXe siècle », 2021.
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