Littré - sentiment - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« sentiment », définition dans le dictionnaire Littré

(san-ti-man) s. m.

PROVERBE

Autant de têtes, autant de sentiments, sur une chose il y a autant d'avis qu'il y a de personnes.

HISTORIQUE

XIIe s. Et ke li amors de la devantriene [intérieure] compassion sormontat en luy lo sentement del corporiien torment, Saint Bernard, p. 143.

XIIIe s. Là je choisi [vis] un papegaut [perroquet], Qui prioit amoreusement Et dousement De sentement Une mauvis par douz assaut, Lay d'amours, Jubinal, t. II, p. 190.

XIVe s. Il [le nerf] a la nativité du cervel ou de la nuche, portant le sentiment et le mouvement d'iceus à chacun membre, H. de Mondeville, f° 9. Bauduins de Sebourc chante joïeusement Une chanson d'amours, faite par sentement, Que Blance li avoit apris noviellement, Baud. de Seb. VI, 393.

XVe s. Et là [Philippe d'Artevelle aux Gantois] de grand sentement parla, Froissart, II, II, 155. Prince, selon mon sentement, Il faut s'acquiter loyaument, Orléans, Ball. 144. Si print à faire balades, rondeaux, virelais, lais et complainctes d'amoureux sentiment, Bouciq. I, 8. Le roy, qui avoit en grant joye ces nouvelles… combien que desja paravant en povoit bien avoir eu quelque sentement, mais non pas si ample, Commines, IV, 6.

XVIe s. Si je vous disois que… le sentement que vous avez du contraire me dementiroit, Marguerite de Navarre, Lett. XXXIII. Elle l'enterra le plus profond en terre qu'il lui fut possible ; si est-ce que les bestes en eurent incontinent le sentiment, qui vinrent manger la charogne, Marguerite de Navarre, Nouv. LVII. Le sentiment [connaissance] de ce qui est, Montaigne, I, 12. Sans respiration et sans sentiment, Montaigne, I, 93. Ces discours [sur l'amitié] me semblent lasches au prix du sentiment que j'en ay, Montaigne, I, 218. La sagesse doibt alleger le sentiment des maulx, Montaigne, I, 228. Le peuple, qui reçoit oppression des soldats, ne les excusera pas tant, pour ce qu'ils le defendent, comme il les maudira pour ce qu'ils le devorent, ensevelissant le souvenir du bien dans le sentiment des maux, Lanoue, 190. Il avoit fait cette escapade contre le sentiment de ses amis, D'Aubigné, Vie, LVI. Il avoit deux filz et une fille, qui n'avoient pas grand sentiment ny gueres de cognoissance de leur calamité, pour le bas aage auquel ilz estoient, Amyot, P. Aem. 56. L'ouye est celui de tous les sentimens, qui plus promptement et plus vivement emeut l'ame et les passions d'icelle, Amyot, Crassus, 44. Au corps sont les sentementz interieurz, que sont entiereté, parité, vigueur, puissance, santé, fermeté de corps et le playsir epanché par tout ledit corps, Bonivard, Amartigenée, p. 150.

ÉTYMOLOGIE

Sentir, et le suffixe ment (voy. …MENT, n° 2) ; provenç. sentiment ; espagn. sentimiento ; ital. sentimento.