Lucien Descaves (original) (raw)

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Lucien Descaves, né le 18 mars 1861 à Paris 14e et mort le 6 septembre 1949 à Paris 16e, est un écrivain français.

Journaliste, romancier et dramaturge naturaliste et libertaire[1], il a fait partie des premiers membres de l'Académie Goncourt et en fut le président.

En 1889, il est l’auteur de Sous-offs, ouvrage antimilitariste qui lui vaut des poursuites judiciaires.

Lucien Alexandre Descaves naît au Petit-Montrouge, commune intégrée, l’année précédant sa naissance, à Paris. Il est le fils d'Alphonse Descaves (1830-1890), graveur en taille-douce, dont les parents étaient des teinturiers venus de Château-Thierry à Paris, et d'Hélène Château (1839-1882), fille de commerçants du quartier de Belleville à Paris.

Comme il est né chétif, ses parents l'envoient une année à Montreuil-aux-Lions, auprès d'une grand-tante maternelle et de son mari (l'oncle Denis, sabotier) vivant.

À Paris, il fréquente, avec ses grands-parents maternels, le théâtre de Belleville, où il voit de « vieux mélodrames ». On en trouvera la trace dans ses œuvres. Il traverse avec l'insouciance de l'enfance les événements de la Commune de Paris.

À 17 ans, en 1878, il entre en apprentissage à la banque Lehideux, rue Drouot, puis au Crédit lyonnais, boulevard des Italiens. Autodidacte, il compose ses premiers écrits en 1877-78, tant en vers qu'en prose, Scènes et récits de la vie intime (inédit).

En 1881, l’éditeur Kistemaeckers père lui refuse Choses des Rues et Choses d’Amour, gros recueil poétique qui demeurera inédit mais publie, l'année suivante, Le Calvaire d'Héloïse Pajadou, recueil de cinq nouvelles, dont le titre est celui de la plus longue d'entre elles. Son éditeur lui fait rencontrer Léon Hennique, Paul Alexis et surtout Joris-Karl Huysmans, que Descaves considèrera comme son maître et fréquentera pendant vingt-cinq ans.

En novembre 1882, dans le cadre de son service militaire, il intègre le 129e régiment d'infanterie en garnison au Havre-de-Grâce où il fait la connaissance du Général Hagron, alors commandant du deuxième bataillon. Il en sortira quatre ans plus tard avec le grade de sergent-major et en tirera la matière de ses écrits antimilitaristes dont Sous-Offs.

En septembre 1886, quand il est libéré de l'armée, il retourne vivre chez son père, veuf, à Montrouge. Il épouse Françoise Embocheur, avec qui il aura deux enfants, mais qui mourra en janvier 1896, à 26 ans.

Il débute dans le journalisme en entrant à La Revue moderne, qui publiera d'ailleurs un important article d’Oscar Méténier à son sujet. À partir de 1887, il collabore au Petit Moniteur universel, grâce à Alphonse Daudet et, en 1892 au Journal, dont il tiendra à partir de 1916 la rubrique littéraire avant d'en devenir en 1919 le directeur littéraire, succédant à Henri de Régnier.

Le 18 août 1887, Descaves qui fréquente le Grenier d’Edmond de Goncourt, signe avec Paul Margueritte, Paul Bonnetain, Rosny aîné et Gustave Guiches le Manifeste des cinq, dirigé contre Zola et son roman La Terre. Il regrettera ce geste et s'en expliquera le 16 octobre 1927, lorsqu'il présidera le Pèlerinage Littéraire de Médan :

« J’attendais depuis vingt-cinq ans ce rendez-vous, et c’est parce que je l’attendais en vain que je crus devoir à mon tour, il y a trois ans, faire acte de contrition en regrettant hautement, après Paul Margueritte, Rosny et Gustave Guiches, d’avoir mis ma signature au bas du Manifeste des Cinq, en 1887, à l’époque où Émile Zola publiait La Terre. »

En 1888, il est refusé à la Société des Gens de Lettres. Gustave Toudouze publie un article à ce sujet dans L’Événement du 19 mars 1888 : Guerre aux Lettrés ! L’Affaire Lucien Descaves.

En 1889, la publication de son célèbre roman antimilitariste, Les Sous-offs (dont le titre primitif était Les Culs rouges) lui vaut d'être traduit en cour d'assises en compagnie de son éditeur, pour injures à l'armée et outrages aux bonnes mœurs. Défendu par Maîtres Tézenas et Millerand, il est acquitté le 15 mars 1890.

Veuf depuis janvier 1896, il se remarie en novembre 1898 avec Marie Lancelot (1876-1958), dont il aura un fils.

Entré à l'Écho de Paris en 1896, il est rédacteur à L'Aurore au moment de l'affaire Dreyfus, de 1894 à 1906, et apportera un vif soutien au capitaine Dreyfus.

En 1900, il fait partie des membres fondateurs de l'Académie Goncourt, avec Huysmans, Hennique, Mirbeau, Rosny aîné, Paul Margueritte, Élémir Bourges et Gustave Geffroy. Il s'en éloigne en 1932 après que le prix, qui semblait promis à Céline pour le Voyage au bout de la nuit, eut finalement échu aux Loups de Guy Mazeline. Il en devient cependant le président de 1945 à sa mort, succédant à Rosny Jeune.

