Littré - habit - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« habit », définition dans le dictionnaire Littré

(a-bi ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel, l's se lie : des a-bi-z étroits) s. m.

PROVERBE

L'habit ne fait pas le moine, on ne doit pas juger des personnes par l'apparence. Cela se dit aussi des personnes dont la conduite n'est pas conforme à leur état. Cette façon de parler est prise des auteurs du droit canon, traitant de la capacité ou incapacité de posséder des bénéfices ; elle veut dire au propre : Il faut être profès et non simple novice pour posséder un bénéfice régulier, par opposition aux bénéfices séculiers, De Brieux.

HISTORIQUE

XIIe s. Faites roi del moine Costant ; Drois oirs [légitime héritier] est, tolons li l'abit, Wace, Brut, V. 6642.

XIIIe s. Li mesdisans ont parlé Seur aucuns amis, Que, s'il se fussent mené En simples habis, Jà n'en fust issuz mesdiz [sortie médisance], Mss. de poés. fr. avant 1300, t. IV, p. 1418, dans LACURNE. Note que habit fet moine ; et qui est profès ne se pot marier, Liv. de just. 193. Moult volentiers [je] quesisse une religion Où je m'ame salvaisse en bonne entention ; Mais tant voi en pluseurs envie, elation, Qu'il ne tiennent de l'ordre fors l'abit et le nom, Rutebeuf, 238.

XIVe s. Les habis [habitudes] naturels sont en enfans et en bestes, Oresme, Eth. 189. Bien semble à leur abit une poure maisnie, Guesclin. 3780.

XVe s. Et là seoit le jeune roi en habit royal, Froissart, II, II, 74. Ils [les Gantois] mirent tout hors, femmes et enfans, et les envoyerent toutes nues en leurs chemises ou es plus povres et petits habits qu'elles eussent, Froissart, II, II, 213. Trop de gens sont qui honourent l'habit, Et au corps font pour robe reverence, Et ne tiennent compte de l'esperit, Deschamps, Ball. L'habit ne fait pas l'homme. Et entre tous ceulx que j'ay jamais congneus [Louis XI] le plus humble en parolles et en habitz, Commines, I, 10.

XVIe s. Il n'est pas si fol qu'il en porte l'habit, Cotgrave D'habits d'autrui mal on s'honore, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 168. Perdre son habit en un jour de froid, Leroux de Lincy, ib. p. 370. Tout habit au pauvre duit, Leroux de Lincy, ib. p. 427.

ÉTYMOLOGIE

Bourg. haibi ; provenç. habit, abit ; cat. habit ; esp. habito ; ital. ábito ; du latin hábitus, qui veut dire proprement manière d'être, venant de habere, avoir, mais qui signifie aussi dans la meilleure latinité vêtement ; on comprend comment, de manière d'être, le passage s'est fait à vêtement ; ce passage appartient non au moyen âge scolastique, mais à l'antiquité latine. Habit, bien qu'il remonte au XIIIe siècle, est fait sur le latin ; habitus, ayant l'accent sur ha, aurait donné hate.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

HABIT. Ajoutez :

5Se disait, dans l'ordre de Fontevrault, du logement des religieux de l'ordre qui servaient de chapelains et de confesseurs, par opposition au monastère, qui se disait de l'édifice occupé par les religieuses.