Littré - mouiller - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« mouiller », définition dans le dictionnaire Littré

(mou-llé, ll mouillées, et non mou-yé) v. a.

HISTORIQUE

XIe s. Tuz l'escarnissent [le raillent], sil tenent pur bricun [un misérable], L'egue li getent, si moilent sun lincol [linceul, linge], St. Alexis, LIV.

XIIe s. En haute tour se siet bele Isabel ; De larmes [elle] moille le lai [lé] de son mantel, Romanc. p. 70.

XIIIe s. Les rives sont mouillées, et les chevaus leur cheent [tombent] sur les cors et les noient, Joinville, 224. La terre meïsmes s'orgoille Por la rousée qui le moille, Et oublie la poverté Où ele a tot l'yver esté, la Rose, 56. Il avoient sorti que chil qui passeroit cest fleuve sans moillier seroit trente ans sires de la tierre, H. de Valenciennes, XIV.

XIVe s. Et s'il est que desconfis soies, Et que tes gens mors et pris voies, Jà soit ce que li cuer t'en dueille, Garde que ton œil ne s'en meuille, Machaut, p. 110.

XVe s. Or dit qu'elle vient du marchié, Or dit qu'elle a partout cerchié… Or dit que trop souvent se mouille Pour le proufit de sa maison, Deschamps, Miroir de mariage, p. 70. Quiconque veut travailler, Faut tenir la gorge nette, Et bien souvent la mouiller, Basselin, XXVII.

XVIe s. Ne tirons pas au doigt mouillé Pour jouer à cligne-musette, Baïf, Passe-temps II, Aventures. S'il avient une année fort mouillée, le dit fruit sera fade, Palissy, 32. Qui se garre dessous la feuille, deux fois se mouille, Cotgrav. Se couvroit d'un sac mouillé, Rabelais, I, 11.

ÉTYMOLOGIE

Berry, moillier ; provenç. muelhar, molhar, moillar, mular ; cat. muelar ; esp. mojar ; port. molhar ; du lat. fictif molliare, dérivé de mollis (voy. MOU 1) : ce qui mouille rendant mou.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MOUILLER. - HIST.

XVIe s. Ajoutez : Je mouille, je humette, je boy, et tout de paour de mourir, Rabelais, I, 5. (rapprocher ce mouiller de Rabelais de la locution populaire : être mouillé, avoir trop bu).