Littré - loup - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« loup », définition dans le dictionnaire Littré

(lou ; le p ne se lie jamais : un lou enragé ; au pluriel, l's se lie : des lou-z enragés) s. m.

PROVERBES

Il faut hurler avec les loups, il faut s'accoutumer aux manières de ceux avec qui l'on se trouve, quoiqu'on ne les approuve pas. Tous ces Normands voulaient se divertir de nous ; On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups, Racine, Plaid. I, 1.

Le loup mourra dans sa peau, il arrive rarement qu'un méchant homme s'amende.

Qui se fait brebis, le loup le mange, quand on est trop facile ou trop patient, on est sujet à être tourmenté, vexé, etc.

Brebis comptées, le loup les mange, quelque soin qu'on ait de garder ce qu'on a et d'en savoir le compte, on ne laisse pas quelquefois d'être volé ; ce proverbe signifie aussi : cela porte malheur de prendre le compte exact de ce que l'on possède.

Les loups ne se mangent pas, les méchants s'épargnent entre eux.

La guerre est bien forte quand les loups se mangent, se dit quand des gens de même profession sont en querelle.

Tandis que le loup chie, la brebis s'enfuit, proverbe grossier pour exprimer qu'il ne faut pas laisser échapper l'occasion qui se présente.

La faim chasse le loup hors du bois, la nécessité contraint les gens à faire, pour vivre, bien des choses contre leur inclination. Raison [besoin d'argent] où il n'y a pas un mot à répondre, raison qui ferme la bouche, raison enfin qui fait sortir le loup du bois, Sévigné, 14 oct. 1694. Alors la faim, qui chasse le loup hors du bois, me fit sortir de mon gîte pour aller acheter des vivres, Lesage, Guzm. d'Alfar. II, 4.

Quand on parle du loup, on en voit la queue, se dit lorsqu'un homme survient au moment où l'on parle de lui.

HISTORIQUE

XIe s. N'en mangeront [de nos corps] ne lu, ne porc, ne chien, Ch. de Rol. CXXX.

XIIe s. Unques od [avec] lou, ce m'est avis, Ne fu unquore autre lou pris, Benoit de Sainte-Maure, II, 3423.

XIIIe s. Les leus [elle] oït uller [hurler], et li huans [chat-huant] hua, Berte, XX. Quar cis siecles est si changiez, Que uns leus blans a toz mangiés Les chevaliers loiaus et preus, Rutebeuf, 231. Li lous le prent par grant aïr, As denz le houcepaigne et mort, Ren. 24488. Li leu qui mouton sembleroit, S'il o les brebis demorast, Cuidiés vous qu'il nes devorast ? la Rose, 11164. La grant ardeur de son courage Le fait semblant à loup ramage [sauvage], Du Cange, lupus. Adès i aura il du poil du leu [toujours y aura-t-il de la trahison], J. P. Sarrasin, dans JOINVILLE, p. 273, édit. de FR. MICHEL, 1858.

XIVe s. Car un proverbe dit par vraie autorité : Toujours reva li leus devers le bois ramé, Guesclin. 20969.

XVe s. Leur fault avoir ung aultre engin nommé loup, ou quel a ung fer courbe qui a très forts dens et agus, qui sont assis de telle maniere sur le mur qu'ilz viengnent engouler le tref du mouton [la poutre du bélier], et le tiendront si fort qu'il ne pourra tirer ne avant ne arriere, le Jouvencel, f° 87, dans LACURNE. Non pas vierge, non, mais ribaude, Qui fustes en avril sy baude, Le tiers jour, entre chien et leu, Mir. de Ste Genevieve. Necessité de querir à vivre fait saillir le loup du bois ; pour ce que necessité surmonte nature, Chartier, Espér. ou consolat. des 3 vertus.

XVIe s. Le prince de Condé, sachant les dispositions des premiers delateurs, n'estoit pas en petite peine, tenant. comme on dit, le loup par les oreilles, pour ce que la fuitte de la cour le mettoit en coulpe, sa demeure en danger, D'Aubigné, Hist. I, 95. Le duc de Parme, la jugeant [une armée] deux fois plus forte que le duc de Maienne ne lui avoit faite, lui reprocha qu'il lui avoit fait le loup plus petit qu'il n'estoit, D'Aubigné, ib. III, 239. Il y estoit connu comme le loup gris, Despériers, Contes, XX. Perdant la parole comme ceux qui ont vu le loup sans y penser, Yver, 586. Et s'il est autrement, que les loups [ulcères] me puissent manger les jambes, Sat. Mén. 49. Si aucun s'ingere de parler de paix, je le courroy comme un loup gris, ib. 97. Il ne faut pas tousjours arrester le cours de ventre : car ce seroit bien souvent enfermer le loup dans la bergerie, Paré, XX bis, 19. Il y a une autre espece d'araignée nommée loup, pource qu'elle ne chasse seulement aux mousches communes, Paré, XXIII, 35. Perrot, les loups m'ont veu, ma voix est enrouée, Je ne scaurois chanter, Ronsard, 743. Ores faisant semblant de vouloir combattre, ores s'esloignant tout à coup : retraicte de loup, monstrant toujours les dents, Brantôme, Prince d'Orange. Deux loups après une brebis, Cotgrave Le loup sçait bien que male beste pense, Cotgrave À mauvais chien ne peut on monstrer le loup, Cotgrave Le loup alla à Rome et y laissa de son poil, mais rien de ses coustumes, Cotgrave C'est une bonne prise que d'un jeune loup, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 180. Jeune homme en sa croissance a un loup en sa pance, Leroux de Lincy, ib. p. 181.

ÉTYMOLOGIE

Wallon, leu ; Berry, loube, des deux genres, loup et louve ; picard, leu ; provenç. lup, lop ; catal. llop ; espagn. lobo ; ital. lupo ; du lat. lupus ; grec, λύϰος ; lithuan. vilka ; slave, vlŭkŭ ; anc. pers. varka ; sanscr. vrĭka. Le slave vrĭka explique la transition de varka, forme primitive de vrĭka, en valka, vlaka, et, par affaiblissement de l'a, vluka ; de là ϝλύϰος, λύϰος, et le latin lupus, par changement de la gutturale en labiale.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LOUP. Ajoutez :

24Dans l'argot du théâtre, défaut qui produit un vide dans l'enchaînement des scènes ; c'est une extension de loup en termes d'atelier (voy. LOUP, n° 10). Les auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup, comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître dans une histoire de cabinet noir de lettres escamotées à la poste, Daudet, Journ. offic. 3 nov. 1874, p. 7342, 2e col.

On dit aussi qu'il y a un loup quand la scène reste vide dans le cours d'un acte.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : Histoires au vieux loup, sottes histoires, Oudin, Curios. franç. p. 240, éd. de 1656. Discours au vieux loup, discours impertinents, Oudin, ib. p. 437. (comp. à LOUP, n° 1 : Ce mot est au vieux loup, de Malherbe).