Jean-Pierre Filiu (original) (raw)

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Jean-Pierre Filiu, né le 19 décembre 1961 à Paris, est un politologue et arabisant français.

Professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, il y enseigne, entre autres, au sein de l'École des affaires internationales[1], après avoir été professeur invité aux États-Unis à l'université Columbia et à l'université de Georgetown. En tant que chercheur, il est rattaché au Centre de recherches internationales (CERI).

Diplomate de 1988 à 2006, il a à ce titre été membre de plusieurs cabinets ministériels.

Jean-Pierre Filiu est le fils d'un couple de professeurs[2], élevé à Amiens.

Diplômé en 1981 de Sciences Po Paris, il y soutient en 1985 une thèse de doctorat en histoire, sous la direction de Jean-Noël Jeanneney. Cette thèse, consacrée à « Mai 68 à l'ORTF », a depuis été publiée, avec le soutien de l'Institut national de l'audiovisuel.

Diplômé de l'Institut national des langues et civilisations orientales en arabe et chinois, il devient délégué de la Fédération internationale des droits de l'homme au Liban en pleine guerre civile. Il rédige en 1984 le premier rapport sur la tragédie des civils « disparus » dans le conflit libanais et il témoigne à ce sujet devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Il est ensuite responsable en 1986 d'un projet humanitaire dans une zone d'Afghanistan tenue par la résistance anti-soviétique[3].

Conseiller des Affaires étrangères de 1988 à 2006, il a été en poste en Jordanie (premier secrétaire à l'ambassade de France), aux États-Unis en tant qu'attaché culturel, puis en Syrie (premier conseiller à l'ambassade de France) et enfin en Tunisie (ministre-conseiller à l'ambassade de France)[4]. Il a aussi été membre des cabinets du ministre de l'Intérieur Pierre Joxe (1990-1991), du même ministre à la Défense (1991-93) et du Premier ministre Lionel Jospin (2000-2002)[5]. Vincent Duclert, président de la Commission française d’historiens sur le rôle de la France au Rwanda, le cite dans son rapport de 2021 comme conseiller diplomatique de Pierre Joxe, ce « grand ministre », qui « ferraille avec l'Elysée pour essayer de modifier la gestion de crise »[6].

Il est depuis 2006 professeur à Sciences Po Paris[5]. Il y obtient son habilitation à diriger des recherches (HDR) en 2008. Il est également chercheur au CERI[5].

De 2015 à 2025, il tient un blog sur le site internet du Monde, puis une chronique. Ses travaux sur le jihadisme[7] ou le millénarisme[8] insistent sur la rupture entre cet extrémisme contemporain et la tradition islamique[9]. Il insiste dès lors sur les mobilisations pacifistes des sociétés arabes, seules capables, comme en Algérie depuis le Hirak de 2019, de « désarmer un régime surarmé »[10].

Selon le journaliste Jean-Dominique Merchet, ses positions ont parfois été jugées comme « trop proches des insurgés syriens », ainsi que « trop irénique » sa présentation des révolutions arabes[11]. Le politologue Gilles Kepel, en désaccord avec Jean-Pierre Filiu, le décrit quant à lui comme un « historien engagé »[12]. Alain Frachon, commentant le même livre dans Le Monde, y voit au contraire un « acte d'accusation argumenté » de la « transformation dangereuse d'Israël » que Netanyahou « laissera dans l'histoire »[13]. Frédéric Bobin qualifie, dans Le Monde, Filiu de « prolixe pédagogue des soubresauts du monde arabe », qui « veut rompre avec la sinistrose entourant les poussées émancipatrices dans cette région du monde »[14].

Il rencontre le dessinateur David B. aux « Rendez vous de l’histoire de Blois »[15] et de cette collaboration va naitre, en 2011, Les Meilleurs ennemis, un roman graphique en trois tomes portant sur les rapports entre États-Unis et Moyen-Orient[16].

Enfin, il a écrit, en 2012, les paroles d'une chanson de Zebda sur la bande de Gaza, Une vie de moins. Ils s'étaient rencontrés en 1998 en Syrie sous la présidence d'Hafez el-Assad, où Filiu était diplomate, alors que Zebda donnait des concerts à Damas et Alep[17].

  1. Première partie 1783-1953, 2011.
  2. Deuxième partie 1953-1984, 2014.
  3. Troisième partie 1984-2013, 2016.
  1. Interview, Sciencespo
  2. Guillaume Gendron, « Jean-Pierre Filiu, Orient expert », sur Libération (consulté le 23 juin 2025)
  3. « Jean-Pierre Filiu », sur France Culture (consulté le 21 janvier 2021)
  4. Biographie sur sciencespo.fr
  5. a b et c Présentation sur le site du CERI
  6. « Génocide des Tutsi : le rapport de la commission des historiens sur le Rwanda, avec Vincent Duclert. », sur France Culture (consulté le 29 mars 2021)
  7. Le jihad global sur Grands Reporters, 4 janvier 2007
  8. Les Neuf vies d'Al-Qaida sur Rue 89, 2 mai 2011
  9. « Jean-Pierre Filiu, auteur de « L’Apocalypse dans l’Islam » : « Une littérature populaire venue d’Egypte annonce l’apparition de l’Antéchrist » », sur Oumma, 16 juin 2008 (consulté le 13 juillet 2021)
  10. « Algérie : "La non-violence des manifestants va continuer à désarmer un régime surarmé" », sur Franceinfo, 11 décembre 2019 (consulté le 26 janvier 2020)
  11. Jugé trop pro-révolutions arabes, Jean-Pierre Filiu n'obtient pas le prix Brienne du livre géopolitique, Jean-Dominique Merchet, L'Opinion, 25 septembre 2013
  12. L’univers impitoyable des experts en islam, Slate, 6 mars 2016
  13. « Israël : « Même réélu le 9 avril, Benyamin Nétanyahou ne sera plus “l’intouchable” qu’il a été » », Le Monde.fr,‎ 17 janvier 2019 (lire en ligne, consulté le 26 janvier 2020)
  14. « Livre : Jean-Pierre Filiu et les promesses du Hirak algérien », Le Monde.fr,‎ 4 février 2020 (lire en ligne, consulté le 21 janvier 2021)
  15. Chloé Domat, « Jean-Pierre Filiu et David B., Les meilleurs ennemis, Une histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient », sur Les clés du Moyen-Orient, 30 novembre 2011
  16. Chloé Domat, « Révolutions arabes: attention aux «clichés» », sur L'Obs, 29 novembre 2011
  17. « Un prof à Sciences Po écrit une chanson sur Gaza pour Zebda », francetvinfo.fr, 9 octobre 2012.
  18. Entretien : Jean-Pierre Filiu, sur France 24, 14 juin 2012
  19. Emmanuel Comolet, « Jean-Pierre Filiu, La Révolution arabe. Dix leçons sur le soulèvement démocratique », sur Afrique contemporaine, no 240, 2011/4, p. 170-172
  20. « « Comment la Palestine fut perdue et pourquoi Israël n’a pas gagné » : le conflit israélo-palestinien mis à nu », Le Monde.fr,‎ 9 février 2024 (lire en ligne, consulté le 6 mars 2024)