Jean Rouaud (original) (raw)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Jean Rouaud, né le 13 décembre 1952 à Campbon (Loire-Inférieure), est un écrivain français qui a reçu le Prix Goncourt en 1990 pour son premier roman, Les Champs d'honneur.

Les Champs d'honneur est le premier volume d'un cycle romanesque fondé sur la vie de sa famille de la Première Guerre mondiale aux années 1980, cycle qu'il élabore au cours des années 1990.

Jean Rouaud est issu d'une famille de la petite-bourgeoisie rurale du département de la Loire-Atlantique (« Loire-Inférieure » jusqu'en 1957), installée à Campbon, près de Savenay, non loin de Saint-Nazaire, où il fait ses études secondaires de 1962 à 1969 au lycée catholique Saint-Louis.

Après avoir passé un baccalauréat scientifique[1], il étudie les lettres modernes à l'université de Nantes. Ayant obtenu sa licence, il se lance dans une maîtrise avec un mémoire sur le théâtre de Samuel Beckett, que, dans son livre Comédie d'automne (2023), il affirme ne pas avoir achevé[2].

Ayant mis fin à ses études, il occupe d'abord des emplois provisoires : pompiste, vendeur d'encyclopédies médicales ou monteur de décors de théâtre[3].

En 1978, il est engagé au journal nantais Presse-Océan. Comme il le raconte dans Régional et drôle, après avoir travaillé à la sélection des dépêches de l'AFP, il est chargé de rédiger un « billet d'humeur » publié tous les deux jours à la « une » du journal, avec la consigne du rédacteur en chef de « faire régional et drôle ».

Il part ensuite à Paris, où il travaille dans une librairie, puis, pendant quelques années, comme vendeur de journaux dans un kiosque du XIXème arrondissement.

Durant toute cette période il se consacre à l'écriture, raison pour laquelle il ne s'est pas engagé dans une profession plus traditionnelle.

En 1988, il rencontre Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, à qui il soumet un livre intitulé, selon ce qu'il affirme dans Comédie d'automne, Préhistoire. Lindon lui répond qu'il décèle chez lui un talent de romancier, mais que son livre contient trop de digressions poétiques hors-sujet.

Jean Rouaud se remet au travail et transforme Préhistoire en ce que Lindon accepte de publier sous le titre Les Champs d'honneur (Jean Rouaud constate a posteriori que sa digression sur « la pluie en Loire-Inférieure » a passé la censure de l'éditeur).

Les Champs d'honneur est publié au printemps 1990[4], et bénéficie d'un bon accueil du public, puis de la critique. Il est notamment invité de la première[5] de l'émission de Bernard Rapp, Caractères, qui succède à Apostrophes de Bernard Pivot. Pour cette première émission, Rapp a invité des auteurs de premiers romans.

De façon inattendue, il reçoit même le prix Goncourt[6], qui lui donne accès à des tirages considérables.

Ayant pu de ce fait arrêter l'activité de kiosquier, il écrit dans les années 1990 les quatre romans qui, avec Les Champs d'honneur, forment un cycle romanesque racontant l'histoire de sa famille et de sa propre enfance et adolescence.

En 2000, il est président du jury du prix du Livre Inter et du prix Jeune Mousquetaire du premier roman en 2014.

En 2001, il quitte les Éditions de minuit pour les éditions Gallimard, qu'il quitte en 2014 pour les éditions Grasset & Fasquelle.

En 2014, il publie aux éditions Dialogues, Éclats de 14, sur la Première Guerre mondiale, qui est très présente dans son oeuvre, notamment dans Les Champs d'honneur.

Depuis 2015, il tient une chronique hebdomadaire dans L'Humanité.

Marqué par la mort de son père au lendemain du jour de Noël 1963, alors qu'il n'a que onze ans, et par celle de deux autres proches parents au début de l'année 1964, Jean Rouaud ressuscite au fil de ses œuvres une famille décimée, à l'aide de mots simples et de clins d'œil remplis de malice et de tendresse. La mort de sa mère a lieu en 1996, avant qu'elle ait pu lire les lignes qu'il lui consacre dans ses derniers romans.

