Littré - dire - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« dire », définition dans le dictionnaire Littré

(di-r'), je dis, tu dis, il dit, nous disons, vous dites, ils disent ; je disais ; je dis, nous dîmes ; je dirai ; je dirais ; dis, qu'il dise ; disons, dites, qu'ils disent ; que je dise, que tu dises, qu'il dise, que nous disions, que vous disiez, qu'ils disent ; que je disse ; disant, dit v. a.

Résumé

PROVERBE

Le bien-faire vaut mieux que le bien-dire, les bonnes actions sont préférables aux belles paroles.
L'Académie, au mot BIEN-DIRE, dit que le trait d'union ne se met que dans la locution : être sur son bien-dire ; mais que, dans le proverbe rapporté ci-dessus, on écrit le bien dire sans trait d'union ; puis, citant de nouveau ce proverbe au verbe DIRE, elle met le trait d'union : le bien-dire. Il est donc loisible de mettre ou d'omettre le trait d'union ; et il vaut mieux le mettre.

PROVERBES

Quand les mots sont dits, l'eau bénite est faite, se dit des marchés qui sont conclus.

Qui dit tout n'excepte rien.

Qui ne dit mot consent, c'est-à-dire le silence est pris pour l'acquiescement.

REMARQUE

1. Die, pour dise, au subjonctif est un archaïsme. Non, je croyais tout d'elle, il faut que je le die, Régnier, Élég. III. Pourquoi, à votre avis, tant de périls et tant de combas ? vous plaît-il, madame, que je vous le die ? Guez de Balzac, De la gloire. Ils n'ont pas besoin que je leur die rien davantage, Descartes, Méth. 6. Encore qu'on die que la foi a pour objet des choses obscures, Descartes, Rép. II, 36. Mais encore une fois souffrez que je vous die, Corneille, Cinna, I, 1. Votre ardeur vous séduit, mais quoi qu'elle vous die…, Corneille, Poly. V, 4. Ah ! ce n'est pas ces soins que je veux qu'on me die, Corneille, Pomp. V, 3. Veux-tu que je te die ? une atteinte secrète Ne laisse point mon âme en une bonne assiette, Molière, le Dép. I, 1. Ah ! souffrez que je die, Valère, que le cœur qui vous est engagé…, Molière, ib. V, 9. Faites-la sortir, quoi qu'on die, De votre riche appartement, Molière, Femm. sav. III, 2. Gardez-vous… d'ouvrir… que l'on ne vous die…, La Fontaine, Fabl. IV, 15. … rois et dieux mettent, quoi qu'on leur die, Tout en même catégorie, La Fontaine, ib. V, 18. Et puisqu'il faut que je le die, Rien où l'on soit moins préparé, La Fontaine, ib. VIII, 1. Quiconque aime le die ! La Fontaine, Court. Mais, quoi que je craignisse, il faut que je le die, Racine, Bérén. V, 6. Cet archaïsme, ainsi autorisé, peut encore être conservé dans la poésie.

2. Dire de, avec un infinitif, signifiant commander, ordonner, sont signalés par Vaugelas et Th. Corneille comme un gasconisme qu'il fallait éviter. Cependant, dès le temps de ces puristes, cette locution était employée par les meilleurs auteurs, et elle est restée en plein usage. À cette époque, l'Académie ne l'approuvait qu'avec hésitation : « Comme c'est bien parler que de dire : Il lui ordonna d'aller, Il le pria de faire, l'usage semble avoir permis de dire : Il lui dit d'aller, Il lui dit de faire, Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 308. »

3. La deuxième personne plurielle vous dites représente la forme latine dícitis, avec l'accent sur la première syllabe.

HISTORIQUE

Xe s. E si distrent, Fragment de Valenciennes, p. 467. Si cum dist e le [en le] evangelio lieu de avant dist, ib. p. 469.

