Littré - gros - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« gros », définition dans le dictionnaire Littré

gros, osse

(grô, grô-s' ; il est probable qu'au XVIIe siècle on prononçait grosse comme bosse, rosse ; du moins la Fontaine, Fabl. I, 7, fait rimer grosse avec colosse) adj.

Résumé

PROVERBES

Grosse tête, peu de sens, c'est-à-dire la grosseur de la tête n'indique pas la capacité de l'esprit.

Les gros poissons mangent les petits, c'est-à-dire les faibles souffrent de l'injustice des puissants.

REMARQUE

L'habitude de dire un gros seigneur, de gros messieurs, avait fait substituer généralement gros à grand, et l'on disait un gros général pour un grand général ; cela ne se dit plus. On dit cependant encore : gros major.

HISTORIQUE

XIe s. Fendus en est mis olifans [mon cor] el gros [dans la partie grosse], Ch. de Rol. CLXVII. La hanste en fu grosse come uns tinel, ib. CCXXVII.

XIIe s. Par mi le gros du pis [il] lui fait l'espié glacier [glisser], Sax. X. Si m'aït Diex, ma douce suer ; à tort avez si gros le cuer, Gautier D'Arras, Ille et Galeron. Car mult out [il eut] felun quer [cœur] e gros e surquidié [outrecuidant], E li diables out [eut] dedenz lui pris sun sié, Th. le mart. 131. Je sui grosse de vif enfant ; Nel puis or mais celer avant, Grégoire le Grand, p. 12.

XIIIe s. Nostre Sires, au commencement, fist une grosse matiere sans forme et sans figure, Latini, Trésor, p. 104. Gros arbres est sovent crolez par petit vent, et les hautes tours chieent [tombent] plus pesamment, Latini, ib. p. 448. Je dout [crains] qu'à ce viegne [vienne], Que France s'en plaigne, Et chascuns, gros et menu, Et li jeune et li chenu, Hues de la Ferté, Romanc. p. 190. Et s'il vendoit vin en gros, Tailliar, Recueil, p. 109. Ne ele ne pooit pas estre grosse del duc, que il avoit grant piece esté devant sa mort que ele ne l'avoit veü, Merlin, p. 66, verso. Où mainte grosse peine [elle] endura et soufri, Berte, I. Et li vins de gros noirs ou de goet [doit estre prisiés] cascuns muis six sous de rente, Beaumanoir, XXVII, 25. S'il vient à cort, chacuns l'en chace Par groz moz ou par vituperes, Rutebeuf, 22. Si oel [ses yeux] sont gros pour le plorer, Fl. et Bl. 2855. Si vous pri, fist-il, que vous y pensez ; et, pource que la besoingne est grosse, je vous donne respit de me respondre, Joinville, 254.

XIVe s. [Les deux armées criant que Henry roi d'Angleterre et Louis VII en vinssent aux mains, et celui-ci le voulant bien :] à ce respondit le roi Henry : Je ne prens mie si en gros [je ne m'affecte pas tellement], que je perde pour telles paroles mon chasteau, Chron. de St Denis, t. I, f° 237, dans LACURNE. Et Bertran et sa gent à Saumur s'en alerent, Grosse ville françoise, et là se reposerent, Guesclin. 18582. Le gros du cuer et sa rachine est en haut, H. de Mondeville, f° 23, verso.

XVe s. Les menus mestiers de la ville, voulsissent ou non les gros, se partirent du marché, Froissart, II, II, 57. Depuis la grosse bataille de Poitiers, Froissart, Prologue. Le roy Robert d'Escosse, qui moult preux avoit esté, estoit demouré vieil et foible et si chargé de la grosse maladie [lèpre], ce disoit-on, que mourir luy convenoit, Froissart, liv. I, p. 24, dans LACURNE. Et quant il fut parvenu par devant le soudan, qui estoit assis pompeusement en une haute galerie, le fit estre une grosse heure en bas ou environ en sa presence, Monstrelet, II, 37. Quant l'esprevier vole bien pour l'aloe [l'alouette], Il souffist bien, sans voler pour le gros, Deschamps, Poésies mss. f° 229. Nul ne pourroit dire comment son cœur fut gros et enflé contre les Vénitiens, Bouciq. II, 9. Brief, je suis gros de ceste piece [c'est-à-dire j'en ai envie], Il m'en convient avoir…, Patelin. Pieulz du gros du bras et le haut d'un homme, Hist. de Loys III de Bourbon, p. 93, dans LACURNE. Il ne fault doubter que nul jour sans perte et gaigne ne se passe tant d'ung costé que d'autre, mais de grosses il n'y avoit riens, Commines, I, 9. Son armée estoit très grosse, Commines, II, 2. Les ungs les recueilloient [accueillaient] avec grosses parolles et grosses menasses, Commines, II, 3. Après la grosse pluie que la compagnie eut plus d'une grosse heure et demie sur le dos, on arriva à l'hostel, Louis XI, Nouv. LXXXI.

