Picard (original) (raw)

Picard_ch'ti, ch'timi, rouchi_[1]
Pays France, Belgique
Région Hauts-de-France, Hainaut
Nombre de locuteurs 700 000 (1998)[2]
Nom des locuteurs picardophones
Typologie SVO
Classification par famille
- langues indo-européennes - langues italiques - langues latino-falisques - langues romanes - langues romanes occidentales - langues gallo-romanes - langues d'oïl - picard
Codes de langue
IETF pcd
ISO 639-2 roa[3]
ISO 639-3 pcd
Étendue Individuelle
Type Vivante
ISO 639-5 roa[3]
Linguasphere 51-AAA-he
État de conservation
Éteinte EXÉteinteMenacée CREn situation critique SESérieusement en danger DEEn danger VUVulnérable Sûre NENon menacée Langue sérieusement en danger (SE) au sens de l’_Atlas des langues en danger dans le monde_
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) : Ches honmes pi ches fanmes is vient't tertous au monne libe, aveuc ches minmes droèts pi l'minme dingnité. Leu raison pi leu conscienche is font qu'is ont l'dévoér dé s'conduire inter eus conme des frères.
Carte
Image illustrative de l’article Picard L'aire de répartition du picard.
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Le picard (ech picard, el picard en picard) est une langue romane traditionnellement parlée en France dans une partie de la région Hauts-de-France ainsi que dans l’ouest de la Belgique romane (plus précisément dans la province de Hainaut[4], à l’ouest d’une ligne Rebecq-Beaumont-Chimay). Le picard est un élément de l'ensemble dialectal traditionnellement désigné comme langue d'oïl.

Pour désigner cette langue, on utilise picard dans la région Picardie et le plus souvent les mots ch’ti et ch’timi dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (rouchi dans la région de Valenciennes). Cependant, la plupart des locuteurs concernés ont le sentiment d'user d'un patois – terme péjoratif délibérément utilisé par les linguistes à l'époque où l'Instruction publique avait pour mission de répandre l'usage du français sur l'ensemble du territoire et notamment dans les campagnes. Les linguistes, quant à eux, emploient le terme picard. En effet, qu’on l’appelle picard ou ch’ti, il s’agit de la même langue, les variétés parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique étant largement intercompréhensibles et partageant des caractéristiques morphosyntaxiques fondamentalement communes.

Son utilisation quotidienne ayant fortement décliné, le picard est considéré par l'Unesco comme une langue « sérieusement en danger »[5].

Une du Courrier Picard

La communauté française de Belgique a reconnu officiellement le picard comme langue régionale endogène à part entière, aux côtés du wallon, du gaumais (lorrain), du champenois et du francique (décret du 24 décembre 1990).

L'Éducation nationale a inscrit le 16 décembre 2021 le picard parmi les langues régionales pouvant être enseignées à l'école, au collège et au lycée des académies d'Amiens et de Lille[6].

On peut citer à ce sujet un extrait du rapport sur les langues de la France rédigé par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (branche du CNRS), à l’intention du ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie et du ministre de la Culture et de la Communication (avril 1999)[7] :

« L’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des « dialectes du français » ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais[Note 1], bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de « langues d’oïl », en les rangeant dans la liste des langues régionales de la France. »

Le picard bénéficie néanmoins, comme toutes les autres langues de France, des actions menées par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture[8].

L'aire d'extension de la langue d'oïl, avec au nord le picard.

Le picard fait partie de l'ensemble linguistique de la langue d’oïl (comme le français) et appartient à la famille des langues gallo-romanes. C’est d’ailleurs à la langue d’oïl que l’on fait référence lorsque l’on parle d’ancien français. Certains linguistes classent le picard dans le sous-groupe septentrional de la langue d'oïl[9].

La langue picarde est un ensemble de variétés utilisées à l’écrit (scriptae) dans le Nord de la France dès avant l’an 1000 et bien sûr marquées par des traits dialectaux picards ; ces scriptae voisinaient avec d’autres variétés écrites, comme le champenois et l’anglo-normand (le sud de la France utilisait alors un ensemble de variétés, hétérogènes elles aussi, souvent désignées comme constituant la langue d’oc, ou occitan).

