Paul-Jean Toulet (original) (raw)

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Les Tendres Ménages (1904).

Paul-Jean Toulet, né à Pau (Basses-Pyrénées) le 5 juin 1867 et mort à Guéthary (Basses-Pyrénées) le 6 septembre 1920, est un écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.

Paul-Jean Toulet perd sa mère à sa naissance. Tandis que son père regagne l'île Maurice, il est confié à un oncle de Billère en périphérie de Pau[1]. Après l'obtention du baccalauréat, il séjourne trois ans à l'île Maurice où se sont installés ses parents (1885-1888) puis un an à Alger (1888-1889), où il publie ses premiers articles. Il arrive à Paris en 1898. L'année suivante il rencontre la romancière Yvonne Vernon (Noby) avec qui il a une liaison ; le couple échange de nombreuses lettres[2].

C'est là qu'il se forme véritablement, sous la tutelle de Willy, dont il est l'un des nombreux nègres littéraires, notamment pour Maugis en ménage. Colocataire du futur prince des gastronomes, Curnonsky, il fréquente les salons mondains et les boudoirs demi-mondains qu'il évoque dans Mon amie Nane. Il travaille beaucoup et se livre à divers excès, dont l'alcool et l'opium. Il collabore à de nombreuses revues, dont la Revue critique des idées et des livres de Jean Rivain et Eugène Marsan. De novembre 1902 à mai 1903, il effectue un voyage qui le mène jusqu'en Indochine.

Il quitte définitivement Paris en 1912 pour s'installer chez sa sœur, à Saint-Loubès, au château de la Rafette, où leur tante maternelle vit avec son mari Aristide Chaline, qui a racheté le château. Paul-Jean est un familier des lieux, qui auront l'honneur de plusieurs Contrerimes. Puis il s'installe à Guéthary, où il se marie. Ses dernières années sont assombries par la maladie. Pendant ce temps, un groupe de jeunes poètes, dont Francis Carco, Jean Pellerin et Tristan Derème, prenant son œuvre en modèle, s'appellent « poètes fantaisistes ».

Les fameuses Contrerimes paraissent à partir de la fin des années 1900 dans des revues et dans le corps des romans de Toulet. Un premier projet de les réunir en volume est retardé par la guerre de 1914-1918. Le livre ne parait finalement que quelques mois après la mort de l'auteur. Il contient, outre des contrerimes, des poèmes d'autres formes, dont ce dixain :

Puisque tes jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne tende la couche
Où ton cœur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu'y courbe un souffle amer,
- Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable
Aux illusions de la mer.

Dans le domaine théâtral, Paul-Jean Toulet compose avec des amis (Martin et Cotoni) un à-propos en vers, La Servante de Molière, dont le texte est perdu, mais qui est représenté au Théâtre des Nouveautés d'Alger (alors que le poète y réside), et qu'il s'amuse à éreinter lui-même dans Le Moniteur. Il fait également représenter une comédie en prose, Madame Josephe Prudhomme, dont il est l'unique auteur.

Paul-Jean Toulet a, dès 1902, un projet avec Claude Debussy autour de Comme il vous plaira (As you like it) de William Shakespeare. Debussy est désireux d'y revenir en 1917, mais la maladie du compositeur n'en permettra pas la réalisation[3].

Le Souper interrompu est joué pour la première fois au Théâtre de Monte-Carlo le 4 décembre 1928[5] puis, à Paris, le 27 mai 1944 au théâtre du Vieux-Colombier, au même programme que la création de Huis clos de Jean-Paul Sartre.

Georges Bernanos évoque son souvenir dans les premiers mots de son premier roman Sous le soleil de Satan (« Voici l'heure du soir, qu'aima P. J. Toulet… »).

Frédéric Beigbeder place deux œuvres de Paul-Jean Toulet (Mon amie Nane et Les Contrerimes) dans le "top-100" de ses livres préférés que constitue Premier bilan après l'Apocalypse (la fréquentation des œuvres de Toulet par Beigbeder est liée à leur origine commune : le poète était, comme Jammes ou Valéry, une des relations de ses grands-parents à Pau puis à Guétary[réf. nécessaire]).

Le poème En Arles est dit par Jean Rochefort dans le film L'Homme du train (2002)[6].

Simon Leys l'inclut dans son anthologie « Le mer dans la littérature française » parue en 2003[7].

Le groupe français Alcest reprend le texte de son poème Sur l'océan couleur de fer sur le titre homonyme paru sur l'album Écailles de Lune (2010).

En 2019, Daniel Auteuil met en chansons plusieurs poèmes de Toulet dans un spectacle musical et dans son album Si vous m'aviez connu[8].

Un prix littéraire porte le nom de Paul-Jean-Toulet[9].

  1. Laura Ducasse, Maxime Colbert de Beaulieu et Isabelle Chol, Promenade à Pau: sur les traces de Paul-Jean Toulet, Éditions Cairn, 2022 (ISBN 979-10-7006-105-3)
  2. Paul-Jean Toulet : [exposition], Paris, Bibliothèque nationale, mai-juin 1968 catalogue rédigé par Jean Adhémar et Marie-Christine Angebaul — sur Gallica, p. 49, 51, 52.
  3. François Lesure, Debussy, Fayard, 2003, p. 403
  4. P.-O. Walzer, Paul-Jean Toulet, Les Portes de France, 1949
  5. Mise en scène de Marcel Herrand.
  6. « Les Alyscamps de l'homme du train », sur blogmansarde.blogspot.com (consulté le 13 novembre 2023).
  7. Simon Leys, La mer dans la littérature française, Robert Laffont, 2018, 1360 p. (ISBN 9782221133613), p. 1259-1260
  8. « Festival Lumière 2019 : Daniel Auteuil donne de la voix », sur Première, 15 octobre 2019
  9. « Les Frédéric, Beigbeder et Schiffter, ressuscitent un prix littéraire », sur Actuallité, 10 mars 2025 (consulté le 11 mars 2025)