Jean-Luc Nancy (original) (raw)

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Biographie

Naissance 26 juillet 1940Voir et modifier les données sur WikidataCaudéranVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès 23 août 2021Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)StrasbourgVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance Jean-Luc Roland Louis André NancyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité françaiseVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation Université Toulouse-Jean-Jaurès (doctorat) (jusqu'en 1987)Université Strasbourg-IIVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités Philosophe, professeur d'universitéVoir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité 1973-2013Voir et modifier les données sur Wikidata

Autres informations

A travaillé pour European Graduate SchoolUniversité Strasbourg-IIVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement PhénoménologieVoir et modifier les données sur Wikidata
Directeur de thèse Gérard GranelVoir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par Martin Heidegger, Jacques Derrida, Sigmund Freud, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Friedrich Nietzsche, Charles Baudelaire, Simone WeilVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinction Prix Albertus-Magnus (2006)Voir et modifier les données sur Wikidata

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Jean-Luc Nancy, né le 26 juillet 1940 à Caudéran et mort le 23 août 2021 à Strasbourg[1],[2], est un philosophe français.

Jean-Luc Nancy est le fils de Roger Nancy, ingénieur général du Service des Poudres, et de Jacqueline née Gendronneau. Il se marie en 1963 avec Claire Matet rencontrée une année auparavant. Ils ont deux filles, Anne et Geneviève[3]. En 1967, il rencontre à Strasbourg le professeur de philosophie Philippe Lacoue-Labarthe avec lequel il ressent une "entente extraordinaire, une possibilité et une nécessité de travailler ensemble"[4]. En 1970, les deux s'installent avec leurs femmes respectives Claire et Francine, et leurs enfants dans un appartement à Strasbourg. Ils forment ensemble une communauté, « un chiasme sexuel », pour « rompre avec la cellule familiale, le chacun chez soi ». En 1988, le départ avec sa nouvelle compagne Hélène Sagan[5] pour enseigner en Californie met définitivement fin à cette communauté. Un fils naîtra de cette union[6].

Il étudie au lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden (Allemagne occupée), au collège Henri IV de Bergerac, au lycée Louis-le-Grand à Paris puis au lycée Lakanal à Sceaux et à la Sorbonne. Il est agrégé de philosophie en 1964 et docteur d’État (Toulouse, 1987). Professeur de philosophie au lycée Bartholdi à Colmar (Haut-Rhin) de 1964 à 1968, puis universitaire à Strasbourg (Bas-Rhin) de 1968 à 2002, militant de la Jeunesse étudiante chrétienne, de l’UNEF, du SGEN-CFDT jusqu’en 1967, du PSU en 1962-1963. En 1968, Nancy est assistant en philosophie à l'université de Strasbourg où il soutient sa thèse de troisième cycle en 1973. Il est ensuite nommé maître de conférences en philosophie à l'Université des lettres et sciences humaines de Strasbourg puis professeur des universités en 1988 après avoir soutenu son doctorat d’État en 1987 à Toulouse[7]. Il occupe le poste de directeur de l'Unité de formation et de recherche (UFR) Plise (philosophie, linguistique, informatique, sciences de l'éducation) de 1989 à 1997. Il est également directeur de l'École doctorale des Humanités de 1992 à 1994. Il prend sa retraite en 2002[7].

Nancy et Lacoue-Labarthe donnent des cours en commun dans les années 1970 et 1980, et publient plusieurs livres ensemble, dont L'Absolu littéraire.

À la fin des années 1980, Jean-François Lyotard et Gilles Deleuze proposent à Nancy et Lacoue-Labarthe de prendre leurs postes à l'université de Paris-Saint-Denis (ex-Vincennes). Mais Nancy et Lacoue-Labarthe décident de rester en Alsace. Cependant, Nancy observe une détérioration dans la qualité de l'enseignement universitaire, ainsi que dans la qualité des étudiants. Selon lui c'est désormais hors de l'université que la pensée s'épanouit, « comme au XVIIIe »[5].

En 1991, Jean-Luc Nancy subit une transplantation cardiaque, qu'il raconte et analyse dans l'un de ses livres les plus lus, L'intrus (2000). Cette opération sera suivie de complications, et il en garde une santé fragile[5]. Il collabore avec la chorégraphe Mathilde Monnier et le chanteur Rodolphe Burger.

