ILCEA - Revue de l’Institut des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (original) (raw)

Présentation

ILCEA est une revue portée par l’Unité de recherche multilingue et interdisciplinaire ILCEA4 (Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie – E.A. 7356). Elle présente les travaux de spécialistes en langues, cultures, littératures et civilisations des espaces anglophone, germanophone, hispanophone, slave, oriental (arabe, chinois, japonais) et italophone, ainsi qu'en traduction spécialisée et langues de spécialité. Publiée à un rythme trimestriel, la revue propose des numéros thématiques sur appels à contributions.

Dernier numéro en ligne

62 | 2026 Mémoires de l’exil et des migrations : médiations matérielles et artistiques

Memories of Exile and Migration: Material and Artistic Mediations

Sous la direction de Karen Akoka , Janice Argaillot , Mariana Dominguez Villaverde et Philippe Hanus

La réflexion proposée par ce dossier vise à explorer les récits des migrations et de l’exil, construits et exprimés non seulement à travers le langage, mais également à partir d’objets, de gestes et de lieux porteurs de mémoire, envisagés comme des formes de médiation privilégiées de ces mémoires, capables de reconfigurer les expériences du passé et de faire émerger, dans l’espace public, des récits alternatifs à ceux institués.
L’expérience migratoire bouleverse les repères spatiaux, temporels et identitaires. Il laisse derrière lui des traces (matérielles, narratives, affectives) ainsi que des absences qui s’inscrivent durablement dans les biographies individuelles et les mémoires collectives. L’enjeu de leur transmission, notamment au fil des générations, soulève des interrogations fondamentales : comment se fabriquent les mémoires collectives de l’exil ? Quels sont les acteurs sociaux (familles, institutions, artistes) qui les portent, les transforment ou, parfois, les effacent ? Et comment les traumatismes migratoires se transmettent‑ils, ou se taisent‑ils, dans les récits familiaux ou dans les sociétés ?
Les contributions mettront en lumière le rôle singulier que jouent les pratiques artistiques (chansons, bande dessinée, littérature) et dans la mise en récit de l’exil. Elles montrent toutefois que cette mise en récit ne se limite pas aux formes artistiques instituées : les savoir‑faire artisanaux, les traditions manuelles ou encore certaines pratiques culturelles du quotidien, telles que la cuisine, participent également de ces dynamiques mémorielles, en inscrivant l’expérience de la migration dans des gestes, des objets et des usages transmis.
Cette exploration repose dans ce dossier sur une démarche interdisciplinaire et comparatiste, mobilisant l’histoire culturelle, la sociologie des migrations, l’anthropologie, les études littéraires et artistiques.

The reflection proposed in this volume seeks to explore narratives of migration and exile as they are constructed and expressed not only through language, but also through objects, gestures, and places imbued with memory. These are approached as privileged forms of mediation of memory, capable of reconfiguring past experiences and bringing into the public sphere alternative narratives to those that have been institutionally established.
The migratory experience disrupts spatial, temporal, and identity-related reference points. It leaves behind traces (material, narrative, affective) as well as absences that become durably inscribed in individual biographies and collective memories. The question of their transmission, particularly across generations, raises fundamental issues: how are collective memories of exile constructed? Which social actors (families, institutions, artists) carry, transform, or sometimes erase them? And how are migratory traumas transmitted—or silenced—within family narratives or in society at large?
The contributions highlight the distinctive role played by artistic practices (songs, comics, literature) in shaping narratives of exile. However, they also show that this narrative construction is not limited to established artistic forms: artisanal know-how, manual traditions, and everyday cultural practices—such as cooking—also participate in these memorial dynamics, embedding the experience of migration in gestures, objects, and transmitted practices.
This exploration is grounded in an interdisciplinary and comparative approach, drawing on cultural history, the sociology of migration, anthropology, and literary and artistic studies.