Littré - sortir - définition, citations, étymologie (original) (raw)

« sortir », définition dans le dictionnaire Littré

(sor-tir), je sors, tu sors, il sort, nous sortons, vous sortez, ils sortent ; je sortais ; je sortis, nous sortîmes ; je sortirai ; je sortirais ; sors, qu'il sorte, sortons, sortez, qu'ils sortent ; que je sorte, que nous sortions, que vous sortiez ; que je sortisse ; sortant, sorti v. n.

REMARQUE

1. Sortir prend l'auxiliaire avoir quand on veut exprimer l'action : il a sorti ce matin ; et l'auxiliaire être pour exprimer l'état : il est sorti depuis longtemps. Comme le remarque M. Ménage, on doit dire : Monsieur a sorti ce matin, et non pas est sorti, pour faire entendre qu'il est sorti et revenu, Vaugelas, Rem. Not. Th. Corn. t. I, p. 64, dans POUGENS. Quoiqu'on dise : je suis sorti ce matin pour telle affaire, le P. Bouhours observe que l'on dit fort bien : il y a huit jours que je n'ai sorti, Vaugelas, ib. Je n'ai point sorti ; Mme de Lavardin et Mme de Moussy ont forcé ma porte, Sévigné, 13 sep. 1679, t. XI, p. X, édit. RÉGNIER. Je ne sais ce que j'aurais fait [pour gendre] d'un jobelin qui eût sorti de l'académie, Sévigné, à Bussy, 4 juin 1669.

2. On lit dans Massillon : Cet esprit inquiet et immonde, qui sort et rentre dans l'homme d'où il est sorti, † Pet. Carême, Malheur des gr. ; et dans Chateaubriand : Il [le curé] est établi dans son presbytère comme une garde avancée aux frontières de la vie pour recevoir ceux qui entrent et ceux qui sortent de ce royaume des douleurs, † Génie, IV, I, 8. « Ces phrases sont incorrectes à cause de la différence des prépositions ; peut-être s'excuseront-elles, si l'on prend le premier verbe comme absolu, c'est-à-dire comme n'ayant pas de complément exprimé, » JULLIEN, Gramm. I, 224.

3. On dit : Je sors d'entendre le sermon, je sors de dîner ; mais cette locution, admise dans les cas où effectivement on quitte un lieu après avoir entendu, dîné, ne doit pas être étendue au delà d'emplois analogues ; et on ne peut dire correctement : je sors de le voir.

4. L'ennemi… sort l'enclos de la ville, Rotrou, les Sosies, II, 3. Que si l'on dit quelquefois : il est sorti le royaume, c'est par une ellipse ; car c'est pour hors le royaume, Gramm. gén. de Port-Royal, ch. 22. [Gentilshommes de l'arrière] à qui, contre leurs priviléges, il persuada de sortir les frontières du royaume, Saint-Simon, t. I, p. 53, édit. CHÉRUEL. Cette tournure, qui du reste n'est plus usitée, est la reproduction du latinisme egredi urbem.

HISTORIQUE

XIIIe s. N'est sous ciel hom, s'il doit morir Et de la mort puisse sortir, Mix [mieux] ne vousist estre mesel [lépreux] E ladres vivre en un bordel [cabane], Que mort avoir ne le trespas, Fl. et Blanch. 1019.

XVIe s. Puisque j'y suis, remarquerai un mot impropre qu'a dit aujourd'hui un honneste homme et docte : Sortez mon cheval, au lieu de dire : faites sortir, Beroalde de Verville, le Cabinet de Minerve, p. 151. Il est sorti de ces prisonniers, durant leur longue detention, des lettres assez remarquables, D'Aubigné, Hist. I, 76. Le roy à sa mode dist à son frere devant la roine, qu'il falloit qu'un d'eux sortist le roiaume, D'Aubigné, ib. II, 108. Je ne croiray jamais que de Venus sortisse Un germe tel que toy, La Boétie, 524. En la guerre, les ruses qui n'ont point esté practiquées sont celles qui sortent le plus souvent à effect, Amyot, Préf. IX, 36. Sortis hors de soy, Amyot, Cam. 51. Il mourut au sortir de son consulat, Amyot, Fab. 3. Il s'en alla droit à la tente du dictateur ; Fabius luy sortit au devant, Amyot, ib. 28. Le barbare, ayant ouy ces paroles, s'en sortit incontinent de la chambre, jettant son espée emmy la place, Amyot, Marius, 70. Ceste sedition fust bien tost sortie en evidence, n'eust esté la guerre des alliés qui survint ladessus et la restraignit pour un temps, Amyot, ib. 58. Une si douce chaisne emprisonne mon cœur, Une si belle main tient mon ame asservie, Que, si je crains la mort, c'est pour la seule peur, De sortir de prison en sortant de la vie, Bertaud. Il ne peut sortir du sac que ce qu'il y a dedans, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Bourg. sôti ; Berry, il sort de manger ; provenç. sortir (sortir, bondir, sauter, jeter) ; catal. et espagn. surtir, jaillir ; portug. sordir, surdir, jaillir ; ital. sortire. Comme le sens propre de sortir est jaillir, comme celui de ressortir 1 est rejaillir, et enfin comme ressort 1 veut dire rebondissement, on peut accepter la conjecture de Ménage, approuvée par Diez, qui le tire d'un type non latin surrectire, dérivé de surrectus, qui s'est levé, dressé, bien que les participes passifs donnent ordinairement des verbes de la 1re conjugaison ; mais il y a des exceptions, par exemple amortir. Cependant, vu la forme surdir avec un d, et resourd pour ressort (voy. l'Historique de ressort 1), il ne paraît pas impossible que sortir soit un doublet de sourdre, venant de surgire, fausse conjugaison pour surgere. On a proposé le latin sortior, obtenir par le sort ; mais on ne voit pas comment du sens de ce verbe on passerait aux acceptions de sortir. Sortior a donné sortir 2.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. SORTIR. - REM. Ajoutez :

4. Sortir, employé activement, est condamné par Courtin : « Le patois des provinces qui font un verbe actif d'un verbe neutre, comme j'ai tombé mon gant, sortez ce cheval de l'écurie, » la Civilité françoise, p. 164, Paris, 1696. La même condamnation est répétée dans une autre Civilité : « Rien n'est plus ridicule que de dire : Voyez voir, pour considérez, voyez ; sortez ce cheval de l'écurie, pour faites sortir ce cheval… et mille autres façons de parler aussi ineptes que révoltantes, » Civilité chrétienne, 2e partie, ch. X, 1812. L'usage qui autorise d'employer sortir activement a prévalu.