Littré - corps - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« corps », définition dans le dictionnaire Littré

(kor ; l's ne se lie pas : un corps animé, dites : un cor animé ; cependant plusieurs prononcent l's dans ce cas : un cor-z animé) s. m.

HISTORIQUE

Xe s. Bel avret [elle avait] corps, bellezour anima, Eulalie.

XIe s. Home qui plaide en curt, à cui curt que ço soit, fors là où li cors le rei est…, L. de Guill. 28. Gent ad le cors et contenance fiere, Ch. de Rol. VIII. Je conduirai mon cors [ma personne] en Roncevauz, ib. LXIX. Franceis descendent, si adoubent lur cors, ib. CXXXIV. Li amirals en jure quanqu'il puet De Mahomet les vertuz et le cors, ib. CCXXXIV.

XIIe s. Et ton saint cors livras à la passion, Ronc. p. 48. Outre, cuivers ! [que] li cors Dieu te honnie, ib. p. 58. Dusque je soie de vostre cors [sur votre personne] vengez, ib. p. 107. Car je mon cors de traïson defent, ib. p. 181. Mais [ils] n'i voient rien qui fasse à desplaire N'en cors, n'en bras, n'en bouche, n'en menton, Couci, II. Et ses beaus bras et son cors bel et gent, ib. V. Comment me puet li cuers au cors durer Qu'il ne s'en part ? ib. XXII. Se par bataille ne me puis esploitier Tot cors à cors encontre un chevalier, Li coronemens Looys, V. 2353. Si m'est au cors une autre amour emprise, Qui me requiert et allume et esprent, Quesnes, Romancero, p. 90. Qui puis derraisna [défendit la cause de] France cors à cors à [contre] Broier, Sax. IV. De tout vostre gaain ne vous demant-je mie Fors li cors Helissant [la personne d'Helissant], ib. VII. Et si dui fil ocis et sa fame au cors gent, ib. XI. Jofroiz li Angevins se dresse en son estage ; Bel chevalier i ot de cors et de visage, ib. XXVI. [Que chaque baron aille chez soi] Pour aprester ses homes, son cors et son afaire, ib. XXX.

XIIIe s. Et mande à tous ceus de l'os, et à petis et grans, que ses cors [sa personne] meismes ira avecques vous en la terre d'outre mer, Villehardouin, II. Et d'autre part del bras saint Jorge ne tenoient fors que seulement le cors de la cité, Villehardouin, CL. Et li Venicien leur firent marchié plenteureus de toutes choses que il convenoit à cors d'ome et à cors de cheval, Villehardouin, XXXIII. Mainte ame en fu de cor sevrée et departie, Berte, II. Après [ils] le marierent pour son cor [sa personne] honorer, ib. III. C'ert [c'était] la fille à la serve, ses cors soit lui [à elle] honnis, ib. V. Or soit Diex de mon cor et de m'ame gardere, ib. XVIII. À Dieu [elle] s'est comandée et au cor [de] saint Denise, ib. XXX. [Il] n'ot plus d'hoirs de son cor fors Berte la courtoise, ib. LXII. En la serve [il] avoit mis cuer et cor et desir, ib. LXIII. Dont [donc] ne lui faites mie du cor la vie oster, ib. XCVII. Plus [j'] eüsse vo cor [votre personne] honoré et servi, ib. CXVIII. D'un samit portret à oysiaus, Qui ere tout à or batus, Fu ses cors richement vestus, la Rose, 826. Et aussi quant feme est condampnée à perdre le cors par jugement, et ele dit que ele est grosse, li jugemens ne doit pas estre fes ne mis à execussion, Beaumanoir, VII, 12. En tel cas doit estre fete recreance à cix qui poent baillier bons pleges, cors por cors, de revenir à jor et de penre droit, Beaumanoir, LVIII, 18. Li rois ne cil qui tient en baronnie ne doivent lever nul ronci de service, porce qu'il poent penre les cors armés et montés toutes les fois qu'il veulent et qu'il en ont mestier, Beaumanoir, XXVIII, 9. Selon le [la] coustume, nus cors d'omme n'est pris por dette, s'il n'a par letres son cors obligié à tenir et à metre en prison, Beaumanoir, XXIV, 12. Li Sarrazins distrent que il n'en feroient riens, se en ne leur lessoit le cors [la personne] le roy en gage, Joinville, 237. Nous trouvames que le roy son cors [de sa personne] avoit fait enfouir les cors des crestiens que les Sarrazins avoient occis, Joinville, 278. À l'onneur du vrai cors saint, Joinville, 192.