Il s'agit d'une « excédence » du sens qui rassemble à une circulation infinie: ce « rapport à l’excédence en soi, à l’excédence absolue qui est celle de ce qu’on peut nommer l’être aussi bien que le monde ou le sens[8]. » Les mots-clés utilisés par l'auteur – monde, comparution, être-avec – renvoient toujours au partage infini du débordement du sens, souvent inscrit dans le domaine du sens, ou comme « l’affaire même de la pensée[9]. » Nancy ajoute partant qu'il faut

« se tenir dans ce rapport au sens sans compréhension, sans conclusion, sans représentation […] Il ne peut [avoir lieu] que dans le rapport qui s’ouvre à la fois entre nous […] ensemble et singulièrement […] un renvoi infini ou à l’infini […] la vérité du sens […] est le suspens par lequel le sens à la fois s’interrompt et se relance infiniment[10],[11]. »

En 2013, Jean-Pierre Faye, affirme, dans une tribune, que « le nazi Heidegger » est « le maître à penser du Collège international de philosophie », à l'occasion de son 20e anniversaire et dont Jean-Luc Nancy est membre[12],[13].

Après l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, le sémiologue François Rastier dénonce la tribune du philosophe dans Libération[14] renvoyant l’Occident à ses propres responsabilités[15].

En 2017, Emmanuel Faye reproche au philosophe, de reprendre « la triste rhétorique de la Nouvelle Droite » en dénonçant le « politiquement correct » des « pourvoyeurs d'autodafés » qui critiquent des auteurs nationaux-socialistes comme Heidegger ou Schmitt, et de mépriser le fait qu'Heidegger rejoint Hitler, dans son discours au parti nazi de septembre 1933, déterminant l'appartenance à la « race » germanique non de façon biologique, mais par une certaine communauté d'essence[16].

  1. État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970.
  2. Florent Georgesco, « Le philosophe Jean-Luc Nancy est mort », Le Monde,‎ 24 août 2021 (lire en ligne, consulté le 24 août 2021).
  3. « Nancy, Jean-Luc 1940– | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 18 janvier 2025).
  4. Nancy & Aminian Tabrizi, Sexpositions, Dijon, les presses du réél, 2024, 240 p. (ISBN 978-2-37896-436-8), p. 34.
  5. a b et c Eric Aeschimann, « Jean-Luc Nancy, philosopher à Strasbourg », Libération,‎ 2 juillet 2011 (lire en ligne Accès payant, consulté le 19 décembre 2016).
  6. « NANCY Jean-Luc, Roland, Louis », Le Maitron.
  7. a et b Marion Riegert, « Jean-Luc Nancy, la passion créatrice de la philosophie »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), sur unistra.fr (consulté le 6 septembre 2021).
  8. L’Adoration (Déconstruction du Christianisme, 2), Paris, Galilée, 2005, p. 23 ; cf. aussi p. 39 sq.
  9. La Comparution (politique à venir), Paris, Christian Bourgois, 1991, p. 75 ; cf. aussi p. 80.
  10. L’Adoration (Déconstruction du Christianisme, 2), Paris, Galilée, 2005, pp. 130, 77-78.
  11. Autour des modalités épistémologiques du discours de Nancy, et ses rapports avec la deconstrution de la théologie chrétienne, voir Fulvio Accardi, « Pensée de la communauté et déconstruction du christianisme chez Nancy. Une possible mutation anthropologique ? », Cahiers d'études sur le religieux, 16, 2016 (consulté le 14 avril 2017).
  12. Eric Aeschimann, « Pour les 30 ans du Collège de philo... Heidegger s'invite à la fête », Le Nouvel Observateur,‎ 29 juin 2013 (lire en ligne).
  13. « Un brûlot pour les 30 ans du Collège international de philosophie », Libération,‎ 7 mai 2013 (lire en ligne Accès payant).
  14. Jean-Luc Nancy, « Un camion lancé... », Libération,‎ 18 juillet 2016 (lire en ligne).
  15. François Rastier, « Terrorisme de Nice à Edmonton, la faute au camion ? », erudit.org,‎ janvier 2017 (lire en ligne) 31.
  16. Emmanuel Faye, « Heidegger ou le national-socialisme essentialisé », Libération,‎ 8 novembre 2017 (lire en ligne).
  17. Olivier Doubre, « Jean-Luc Nancy, dernier gardien de la grande époque de la pensée française », Politis,‎ 1er septembre 2021 (lire en ligne Accès payant).

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