XIe s. Hom qui plaide en curt, à qui curt que ço seit, e hom li mette sur qu'il ait dit chose…, Lois de Guill. 28. Dis e set ans, n'en fut nient à dire [il n'y en a rien à dire, à rabattre], Penat sun cors el damne Deu servise, St Alexis, XXXIII. Et dist au roi : or ne vous esmaiez, Ch. de Rol. III. Dient paien : ainsi peut-il bien estre, ib. IV. Respondent Franc : Sire, vous dites bien, ib. CLXXVII.

XIIe s. Qu'après nos mors n'en soit dit negun [nul] mal, Ronc. p. 49. [à] mon seigneur dites qu'il me viegne veoir, ib. p. 122. S'uns autres homs deïst tel legerie, ib. p. 168. Li cuiverz [le pervers] ne dit mot, l'ame s'en est alée, ib. p. 196. Ne tout [je] ne cel [cèle] mon cuer, ne tout [je] nel [ne le] di, Couci, VII. Je ne di pas que je fasse folage, ib. XI. As fins amans proi [je prie] qu'il dient le voir [la vérité], ib. X. Et quant uns seus [un seul] en remanoit de ça [n'allait pas à la croisade], Il [Quenes] lui disoit et honte et reprouvier, Hues D'Oisi, Romancero, p. 104. [Je] N'en oi [ouis] nului parler, qui moult de bien n'en die, Sax. VII. Si diromes de Charle, qui tant fait à louer, ib. XII. Puis lui dites coment Guiteclins de Sassogne envers nous entreprent, ib. XX.

XIIIe s. Si vous dirons des pelerins dont grant partie estoit jà venue en Venise, Villehardouin, XXXI. Et dient cil qui morir le virent, que ce fu uns des homes du monde qui plus bele fin fist, Villehardouin, XXIII. Dame, ce dist Pepins, on ne doit pas douter… Berte, III De ce ne vous ert [sera] ore nuls lons racontes dis, ib. V. Quant la messe fut dite, ib. X. En son lit en seant [elle] prist ses heures à dire, ib. XI. Qu'ele ne deïst mot ne que n'osast noiser, ib. XI. D'eus [je] lairrai à parler, n'en dirai ore plus, ib. XXIV. Forment se repent Berte que son nom [elle] leur a dit, ib. LIII. Laissez tout ce aler, n'en soit parole dite, ib. LIV. Sans les autres richesses que je ne sai conter, Qu'à peine les peut-on ne dire ne esmer [estimer], ib. XCVII. Car [elle] sait bien que c'est ele [Berte] … Li cuers lui dit, pour voir bien l'en asseüra, ib. CXXII. À peine [elle] put mot dire, tant li cuers lui failli, ib. CXXVII. Dist li vilain : " Par saint Marcel, Ta pel ert mise en mon mantel. " Mès moult a entre dire et fere ; Qar Renart li fera contrere, Ren. 7885. Maintes gens disent que en songes N'a se fables non et mençonges, la Rose, 1. D'omme traïstre g'en di fi ; Puisqu'il n'a foi, point ne m'i fi, ib. 7867. … Il le secorra De tretout quanques il porra, Plus liés [joyeux] du faire, au dire voir, Que ses amis du recevoir, ib. 4753. … or dis-tu que sage, ib. 10421. Au voir dire [à vrai dire], ib. 17465. Qui droitement veut apeler, il doit dire ainsi, se c'est por murdre : Sire, je di sor tel, et le doit nommer, qu'il malvesement…, Beaumanoir, LXI, 3. Nus lais [legs] ne vaut s'il n'est fes de persone qui soit en bon sens et en bonne memore, et s'il ne le dit de se [sa] bouche, Beaumanoir, XXI, 8. Le pris qui est en leur chevalerie si est tel, que quant il sont si preus et si riches que il n'i ait que dire…, Joinville, 235. Et li [au comte de Monfort] distrent que il venist veoir le cors nostre Seigneur qui estoit devenuz en sanc et en char entre les mains au prestre, Joinville, 198. Sire, se vous ne me lessiez dire que vous soiés cousin au roy, l'en vous occirra touz et nous avec, Joinville, 240. Et pour ce se doit on garder et en tele maniere deffendre de cest agait, que en die à l'ennemi [au démon] quant il envoie tele temptacion : va t'en, Joinville, 197. Bien est, ki dit, s'il est ki fait, Ph. Mouskes, ms. p. 200, dans LACURNE.