Homme de lettres, Descaves publiera un nombre considérable d'ouvrages, romans ou pièces de théâtre, seul ou parfois en collaboration. En 1901, libertaire, il publie La Colonne, roman sur la Commune et l’affaire Courbet (destruction de la Colonne Vendôme). En 1902, avec notamment Élisée Reclus, Jehan-Rictus, Paraf-Javal, Maurice Donnay, Henri Zisly, Émile Armand, Georges Deherme, il est parmi les fondateurs de la Société pour la création et le développement d'un milieu libre en France, qui appuie la création, la même année, d'une communauté libertaire, La Clairière de Vaux (Essômes-sur-Marne, Aisne), « premier milieu libre » français non éphémère, mais qui sera dissous en 1907[2]. Ses échanges épistolaires en 1903 avec Marie Kugel montrent un intérêt réciproque pour les colonies libertaires et milieux libres[3].

En 1907, il confonde avec Henry Céard et Jean de Caldain une première société des amis de J.-K. Huysmans, après la mort de l'écrivain, dont il est l'un des exécuteurs testamentaires. Il est aussi l’artisan de la première édition illustrée de Là-bas, pour laquelle il a pressenti le graveur Fernand Hertenberger. En 1927, il fonde la Société J.-K. Huysmans[4], et rassemble les études et préfaces de Huysmans dans un volume intitulé En Marge et en 1941, il publie Les Dernières années de J.-K. Huysmans, dédié « À J.-K. Huysmans, mon Maître, mon Ami et mon refuge aux jours d’épreuve. ». Descaves a écrit de nombreuses préfaces : à Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire ; au roman posthume de Léon Cladel, I.N.R I. ; et en 1922 une postface pour l’édition définitive de Sœur Philomène des Goncourt[5].

En 1913 il est membre du Comité de Défense des Soldats.

Le 2 mai 1918, aux côtés de Pablo Picasso, il est témoin de mariage du poète Guillaume Apollinaire avec l'artiste peintre Jacqueline Kolb[6].

En 1925, il accepte de faire partie du Comité d’Honneur de Pierre Kropotkine. En 1927, il signe en compagnie d'Alain, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine... la pétition (parue le 15 avril dans la revue Europe) contre la loi sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d'opinion.

En mai 1932, alors qu'il revient du Théâtre des Arts, en compagnie de son épouse qui conduisait leur véhicule et sa belle-sœur, Mme Cretel, ils sont pris en écharpe par un véhicule au croisement des rues Vavin et d'Assas. Les deux femmes s'en sortent avec des contusions multiples alors que lui souffre des côtes. Soigné à l'hôpital Cochin, il a été ramené à son domicile où on lui a prescrit du repos, pour au moins deux semaines[7].

En 1936 il vend, par contrat, sa collection de livres, journaux, brochures et documents manuscrits relatifs à la Commune, à l’Institut d’Histoire Sociale d’Amsterdam, pour 100 000 francs-or.

En juin 1940, la maison de Lucien Descaves où il passait ses vacances depuis plus de trente ans, à Senonches, est « non pas pillée, mais cambriolée dans toute la rigueur du terme par des professionnels[8]. » Pendant l'Occupation de la France par l'Allemagne, il s'y est retiré et y écrit ses mémoires, qui seront publiés en 1946 sous le titre : Souvenirs d'un ours.

À sa mort, il a été inhumé au cimetière de la Villette[9],[10],[11].

Lucien Descaves était le frère d'Eugène Descaves, commissaire de police et collectionneur d'art, l'oncle de la pianiste Lucette Descaves et le père de l'écrivain et homme de radio Pierre Descaves.

  1. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : notice biographique.
  2. Tony Legendre, Expériences de vie communautaire anarchiste en France : le milieu libre de Vaux, Aisne, 1902-1907, et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon, Aisne, 1911-1951, Paris, Éditions libertaires, 2006 (lire en ligne), p. 21.
  3. Marianne Enckell, « KUGEL Marie [DIENER Marie dite] », dans Dictionnaire des anarchistes, Maitron/Editions de l'Atelier, 16 avril 2020 (lire en ligne)
  4. Page d'accueil, site de la Société J.-K. Huysmans.
  5. « Il m’arrive assez souvent de rire dans ma barbe en entendant dire ou en lisant sous une plume novice que la jeunesse se désintéresse des Goncourt. Rien de moins exact. Ceux qui tiennent ce langage parlent de ce qu’ils ne savent pas. Les jeunes gens à qui j’ai mis un roman de Goncourt entre les mains ont toujours rendu pleine justice aux deux grands écrivains » (p. 259).
  6. Acte de mariage du 2 mai 1918 no 305 à Paris 7e (Kostrowitzky / Kolb)
  7. O. LAXA, « L'acidification prolongée du petit-lait », Le Lait, vol. 12, no 117,‎ 1932, p. 613–616 (ISSN 0023-7302, DOI 10.1051/lait:193211729, lire en ligne, consulté le 24 janvier 2026)
  8. Lettre à un ami [Maurice Donnay ?], 24 juillet 1940.
  9. « Lucien Descaves 1861 1949 », sur www.luciendescaves.fr (consulté le 12 octobre 2015).
  10. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, troisième édition, 1963, supplément, 1972, « Rue Michel-Ange », p. 92.
  11. Bertrand Beyern