Littré - beaucoup - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« beaucoup », définition dans le dictionnaire Littré

(bô-kou ; le p peut se lier, et il se lie toujours dans le parler soutenu, devant une voyelle : beaucoup en disent du bien. bô-cou-p en disent du bien) s. m. pris toujours sans article.

REMARQUE

1. L'usage ne permet guère qu'on joigne point à beaucoup ; et c'est pécher que de dire : je n'en ai point beaucoup ; dites : je n'en ai pas beaucoup.

2. Beaucoup employé pour plusieurs doit être le sujet du verbe : beaucoup s'en plaignaient. Ou bien, s'il est régime, il doit être précédé de en : j'en connais beaucoup qui prétendent…

3. Quand beaucoup se joint à un comparatif, si on le met après l'adjectif, il faut intercaler de avant beaucoup : il est beaucoup plus diligent que son frère ; ou il est plus diligent de beaucoup que son frère.

4. Beaucoup, suivi de la préposition de, veut que le substantif qui suit n'ait point d'article : il a beaucoup d'instruction, et non de l'instruction ; il fait beaucoup de fautes, et non des fautes.

5. Beaucoup, d'après sa formation, est un substantif employé comme nom de quantité, quand il est sujet de verbe ou complément, puisqu'il n'y a que les noms qui puissent remplir cette fonction ; et employé comme adverbe quand il modifie un verbe ou un adjectif.

HISTORIQUE

XIIIe s. Nos engins getoient aus leurs ; et les leurs aus nostres ; mès onques n'oy dire que les nostres feissent biau cop, Joinville, 221.

XIVe s. Et si [j'] avoie des esbattemens biau cop ; car, en tout le chemin, on ne faisoit que chanter et veoir dames et damoiselles, Machaut, p. 147.

XVe s. Et ne luy veis jamais tant de gens ensemble à beaucoup près, Commines, II, 2. Et si luy manda que on l'avoit volu trahir, et qu'il y avoit eu deux Bourguignons prins dont l'un estoit pendu, et l'autre avoit requis qu'on luy saulvast la vie, et qu'il diroit des choses beaucop, Bibl des Chartes, 4e série, t. II, p. 566.

XVIe s. C'est beaucoup si la fortune y arrive une fois en trois siecles, Montaigne, I, 207. Quand le peu suffit, le beau-coup devient superflu, Lanoue, 263.

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. beacô ; ital. bel copo ; de beau et coup, c'est-à-dire un grand coup, un coup heureux, et de là une grande quantité. Cette locution ne paraît bien s'établir que dans le XIVe siècle, car biau cop dans Joinville est au propre ; et il s'agit de beaux coups faits avec les engins de guerre. Mais, dès le XIIIe siècle, on disait grand coup au sens de beaucoup, ce qui est évidemment la même chose : Le roy ot, par la paix fesant, grant coup de la terre le comte, Joinville, 206. Et dans le XIVe siècle : L'en [on] estoit en conseill souvent ; Grant coup avoit de sage gent ; Là oïssiez de beaux langages, Le livre du bon Jehan, 1549.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BEAUCOUP. - REM. Ajoutez :

6. Au XIVe siècle on a dit grant cop : un grant boais [bois] où il y a grant cop des larrons, Rev. critique, 5e année, 2e sem. p. 386.

7° Beaucoup pour beaucoup de gens a été employé par Corneille : Saint Polyeucte est un martyr dont, s'il m'est permis de parler ainsi, beaucoup ont plutôt appris le nom à la comédie qu'à l'église, † Abrégé du mart. de S. Poly. Vaugelas dit que beaucoup ne doit pas être ainsi employé seul ; malgré cet arrêt, la tournure condamnée, qui est commode, est restée en usage.

HISTORIQUE

XIVe s. Ajoutez : Pluseurs princes et barons… et biacop d'aultres que je ne sçai nommer, J. le Bel, Vrayes chroniques, t. I, p. 154.