L’écriture en jeu et enjeux d’écriture dans la pratique épigraphique française (original) (raw)

María Pilar Suárez (dir.), Homo ludens, homo loquens. Le jeu et la parole au Moyen Âge, Madrid, UAM Ediciones, 2013, p. 345-360

On parle souvent de « jeux de lettres » dans les inscriptions médiévales, mais est-ce justifié ? S’il y a une dimension ludique, comment la définir ? Quels en sont les règles, les joueurs et le but ? Pour tenter de répondre à ces questions, l’étude se focalise sur les jeux d’écriture, à travers l’agencement des lettres majuscules entre elles (conjonction, enclavement et entrelacement). Les plus belles manifestations de ces jeux graphiques se situent à la fin de l’époque carolingienne et au début de l’époque romane, où l’on perçoit une évolution du gain d’espace vers une recherche de la varietas, qui s’appuie sur la gestion des formes et des blancs pour mieux faire surgir le sens. Attirant l’œil, retenant l’attention, demandant concentration, ces jeux favorisent un ancrage mémoriel de leur forme et de leur contenu. De façon générale, ces enchevêtrements de lettres s’inscrivent dans une culture écrite qui met en valeur l’aspect iconique du langage. L’écriture est perçue comme un potentiel inépuisable, à l’instar du langage. Sont en jeu une économie visuelle, spatiale, une compression du langage dans un but tant sémantique qu’esthétique.