Dans ces récits familiaux, les événements ne sont pas exposés dans l'ordre chronologique ; le récit est en général constitué d'une suite de digressions, sans devenir cependant difficile à suivre. Dans les trois premiers livres du cycle, Jean Rouaud change les noms et prénoms de plusieurs personnages et de certaines localités : en particulier, il parle de « Random » et non de « Campbon » et n'énonce pas le nom de Rouaud. Ce n'est que dans le quatrième livre, publié après la mort de sa mère, qu'il renonce à ces artifices littéraires.

  1. Le Monde à peu près évoque « les épreuves de mathématiques, physique, chimie ».
  2. Page 79, il écrit : « [Jérôme Lindon] était au courant [de ma formation littéraire], m'ayant demandé sur quoi avait porté mon mémoire de maîtrise : le théâtre de Beckett, mémoire jamais achevé, mais qui me valut cette réponse mémorable de l'éditeur : Le ver était dans le fruit. »
  3. a et b Jean-Louis Ezine, « Rouaud le routard », L'Obs, 25 janvier 2011.
  4. Patrick Kéchichian, « « Les Champs d’honneur », la Grande Guerre écrite avec grâce par Jean Rouaud », sur Le Monde, 14 septembre 1990.
  5. Le Figaro, 30 août 2023;
  6. a et b Raphaëlle Leyris, « 13 septembre 1990 : « Le Monde » transforme le kiosquier Jean Rouaud en auteur », sur Le Monde, 12 août 2014.
  7. La loi Debré envisageait la suppression du sursis pour les étudiants ; la lutte étudiante contre cette loi date du début de 1973
  8. L'incendie de la charpente de la cathédrale a lieu le 28 janvier 1972. Le rapprochement entre cette date et celle de la loi Debré montre que Jean Rouaud a reconstruit la chronologie de cette période.
  9. André Clavel, « Jean Rouaud refait Mai 68 », L'Express, 2 mai 1996.
  10. Antoine de Gaudemar, « Rouaud tout flou », Libération, 16 mai 1996.
  11. Jean-Baptiste Harang, « Orphelin de la veuve », Libération, 26 février 1998.
  12. P.A., « Jean le bon », L'Obs, 8 janvier 2009.
  13. Jean-Claude Lebrun, « Jean Rouaud Joseph et Jean », sur L'Humanité, 29 mars 2012.
  14. Jean-Claude Lebrun, « La chronique littéraire de Jean-Claude Lebrun sur "Un peu la guerre" de Jean Rouaud », sur L'Humanité, 2 janvier 2014.
  15. Jean-Louis Ezine, « Jean Rouaud, comme en 14 », L'Obs, 23 janvier 2014.
  16. Jean-Claude Lebrun, « Jean Rouaud, suite de l’aventure », sur L'Humanité, 2 avril 2015.
  17. les critiques du Masque et la Plume , « 'Le Kiosque ' de Jean Rouaud ennuyeux ou merveilleux ? Les critiques du 'Masque' sont partagés », sur France Inter, 9 janvier 2019.
  18. Jean-Claude Raspiengeas, « « Kiosque » de Jean Rouaud », La Croix, 17 janvier 2019.
  19. Anne Coudreuse, Jean Rouaud et les leçons des quotidiens, Nonfiction, 2 mars 2019
  20. « Dans le cerveau poétique de Jean Rouaud », sur La République des livres, 14 mars 2019.
  21. Didier Jacob, « Rock and Rouaud », L'Obs, 8 mai 2008.
  22. Jean-Claude Lebrun, « Jean Rouaud : D’Haddock à Sarkozy », sur L'Humanité, 13 juin 2013.
  23. Erik Kempinaire, « Les Champs d’Honneur - par Deprez et Rouaud - Casterman », Actua BD, 5 septembre 2005.
  24. Marion Festraëts, « Moby Dick », L'Express, 10 mai 2007.

Sur les autres projets Wikimedia :