XIVe s. En un champ de bataille, corps à corps, per à per, Guesclin. 2397. Vassaus, dist Polibans, tu scés d'encanterie, Qui desarmés te veus combatre, à cheste fie [à cette fois], Contre mi corps à corps ; tu penses à folie, Baud. de Seb. XI, 253. Les exposans trouverent un jeune homme couchié sur Pautel de la Magdalaine, où l'en chante et celebre continuelement le corps nostre Seigneur, Du Cange, corpus.

XVe s. Qui garde le corps ne garde rien, Froissart, II, II, 206. Dont le roi eut si grand joie de sa venue [messire Jean de hainaut] qu'il le retint pour son corps et de son plus privé et especial conseil, Froissart, I, I, 269. À l'un des lez de la ville sied le chastel ; au corps de la ville estoient le comte d'Eu et de Ghines, Froissart, I, I, 271. Ils ne cuidoient mie que nul François corps à corps s'osast combattre contre un Anglois, Froissart, II, II, 69. La tierce bataille eut le roi pour son corps [de sa personne], Froissart, I, I, 284. Et fut delivrée à Mgr Jean de hainaut une abbaye de blans moines pour son corps et son tinel tenir, Froissart, I, I, 30. Or avint ainsi que messire Henri de Flandre, en sa nouvelle chevalerie, et pour son corps avancer et accroistre son honneur, se mit un jour en la compagnie de plusieurs chevaliers, Froissart, I, I, 86. Et s'elle veult aller au corps [enterrement] De Gautier, hersant ou Jehannette, Deschamps, Poésies mss. f° 496. Et que sa femme soit de corps [serve], Deschamps, ib. f° 551. Mauldit soit mon corps, se vous ne vous repentez de la parolle que avez dicte, Lancelot du lac, t. II, f° 116. Le pauvre corps de luy n'aura jamais repos, fors tribulation et peine, Les 15 joyes du mariaige, p. 166, dans LACURNE.

XVIe s. La contemplation embesongne nostre ame à part du corps, Montaigne, I, 68. Avoir encores vingt ans dans le corps, Montaigne, I, 73. Je n'en cognoissois pas seulement le nom [de ces livres], ny ne foys encores le corps, Montaigne, I, 196. À corps perdu, Montaigne, I, 254. Il portoit un corps de cuirasse soubs un habit de religieux, Montaigne, I, 309. Un corps d'ennemis, Montaigne, II, 6. Les autres, luy donnans de loing de grands coups de piques, luy faulserent son corps de cuirace, Amyot, Pélop. 60. Il accusa tout le corps de la ville, ne plus ne moins que si c'eust esté une seule personne privée, du meurtre commis, Amyot, Cimon, 4. Les assiegeans firent un grand retranchement bien tenaillé, avec platte forme et cazemattes, par lequel (comme on dit en telles choses) ils mirent ce corps de logis dehors, D'Aubigné, Hist. II, 154. Ils n'avoient qu'un corps de logis, qui ne pouvoit attendre un canon, D'Aubigné, ib. 193. Ils ne prenoient de l'eau beniste en entrant en l'eglise qu'en leurs corps deffendant, Satyre Mén. p. 70. Un corps [corset] de fer, un pourpoint contre-pointé, afin de tenir le corps droit et menu, Paré, Introd. II. Une once de suc de laictue et de morelle, avec un peu de cire pour luy donner corps, Paré, XXI, 2. Corps vuide, ame desolée ; Et bien repeu, ame consolée, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 212. Ce que n'entre au corps Entre aux manches ou aux bords, Leroux de Lincy, ib. Et est entendu le corps de la chastellenie la principale ville ou le principal bourg d'icelle, et les branches sont les autres lieux, Coust. génér. t. II, p. 123. Ce feu estoit au corps d'hostel de devant, l'Amant ressuscité, p. 524, dans LACURNE. Bon chasteau garde qui sçait son corps garder, Cotgrave Homme endormi, corps enseveli, Cotgrave Quand les biens viennent, les corps faillent, Cotgrave Dans les livres de la discipline militaire de Langey vous ne trouverez ny corps de garde ny sentinelle, ains au lieu du premier il l'appelle guet, et le second estre aux escoutes, Pasquier, Recherches, p. 662, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. cors ; espagn. cuerpo ; ital. corpo ; du latin corpus ; comparez le celtique : gaél. corp ; irland. cuirp ; cornw. coref ; kymri, corf, cwrf ; bas-bret. corf ; d'après Burnouf. Yaçna, p. CXIX et p. 137, le même que le zend kehrpa ( avec un e bref), corps, sanscrit kripita, ventre. Dans l'ancien français, le nominatif est li cors, et le régime, par une faute devenue habituelle, le cors, aussi avec l's ; cependant quelques textes ont la forme régulière le cor.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CORPS. Ajoutez :

25 Terme de fortification. Corps de place ou enceinte, ligne continue de fortification qui entoure une ville forte.