XVIe s. Craindre en tout heurt est indice de groz et lasche cueur, Rabelais, Pant. IV, 22. Le tainct est gros, la gorge n'est plus telle Que quand d'aimer vous requis autrefois, Saint-Gelais, 137. Au travers le gros des ennemis, Montaigne, I, 63. Je ne luicte point en gros ces vieux champions là, et corps à corps, Montaigne, I, 157. Le but et la visée d'un capitaine doibt regarder la victoire en gros, Montaigne, I, 342. Il avoit le cœur trop gros [haut] pour…, Montaigne, II, 47. Une grosse et vehemente fiebre, Montaigne, III, 205. Qu'il viene en la faculté de théologie, et on parlera à lui des grosses dents, Lanoue, 101. Pour se dedommager et recompenser, ils [les juges] vendent en detail (comme aucuns ont dit) ce qu'on leur a vendu en gros, Lanoue, 102. De grosses rentes, Lanoue, 150. …Et la voyant [la cavalerie] venir à eux en gros, Lanoue, 314. Quand ils entendent que les chrestiens arment en gros, aussi font-ils de leur costé, Lanoue, 421. Nicias s'en vint devers luy, qui, en luy embrassant les genoux, avec les grosses larmes aux yeux, le…, Amyot, Marcel. 32. Toutefois les plus gros et les plus gens de bien de la ville, voyant le tort qu'on luy faisoit, prirent sa cause en main, Amyot, Arist. 10. Que Philippus vouloit, à son prejudice, avancer par ce gros mariage Aridaeus, et le laisser son successeur au royaume, Amyot, Alex. 16. Ce gros latin et ces vers grossiers furent…, D'Aubigné, Hist. III, 203. Pour deslayer et destremper le sang trop gros, Paré, Introd. 6. Nonobstant qu'il eut un gros esprit [ esprit épais ], Nuits de Straparole, t. I, p. 401, dans LACURNE. En cette façon ceux qui avoient esté gros seigneurs en ce monde icy, gaignoient leur pauvre, mechante et paillarde vie là bas, Rabelais, II, 3. Le greffier pour son registre et gros de lettres, dix sols parisis, Coust. gén. t. I, p. 648. Les barques ne pouvoient s'approcher de la terre que d'un gros d'eau [grande marée] qui ne vient que de quinze en quinze jours, Rohan, Mém. t. I, p. 231, dans LACURNE. Les habitants nous assurerent qu'il y avoit un autre gué plus proche de l'embouchure de la mer, et qu'à minuit precisement l'eau seroit basse, et plus basse qu'elle n'estoit à midi, car c'estoit gros d'eau [le plein de la marée], Bassompierre, Mém. t. III, p. 129, dans LACURNE. Se trouvans de gros chrestiens [mauvais chrétiens] qui estiment que l'eau beniste est un amusoir du peuple, emprunté de ceremonies payennes, Pasquier, Recherches, liv. VIII, p. 701, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Berry, grôt, groût, grous, grousse ; bourg. grô ; mâconnais, grou ; picard, cros ; esp. groso, grueso ; port. et ital. grosso ; du lat. grossus, qui se trouve dans la latinité de l'âge inférieur ; comp. l'allem. gross ; anc. haut-allem. grôz ; angl. great, qui signifient grand ; c'est sans doute, comme Diez le remarque, de la forme germanique que vient grôt, groût du Berry.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GROS,

13Ajoutez :

Billet de grosse, billet qui est souscrit par suite d'emprunt à la grosse (DALLOZ).

35Une somme grosse, une somme payée en bloc, par opposition à somme payée par fractions. Que si la compagnie a consenti à verser à l'appelant, dès le mois d'août 1866, une somme grosse de 33,750 fr. à titre de courtage dû sur les dix premières primes à verser annuellement par la compagnie des chemins portugais, Gaz. des Trib. 4 août 1876, p. 759, 1re col.

36Ancien terme de finance. Le gros, sou prélevé par livre sur le commerce en gros des boissons, Neymarck, Colbert et son temps, t. I, p. 143.