Littré - conscience - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« conscience », définition dans le dictionnaire Littré

(kon-si-an-s') s. f.

HISTORIQUE

XIIe s. Sa cunscience le remorst, Rois, 216.

XIIIe s. Tu as feite moult bele fin, se ta concience est tex come la semblance, Merlin, f° 70. La coscience le roi de France fut apaisie, Chron. de Rains, p. 234. Cui conscience ne reprent, ib. p. 235. Et dit au conte [l'évêque] : ne troublez pas vostre conscience quant le patriarche ne vous absout, Joinville, 271.

XIVe s. Que dieux lui doint voloir, conscience et advis De moi ce pardonner qu'envers lui ai mespris, Guesclin. 797. Car telle conscience avoit ou [au] chevalier, Jà n'essauchast le tort, ains le volt abaissier, Baud. de Seb. VIII, 162. Et que tu t'armes volentiers ; Car c'est tes souverains mestiers ; N'autre honneur, n'autre science Qu'armes, dames et conscience, Machaut, p. 117. Que tout cil qui ne puent [peuvent] estre en religion corporelment soient en religion spirituelment ; hé biaus sire Dieu ! où sera ceste religion fondée, ceste abeie plantée ? Je di qu'ele sera fondée et plantée en une place qu'on appelle conscience, Li enseignemens de l'ame, dans Hist. litt. de la Fr. t. XXIV, p. 375.

XVe s. Sire, vous ne pouvez, à conscience, bonnement faire ce voyage, si l'Eglise n'est à un, Froissart, III, IV, 17. Il ne peut estre que en un tel ost que le roi d'Angleterre menoit, qu'il n'y ait des vilains garçons et des malfaiteurs assez et gens de petite conscience, Froissart, I, I, 272. Il [l'archevêque de Cantorbie] le [Jean Balle] faisoit grand conscience de le faire mourir, Froissart, II, II, 106. À leur despartement ils trouverent quatre nefs anglesches chargées de pourveances et de chevaux, qui s'estoient tenues au dessus de la bataille : si eurent bien conscience, quel temps ni quel tempeste qu'il fist, de prendre ces quatre vaisseaux et de les attacher aux leurs et emmener après eux, Froissart, I, I, 196. …Fouls est et fole Qui conchie [salit] sa conscience ; Tien toudis vraie ta parole, Deschamps, Il faut toujours tenir. Doulce amye, plaise vous de entendre à moy ; dire vous veulx ma conscience [vous dire ce que je pense], Perceforest, t. V, f° 54. Il luy suffist qu'elle ait Dieu, conscience et verité pour soy, et qu'elle prouffite au bien commun, Gerson, Harangue au roi Charles VI, p. 19. Il mourut assez soudainement [Mahomet II] ; touteffois il fist testament, lequel j'ay veu, et fist conscience d'ung impost que nouvellement il avoit mis sur ses subjectz, Commines, VI, 13. Il faut de ce bon vin laver sa conscience, Basselin, LII.

XVIe s. Aucuns en mangent avec ceste conscience [croyance, scrupule] comme si elles estoient dediées aux idoles, et leur conscience infirme est violée, Calvin, Instit. 962. Puis quand il eut prins sur sa conscience Broc de vin blanc, du meilleur qu'on eslise, Marot, III, 64. Mais dictesmoy en conscience, N'apprend-on sagesse ou science Qu'en livres françois seulement ? Marot, IV, 155. D'un default naturel on en faict un default de conscience, Montaigne, I, 34. Ma conscience ne falsifie pas un iota, Montaigne, I, 103. Plutarque faisoit conscience de vendre un bœuf qui l'avoit longtemps servy, Montaigne, II, 135. Il me confessera, s'il parle en conscience, que…, Montaigne, II, 227. Veu le grand nombre de personnes qui ont eu la conscience plus large que la manche d'un cordelier, Lanoue, 97. En telle guerre on n'auroit la conscience agitée d'aucun remord, Lanoue, 455. On void quelques huguenots qui font conscience de rire, Lanoue, 497. La vraye vertu se contente à par soy de la conscience d'avoir bien fait, Amyot, Préf. VI, 31. Par maniere de descharge et acquit de conscience, Amyot, Numa, 18. Tout estoit plein de ceux qui de peur faisoient conscience, D'Aubigné, Hist. I, 143. Je n'avois pas bien dormy la nuit, et sans mentir j'eusse voulu ma conscience couchée à part, D'Aubigné, Conf. II, 9. Sachans qu'ilz ne pourroyent innover les choses sans l'œuvre des grands, ils les voulurent gaigner, leur proposant liberté de conscience [de faire ce qu'ils voudraient], Condé, Mémoires, p. 641. Conserver les pauvres fideles de ce royaume en la liberté de conscience qu'il a pleu au roi leur permettre par ses edits, Condé, ib. p. 646. Et ayant trempé une rostie dedans [un breuvage], la mangea et jetta sur sa conscience tout ce qui estoit au verre, Straparole, 6e nuit, Fab. I. Quand la bourse s'estrecist, la conscience s'eslargist, Contes d'Eutrapel, p. 442, dans LACURNE. On peut user une fois l'an de sa conscience, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 363. Qui n'a conscience n'a honte ne science, Leroux de Lincy, ib. p. 397.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. conciencia, cossiencia ; espagn. conciencia ; ital. coscienza ; du latin conscientia, de cum, et scientia, science.