Littré - long - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« long », définition dans le dictionnaire Littré

long, ongue

(lon ; lon-gh' ; le g devant une consonne ne se prononce pas : un lon chemin ; devant une voyelle ou une h muette il se lie et se prononce comme un k ; un lon-k espoir ; au pluriel, l's se lie : les lon-z espoirs) adj.

REMARQUE

1. Marg. Buffet, 1668, Observ. p. 198, blâme l'expression de longue main : " On dit sans penser faire de faute : On connaît ces gens-là de longue main, il faut dire : de longtemps. " Cette expression remonte au XIVe ou XVe siècle et est acceptée par l'usage.

2. Chevallet a dit que la locution de longue main était une méprise de la langue qui avait changé de longuement en de longue main. Il est certain que de longuement s'est dit ; Voici des exemples du XIIe siècle : Des autres s'est li reis partis Od [avec] ceus qui plus amerement Heent [haïssent] le duc de longuement, Chron. des ducs de Norm. t. II, p. 202. Moult est li deables gringnos… Argumens set faire od soffime [sophisme] ; Kar es ceus [cieux] fu e en abisme ; Si a apris de longuement, ib. p. 353. Il ne faut pas prendre longuement pour l'adverbe ; c'est un substantif qui signifie retard, longueur ; voy. dans du Cange mettre longuement à une chose, au mot longare. Mais l'existence de la locution de longuement ne prouve rien contre de longue main ; longue main, qui figurément signifiait pouvoir, puissance, a pu passer au sens de longueur de temps, sans aucune méprise de la part de la langue. Les Allemands disent aussi von langer Hand, depuis longtemps.

HISTORIQUE

XIe s. De lunc dei [du doigt du milieu], de l'altre qui porte l'anel, Lois de Guill. 13. Veez m'espée, qui est e bone e lunge, Ch. de Rol. LXXV. Lunc un autel belement [ils] l'entererent, ib. CCLXXI.

XIIe s. Et de lonc et de lé, Roncis. 19. Je t'ai moult lonc [longtemps] portée [mon épée], ib. 23. En vielle geste est escrit de lons ans, ib. 86. Tant s'est amors affermée En mon cuer [cœur] à lonc sejor, Couci, I. Mainte longue semaine Trai [je passe], quant sui loing de lui [elle], ib. VIII. Mais bien me pourra grever Lons desirs sans conforter, ib. p. 119.

XIIIe s. De longues terres longues nouvelles [celui qui revient de loin a beaucoup à dire], Prov. du vilain, ms. de St-Germain, f° 74, dans LACURNE. Et il virent le lonc et le lé de la vile, qui de toutes autres estoit souveraine, Villehardouin, LXI. Cinq piés [Pepin] ot et demi, de long plus n'en ot mie, Berte, II. Se j'ai chanté, ne m'a gaire valu ; Au long aler [à la longue], se Deu plait, me vaudra, Poés. franç. av. 1300, t. I, p. 487, dans LACURNE. Et li crestien avoient tendut une roie [un rets], parmi l'aigue, de lonc en lonc le pont pour les aventures que avenir pooient, Chr de Rains, 96. Ne vous chaut s'il [un vêtement] est cors ou lons, la Rose, 8554. Bien doit estre cele m'amie Qui veut que j'aie longe vie, Fl. et Bl. 2540.

XVe s. Et disoit aux chevaliers qui estoient delez lui : que ce Lombard la fait longue [combien il emploie de temps] ! il nous fait ci mourir de froid, Froissart, I, I, 327. Et me fut dit que de longue main ce duc d'Irlande avoit fait si grand attrait d'or et d'argent…, Froissart, II, III, 80. Je seray ici dedans trois sepmaines au plus long, se Dieu me garde de prison ou de maladie, Perceforest, t. IV, f° 49. N'y aura si estrange proposition que, au respondre, il ne repete de point en point par ordre, et à chascun si bien et si vivement responde ou replique, s'il affiert, qu'il semble que de longue main ait estudié la matiere, Christine de Pisan, Hist. de Charles V, II, 16. Dieu, prevoiant leurs faultes futures, leura souffert de longue main… , Chastelain, Chron. du duc Philippe, proesme. Et tant d'aultres auctorités qui se trouveroient très longues à dire, J. de Saintré, ch. 5. À fin que, le temps advenir, ses faits soient tousjours cause de bon exemple, il est bon que cy soient presentés tout long, Bouc. III, 3. Tout au long du chemin, Commines, I, 2. Toutes fois il recouvra ses pieces [son argent] à la longue, Commines, VII, 5.

XVIe s. L'amiral, à qui la demeure en un lieu estoit ruineuse, après quelques canonades fit filer de longue, D'Aubigné, Hist. I, 325. Cettui-ci, homme violent aux autres choses, ne la fit pas longue [ne vécut pas longtemps] après ce refus, D'Aubigné, ib. II, 28. Si la douleur est longue, elle est legiere, Montaigne, I, 304. Avoir la veue longue, Montaigne, III, 58. Le soleil porta, tout le long d'un an, le deuil de sa mort, Montaigne, II, 382. Estant cheute de son long esvanouïe, Montaigne, III, 181. La longueur du temps adjouxtée à l'assiduité de labeur en la manufacture d'un ouvrage, lui donne force et vigueur de longue durée, Amyot, Péricl. 26. De longue main il estoit en dissension avec ceulx de sa maison, Amyot, ib. 68. Il s'alla camper au long de la riviere d'Aufide, Amyot, Fab. 31. Alcibiades se jetta tout de son long emmy la place au-devant du chariot, Amyot, Alc. 3. S'attendant bien que la guerre prendroit long trait, et iroit en grande longueur soubs Nicias, Amyot, ib. 39. Les roys ont les mains longues, Condé, Mémoires, p. 598. Longues paroles font les jours courts, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Génev. à la longe, à la longue ; provenç. long, lonc, loing ; port. longo ; ital. lungo ; du lat. longus ; comp. l'allem. lang ; polon. dlugo ; russe, dolgo, grec, δόλιχος ; anc. persan, dranga ; sanscr. dîrgha. La forme polonaise porte à supposer un latin dlongus ; mais Curtius et Corssen contestent ces rapprochements, et rattachent longus au grec λαγγάζω, λογγάζω, tarder, être long. En somme, l'étymologie reste encore obscure.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LONG.

12De long. Ajoutez :

Aller de long, continuer. Je l'ai trouvé [votre livre] si bien à mon goût, qu'il a fallu que je sois allé de long, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

19Ajoutez :

Aller de longue, avancer. Puisque je me suis mis dans le chemin de l'impudence, il faut aller de longue, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

REMARQUE

Ajoutez :

3. À côté de tirer de longue, causer des délais, on trouve aussi, au neutre, tirer de longue, éprouver des délais. Le roi juge l'affaire si importante qu'aussitôt qu'il a cru qu'elle pouvait tirer de longue, il s'est résolu de s'avancer jusques à Pignerol, Richelieu, Lettres, etc., t. VI, p. 468 (1639).

4. Ajoutez un exemple de longue main (voy. la discussion à Rem. 2), lequel est du XIIIe s. : Fouke Cringnon et Wautier sen frere, qui tenoient les II moies de terre devant dites et qui avoient paiet de longe main les deus mines de blé…, Charte du Vermandois de 1238, dans Bibl. des ch. 1874, t. XXXV, p. 457.