Littré - charger - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« charger », définition dans le dictionnaire Littré

(char-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous chargeons, je chargeais) v. a.

HISTORIQUE

XIe s. D'or et d'argent quatre cenz muls chargez, Ch. de Rol. III.

XIIe s. Ne de tous ceus que vous cargié m'avez, Roncisv. p. 101. Vous me carjastes vos fils et vos amis, ib. p. 180. M'ame pourroit chargier plus pesant faix [avoir chagrin plus grand], Couci, XXII.

XIIIe s. Onques en nul termine ne furent aussi chargié de guerre come il furent à celui point, Villehardouin, CLXIX. Et quant les nés [nefs] furent chargies d'armes et de viande et de chevaliers et de serjans, Villehardouin, XLIV. Et sachiés que il fu moult cargiés et fu feru d'un glaive parmi le cors, Villehardouin, LXXII. Et li rois la fist atourner richement comme fille de roi, et li carga assés or et argent, Chron. de Rains, p. 13. Sovent me semont [Bel Accueil] d'aprochier Vers le bouton et d'atouchier Au rosier qui l'avoit chargié, la Rose, 2885. Nus [nul] arbre qui soit qui fruit charge, ib. 1334. Et lor doit carquier qu'il dient la cause à son home por quoi il est semons, Beaumanoir, 46. Il a esté deffendu, por ce qu'il carquoient si lor mesons et lor heritages de tix [telles] choses… qu'on lessoit après les mesons, porce que eles estoient trop carquies, Beaumanoir, XXIV, 20. Je ne puis pas mon heritage carquier de douaires, fors que selonc ce que coustume done, Beaumanoir, XXXIV, 23. Je, qui n'avoie pas mil livrées de terre, me charjai, quant j'alé outremer, de moy dixieme de chevaliers, Joinville, 211. Il estoit ainsi, que, quant le soudanc vouloit charger [donner un ordre], il envoioit querre le mestre de Haulequa [de la garde], Joinville, 235. Il respondirent touz que avoient chargié [confié] à Mons Guion Malvoisin le conseil que il vouloient donner au roy, Joinville, 255. Et nous chargerent les Sarrazins tous de pyles [javelots] que il traoient au travers du flum, Joinville, 223.

XIVe s. Querir et vouloir estre honoré des humbles et moiens ou petis, c'est une chose charchant et qui n'est pas à loer, Oresme, Eth. 123.

XVe s. Ce voyage chargeoit [contrariait] trop fort le duc de Bourgogne, et disoit que c'estoit une chose et une guerre sans raison, Froissart, III, IV, 29. Ils firent leurs messages sagement et à point, ainsi que chargé leur estoit, Froissart, I, I, 45. Il prit tous ces joyaux et presens, et les chargea à son cousin messire Mansart, et lui dit de les reporter en France, Froissart, I, I, 300. Et laissa le roi pour capitaine Aimery de Pavie ; et lui chargea en garde toute la ville et le chastel, Froissart, I, I, 323. Les vins et marchandises que ils menoient, ils dirent que ils avoient cargé pour mener en Flandre, Froissart, II, III, 34. Et chargeoit le conte de Charolois ces gens de ceste maison d'avoir…, Commines, I, 2. Et chargerent sur nos archiers et ceulx qui les conduysoient, Commines, II, 2. Et lui chargea [recommanda] la dame blanche Qu'il y retournast hardiment, Villon, Repue du Pelletier. Ceux qui avoient esté presents où nostre ivrogne s'estoit chargé [soûlé], Louis XI, Nouv. VI.

XVIe s. Il les chargea [attaqua] touts endormis, Montaigne, I, 27. Charger une narration de circonstances, Montaigne, I, 84. Se chargeant seul de leur faulte commune, Montaigne, I, 97. Les maladies qui se chargent [gagnent] de l'un à l'aultre, Montaigne, I, 101. Charger un pistolet, Montaigne, I, 109. Les premiers fourmis chargent ce ver sur leur dos, Montaigne, II, 179. Le degousté charge [attribue] la fadeur au vin ; l'altéré, la friandise, Montaigne, II, 373. Ses envieux le chargeoient et accusoient en son absence, Amyot, Thém. 45. Après qu'ils se furent bien chargez de pillage et de toute sorte de butin…, Amyot, Cam. 42. Pauvre homme que tu es, comment vas-tu ainsi deschargeant la fortune de ce dont tu la pouvois charger et accuser à ta descharge ? Amyot, P. Aem. 44. [Pyrrhus] d'arrivée chargea sur son arriere garde si vivement, qu'il meit toute l'armée en grand dessarroy, Amyot, Pyrrh. 57. Il attela vistement des bœufs à un chariot, sur lequel il chargea des febves, Amyot, Marius, 64. Depuis cela il chargea une si grande audace et une si grande presumption, qu'on ne le peut plus tenir, Amyot, Nicias, 14. Et d'iceux medicamens en seront chargés les tentes et plumaceaux, Paré, VII, 7.

ÉTYMOLOGIE

Berry, sarger ; picard, carguer, carker ; provenç. et espagn. cargar ; portug. carregar ; ital. caricare ; du bas-lat. carricare, de carrus, chariot (voy. CHAR) : mot à mot mettre sur un chariot.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CHARGER.

14Ajoutez : Il fallait, pour avoir de la réputation, outrer les caractères, charger inconsidérément les muscles, donner à ses figures des contorsions et des attitudes aussi fausses que bizarres, P. J. Mariette, dans J. DUMESNIL, Hist. des amateurs franç. t. I, p. 267.