XIVe s. Il est voir [vrai] disant et veritable, Oresme, Eth. 124. Il avient aucune fois que par suspicion et par opinion l'en dit faulz, Oresme, ib. 173.

XVe s. Et [messire Galéas] avoit telle grace de toutes gens en Lombardie que chacun l'aimoit et disoit bien de lui ; … et toutes gens disoient mal et se plaignoient couvertement de messire Barnabo, Froissart, II, II, 226. [Les cardinaux] distrent et imaginerent que il ne leur feroit jà bien [Urbain VI], et que il n'estoit pas digne de gouverner le monde, Froissart, II, II, 48. En lisant nul n'osoit parler ni mot dire, car il vouloit que je fusse bien entendu, Froissart, II, III, 13. Et arriva à un port que on dit Cepsée [Chertsey en Cornouaille], Froissart, I, I, 152. Et menoient ma dite dame d'Orleans messire Jaquemes de Bourbon et messire Philippe d'Artois, Froissart, III, IV, 1. Vous l'arez, puisque je l'ay dit, la Pass. N. S. J. C. Afin que ils ne s'en peussent excuser et que plus ne sceussent que dire…, Boucic. I, ch. 14. La plus belle compagnie qu'on sçauroit dire, Commines, VIII, 7. Je vous prie que vous me diez où je pourrai parler à vous à part, Louis XI, Nouv. XLVI.

XVIe s. Ce dire de S. Pierre a tousjours esté vray que…, Calvin, Instit. 327. L'aage me conduisoit Sans peur, ne soin, où le cœur me disoit, Marot, I, 216. Et croyez à mon dire, ô charité, ô bonté indicible ! Marot, I, 265. … Pour vous certes, je treuve Facile chose à faire un impossible, Et fort aisée à dire un indicible, Marot, I, 359. … Quand tout est dit [après tout], en tous les lieux Où je voulois tourner les yeux, Tout me rioit…, Marot, IV, 181. Vous savés combien vostre paine est necessaire aux affaires dont vous portés le faix, et où vos amis vous trouvent bien à dire, Marguerite de Navarre, Lett. 64. Il n'y a nulle raison en leur affaire, j'espere les trouver bien toust ; je croy que leur diray leurs verités, Marguerite de Navarre, ib. 114. Il vous treuve tant à dire que vous diriés qu'il est tout seul, Marguerite de Navarre, ib. 122. Monseigneur, quant tout est dit [après tout], mon principal souci est de votre santé, Marguerite de Navarre, ib. 24. C'est à dire que les painctres ont la liberté de paindre ce qu'ilz veulent, Rabelais, Pant. II, 5. L'antechrist est desjà né, ce m'a l'on dict, Rabelais, ib. III, 26. Si nous avions à dire l'intelligence des sons de l'harmonie et de la voix, cela apporteroit une confusion inimaginable à tout le reste de nostre science, Montaigne, II, 359. Que sait-on si… plusieurs effects des animaux qui excedent nostre capacité sont produits par la faculté de quelque sens que nous ayons à dire…, Montaigne, II, 358. Si on veult dire [exprimer] qu'un homme n'a point de sens, Montaigne, I, 33. Il disoit mieulx [parlait] sans y avoir pensé, Montaigne, I, 41. Cyrus s'estant enquis que c'estoit à dire [de ce que cela voulait dire], Montaigne, I, 65. Il falloit raisonner leur dire [en donner les raisons], Montaigne, I, 51. Ce qu'il y a à dire [la différence] entre la licence et la liberté, Montaigne, I, 172. Aprez qu'il les eust bien laissez dire, il respondit…, Montaigne, I, 189. Il y a bien à dire que ce ne soit le mieulx qu'il peust faire, Montaigne, I, 206. Callicles dict l'extremité de la philosophie estre dommageable, Montaigne, I, 224. J'aurois prins une voye plus naturelle, qui est à dire, vraye…, Montaigne, I, 228. Si vous dictes : il fait beau temps, et que vous dissiez verité…, Montaigne, II, 265. En se deshabillant, il trouva à dire sa chaine, Yver, 536. Le dire de Thucidides s'accorde mieux avec les chroniques, Amyot, Thém. 48. Il commanda que les autres par ordre dissent consecutivement leurs advis, Amyot, Cam. 55. Il n'y avoit capitaine qui eust osé dire de non aux soudards qui en demandoient le pillage, Amyot, Marcell. 28. Je suis marry qu'il faut que je vous die, que…, Amyot, Arist. 10. Antigonus le comparoit à un joueur de dez, à qui les dez disent fort bien, mais qui ne se sçait servir des chances qui luy viennent, Amyot, Pyrrh. 57. Qu'il se teinst tousjours auprès de son armée de mer, à fin que si la fortune luy disoit mal sur terre, il eust incontinent les forces de la marine toutes prestes pour…, Amyot, Pomp. 107. Il rencontra par cas d'adventure Goesylus lacedaemonien, soy disant estre envoyé de Lacedaemone, Amyot, Dion, 62. Quant à cela, il n'y a personne qui die du contraire, Amyot, Brutus, 1. La memoire de cette bataille qui estoit encore recente, d'autant qu'il n'y avoit pas cinq ans à dire, les avoit ainsi enflammez, Carloix, I, 3. Cent ou six-vingts picqueurs, qui avec leurs trompes disoient la mort du cerf, Carloix, IV, 12. Dire d'un et penser d'autre, H. Estienne, Apol. d'Hérodote, p. 26, dans LACURNE. Qui dit ce qu'il sçait et donne ce qu'il a n'est pas tenu à davantage, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 127.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. dir, dire ; catal. dir ; espagn. decir ; portug. dizer ; ital. dire ; du latin dicere. Comp. le grec δείϰνυμι, montrer, goth. taiha, allem. zeigen, montrer ; mots où est le radical identique dic, deik, taih.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. DIRE. Ajoutez :