À l'échelle locale, on a conscience de parler picard à Lille dès le XIIIe siècle, dans le Livre Roisin; coutumier lillois rédigé vers 1283; un serment juridique à prononcer sur les reliques explicite : « Et s'il fust aucuns qui devant eschevins plaidast et ne seuist riens dou langage pikart_, si doit-il y estre rechus à son sierment faire par le langage que il mius set._ »

Il n'est pas possible de définir avec certitude les délimitations précises du picard à l'époque médiévale, mais on pense que la frontière sud du picard englobait autrefois au moins le Laonnois et la Thiérache, Gossen note que le Nouveau dénombrement du Royaume par généralités, élections, paroisses et jeux de Saugrain[10], publié en 1720, situait encore en Picardie les élections de Beauvais, Compiègne, Senlis, Soissons, Laon, Noyon, Crépy-en-Valois, Clermont et Guise[11]. Mais le dialecte picard fut par la suite refoulé jusque sur les bords de l'Oise[11], et seules les anciennes élections de Clermont, Beauvais, Noyon et Guise figurent encore aujourd'hui en intégralité dans le domaine linguistique picard. Jules Corblet, dans son Glossaire étymologie et comparatif du patois picard, estime que l'idiome picard était compris dans l'ancienne Picardie du XIVe siècle, et qu'il comprenait par conséquent l'Amiénois, le Ponthieu, le Boulonnais, le Vimeu, le Marquenterre, le Santerre, le Vermandois, la Thiérache, le Pays reconquis, le Tournaisis, l'Artois, la Morinie, le Laonnois, le Senlisis, le Soissonnais, le Valois et le Calaisis[12].

Le picard est phonétiquement assez bien différencié des variantes centrales de la langue d'oïl (appelées anciennement francien), qui donneront naissance au français ; parmi les traits les plus remarquables, on peut noter une évolution moins marquée en picard des phénomènes de palatalisation, qui frappent dans les langues d’oïl /k/ ou /g/ devant /j/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ [y inclus /ɔ/ (o ouvert de _porte_] ← /aw/ [cf. joiegaudia, mais corps ← _corpus_]) :

On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :

Ces traits consonantiques caractéristiques sont appelés normanno-picards par la linguistique traditionnelle et sont matérialisés par une isoglosse appelée ligne Joret qui coupe la Normandie en deux du nord au sud, traverse l'Amiénois, la Thiérache, ainsi que le sud-ouest de la Belgique à l'ouest de Rebecq, Beaumont et Chimay.

Ainsi, l’on en arrive à des oppositions frappantes, telles que l'ancien picard cachier (prononcé catchyér) ~ ancien français chacier (prononcé tchatsiér, lequel deviendra plus tard chasser, forme du français moderne).

Le mot rescapé illustre bien ce trait consonantique. Ce terme wallo-picard est passé en français avec la catastrophe de Courrières[13] et il correspond au picard usuel récapé et au français central réchappé (participe passé du verbe réchapper) qui ne s'emploie pas de manière substantivée. Le verbe réchapper est déjà lui-même un emprunt au picard datant du Moyen Âge, puisqu'il est attesté dès le XIIIe siècle sous la forme d'ancien picard rescaper chez Le Reclus de Moliens[14].

En outre, il montre que le français standard n'a pas cessé d'emprunter au picard (ou au normand, car il est parfois difficile de déterminer l'origine géographique de l'emprunt). Ainsi de nombreux termes français révèlent leur caractère normanno-picard : cabaret, emprunt au picard, lui-même du moyen néerlandais caberet, cabret, déjà issu du picard cambrette « petite chambre » ; cauchemar (de l'ancien picard cauchier ou cauquier « fouler, presser » et mare « cauchemar », emprunt au moyen néerlandais mare « fantôme qui provoque le cauchemar ») ; quai, emprunt à l'ancien picard kay « levée de terre faite le long d'une rivière » équivalent étymologique du français chai ; etc. En revanche caillou est un emprunt au normand occidental, comme le montre le suffixe -ou, le picard ayant -eu : cailleu, qui a supplanté l'ancien français chail, chaillou.

