Littré - feu - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« feu », définition dans le dictionnaire Littré

(feu) s. m.

Résumé

PROVERBES

Il n'est feu que de bois vert, il n'y a pas d'activité plus grande que celle de la jeunesse.

Il n'est feu que de grand bois, c'est avec les choses les plus solides, avec les hommes les plus habiles ou les plus puissants qu'on réussit le mieux.

Le bois tortu fait le feu droit, c'est-à-dire peu importent certains défauts d'une chose pourvu que le résultat soit atteint.

Il n'y a dans cette maison ni pot au feu ni écuelles lavées, se dit d'une maison qu'on trouve en désordre.

HISTORIQUE

Xe s. Enz en l'fou la getterent, com arde tost [afin qu'elle soit brûlée vite], Eulalie.

XIe s. Et fous et flambes i est apareillez, Ch. de Rol. CLXXXI. Des haumes clairs li fuus en escarbone [les étincelles jaillissent], ib. CCLXI. Contre le ciel vole li fouz [les étincelles] tous clairs, ib. CCLXXXVI.

XIIe s. De verz albes espines à faire un feu ardent, Ronc. p. 199. Il i ont mis du feu tout rasé [ras] un tonel, Sax. IX. Li fous Deu chaït del ciel, si degastast les berbiz et les enfanz, Job, p. 500.

XIIIe s. Largesse semble à feu de paille ; Quant il est ars, jà rien ne vaut, Le Comte de Bretagne, Romancero, p. 161. Et ce fu li tiers feus qui fu en Constantinoble, puis que li pelerin i vindrent, Villehardouin, CVI. Quant Berte sent le feu, à Dieu graces en rent, Berte, XLVII. Et Symons fait le feu, n'ot pas le cuer vilain, ib. XLIX. Cel jour s'est bien chaufée Berte delez le fu, ib. LI. Que nul ne puisse prendre aprentiz, se il ne tient chief d'ostel, c'est à savoir feu et leu, Liv. des mét. 69. Garde que tu ne paroles à home discordant [ami de la discorde], que tu ne boutes busche en son feu, Latini, Trésor, p. 361. Ne vos afiez en celz que vos avez guerroiez, que il ont toz jors en lor piz le feu de la haine, Latini, ib. p. 360. Plus a de busche en feu, plus art [plus il y a de bûches au feu, plus il brûle], Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 379.

XIVe s. Mettez sur le feu et faites à petit feu chauffer, Ménagier, II, 5. Et le poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient dehors, ib. I, 4.

XVe s. Adonc fit-il [Philippe d'Artevelle] une taille en Flandre, que chascun feu toutes les semaines paieroit quatre gros, Froissart, II, II, 161. Au feu ! au feu ! courez tous mes amis, Orléans, Bal. 27. Ardant desir de veoir ma maistresse A assailly de nouvel le logis De mon las cueur, qui languist en tristesse, Et puis dedens partout a le feu mis, Orléans, ib. 27. Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir ; On aprent à faire et à voir Selon les temps et les saisons, Orléans, Rondeau, 35. Fay, Belias, fay bon feu de là, Et j'en feray aussy de çà, la Nat. de N. S. J. C. Il se tient plus coi qu'un feu couvert, Louis XI, Nouv. XXIX.

XVIe s. La maniere de composer un feu fort et aspre, qui bruslera tout ce qu'il attaindra, Liv. de canonerie, dans REINAUD et FAVÉ, Du feu grégeois, p. 134. Les povres sots jurent qu'ils mettroient leur doigt au feu sans brusler, pour soutenir qu'elles sont femmes de bien, Marguerite de Navarre, Nouv. XX. Tout le monde y accouroit comme au feu, Despériers, Contes, XXX. …Avec une colere telle qu'ont voulentiers ces gens de feu [il s'agit d'un maréchal], Despériers, ib. LXII. Comme un canon qui fait faux feu, Yver, p. 540. Ce feu ardent [fou, emporté] de Chavigny a…, Carloix, VI, 48. D'Aubigné, prenant feu à ces paroles, ne put s'empescher…, D'Aubigné, Vie, CXXVIII. Brissac avec 1200 arquebusiers fit si beau feu qu'il mit tout dehors, D'Aubigné, Hist. I, 279. Cela failli, nostre chef gascon, ayant le feu à la teste, attrempa la joie des refformez par la prise du Mont de Marsan, D'Aubigné, ib. I, 296. …Qu'ils sauroient l'heure par le tocsain de la grosse cloche du pallais et qu'ils missent du feu [lumières] aux fenestres, D'Aubigné, ib. 216. Le roi s'est jetté dans le lict tout en feu, et nous a dit : Voiez-vous ce traistre ? D'Aubigné, ib. II, 189. Quelques navires à feu [brûlots], D'Aubigné, ib. 482. Quand au feu du foudre, il est plus chaud que nul autre feu, parquoy à bon droit il est appellé le feu des feux, Paré, XXIII, 10. Ils souffrirent d'estre bruslez vifs en un feu avant desadvouer leurs opinions, Montaigne, I, 299. C'est un vray feu d'estoupe [peu durable], Montaigne, III, 372. Mettre un païs à feu et à sang, Montaigne, IV, 167. C'est demy vie que de feu, Génin, Récréat. t. II, p. 236. Un fou jamais ne laisse un feu en paix, Génin, ib. 252. Les reitres ne sont point si [ne sont jamais si] dangereux que quand on est meslé avecques eux ; car c'est tout feu, Lanoue, 313. Feu bien couvert, comme dit ma bru, Par sa cendre est entretenu, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 69. Le feu ayde le queu [cuisinier], Leroux de Lincy, ib. p. 71. Un feu de marionnette, trois tisons et une buschette [un petit feu], Leroux de Lincy, ib.

ÉTYMOLOGIE

Bourguign. ; picard, fu ; provenç. foc, fuoc, fuec ; catal. fog ; espagn. fuego ; portug. fogo ; ital. fuoco ; du latin focus, foyer. Feu n'a donc point de rapport avec l'allemand Feuer, qui tient au grec πῦρ.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FEU. Ajoutez :

45 Terme d'exploitation houillère. Feu de monastère, voy. TOQUE-FEU.

46Petit feu, feu qu'on met aux sous-bois pour les détruire. Un propriétaire de la contrée, M. de More, a imaginé d'employer le feu comme moyen de destruction des sous-bois… dans son application, le petit feu exige certaines précautions, H. Faré, Enquête sur les incendies de forêts, p. 22.

47En costume de feu, se dit des pompiers équipés pour aller à un incendie. Les pompiers veillent tout prêts pour l'action, la veste au dos, la ceinture aux reins, le casque en tête, en costume de feu, comme on dit, Maxime du Camp, cité dans Journ. offic. 27 fév. 1875, p. 1512, 2e col.

REMARQUE

Les armes à feu sont des armes de jet construites pour l'emploi de la force explosive de la poudre ; ce sont les armes portatives, les bouches à feu, les fusées de guerre. La bouche à feu est une arme à feu, en général de fort calibre, disposée de manière que le recul se fasse sur le sol ou sur un bâti quelconque.