32 Terme de jurisprudence. Dire droit d'un appel, admettre l'appel, synonyme de faire droit sur l'appel. La cour déclare mal fondé l'appel interjeté par M… contre le jugement… disant droit, au contraire, de l'appel de C… et D…, réforme ledit jugement, Gaz. des Trib. 29 janv. 1875, p. 94, 1re col.

REMARQUE

Ajoutez :

4. Corneille ne dit pas : Cela va sans dire, mais : cela s'en va sans dire. Cela s'en va sans dire, † Mélite, III. Mme de Sévigné non plus : Ils ne viendront point à l'assemblée, cela s'en va sans dire, † Lett. 21 oct. 1676. De même, Bussy à Mme de Sévigné, le 5 janvier 1678 : Je ne vous dis pas que je vous aime ; cela s'en va sans dire,†

5. Mme de Sévigné a écrit : de ce qu'il dit, pour à ce qu'il dit. Il est ravi, de ce qu'il dit, de l'amitié que vous avez pour moi, Sévigné, 15 avril 1671.

HISTORIQUE

XVe s. Ajoutez : Qui chiet [choit] de l'asne il dist [signifie] crieve ; et qui chiet du cheval il dist lieve, les Evangiles des quenouilles, p. 34.

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : M. Boucherie (Revue des langues romanes, t. III, p. 71-77) a jeté du jour sur la locution à dire au sens de manquer. Elle représente le bas-latin habere ou esse diger, digere, dicere, qui se trouve avec le même sens dès les textes mérovingiens : Quantum de compositione diger est, Loi salique ; Quasi animalia per sua menata dicere habuissit (comme si par ses menées il avait eu à dire les animaux), Formules angevines (ailleurs, digere habuisset) ; Quod ante dicta terra de annos triginta et uno semper tenuissint nec eis diger numquam fuissit, LETRONNE, p. 28, anno 680. Ce dernier exemple semble le modèle du vers de St Alexis, cité dans l'historique : Dis et set ans, n'en fut nient à dire. M. Boucherie pense que dicere, qui a eu le sens de plaider, a passé à celui de réclamer, et, comme on réclame ce qui manque, au sens de manquer.