Variétés du picard[15],[16],[17],[18],[19].

Inversement, du fait du voisinage entre l’aire du picard et de Paris, le français, c’est-à-dire principalement la langue de l'Île-de-France, influença beaucoup le picard. De cette proximité entre le picard et le français vient d’ailleurs la difficulté à le reconnaître comme une langue à part plutôt que comme « une déformation du français », comme on le pense souvent. On notera d'ailleurs l'ambivalence de cet article sur ce point (voir paragraphes précédents). Aujourd'hui des facteurs d'ordre politiques, socio-éducatifs et technologiques expliquent l'influence grandissante du français standard. Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés, extrêmement proches cependant[réf. nécessaire]. Une énumération précise reste difficile en l’absence d’études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, « ch'ti mi » (ex-bassin minier), variétés circum-lilloises[16] (Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), « rouchi »[15] (Valenciennes, Saint-Amand, Lille, Tournai, Cambrai, Douai) et Borain[20], Artésien rural[17], Saint-Polois[18], Audomarois[21] et formes spécifiques du littoral[22] (Gravelines, Grand-Fort-Philippe, Calais et Boulogne-sur-Mer). Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

La prononciation varie aussi beaucoup suivant les parties de la région où la langue est parlée. De fait, pour un autochtone pratiquant le picard et entendant quelqu'un s'exprimer en patois, il lui est possible d'identifier rapidement l'origine géographique du locuteur.

Exemple de parler picard
(locuteur de Wallonie)

On peut voir deux grands groupe de variétés de picard : le picard du nord (bassin minier, Saint-Omer, Nord, Hainaut) d’une part, et le picard du sud (Arras, Montreuil, Somme, Oise et Aisne)[23] d’autre part. On remarque surtout plusieurs différences régulières et nettes entre les deux types de parlers, ainsi :

Variantes Sud Nord Français
oé / o j’étoé, j'étoai ou j'éteu j’étos j’étais
ieu / iau câtieu câtiau château
tch / k tchien kien chien
oin / on boin bon bon

La prononciation varie dans le domaine picard, car la langue n'est pas uniforme. Ainsi ne prononce-t-on pas cette langue de la même façon dans le Vimeu que dans le Hainaut, où il s'agit d'une autre variété de picard.

Voici quelques exemples en picard du Vimeu (mot picard et prononciation en API):

Picard du Vimeu API Français
gueugue /ɡɶɡ/ [ɡɶɡ] noix
chatchun /ʃatʃøŋ/ [ʃatʃœ̃] chacun
chatcheune [ʃatʃøŋ] chacune
triangue /trianɡ/ [triãɡ] triangle
ej te connouos [eʒ.te.kɔ̃.nwɔ] je te connais
o ll'a rtrouvè [ol.lar.tru.vɛ] on l'a retrouvé

En picard, comme en wallon unifié, les graphies voyelle+nn, voyelle+nm et voyelle+mm marquent la nasalité (il ne faut donc pas lire ces groupes de lettres comme en français).

Picard Prononciation API Français
unne <<_un'n_>> [ɛ̃n] une
tranner <<_tran-né_>> [trãnɛ] trembler
grainne <<_grin-n'_>> [grɛ̃n] graine [grɛn]
minme <<_min-m'_>> [mɛ̃m] même
ganme <<_gan-m'_>>, <<_gan-b'_>> /ɡanb/ [gãm] jambe

Pour rappeler cette nasalisation, on utilise parfois une graphie picarde avec un point disjonctif :

Informations, en langue picarde, relatives à la Cense des Mottes de Marquillies (Nord)

La 1re personne du pluriel apparaît souvent en picard parlé sous la forme de la 3e personne neutre « in », en revanche, à l'écrit, on utilise souvent « os » (de même qu'en français où l'on utilise « on » ou « nous »).

D'autre part, la graphie des verbes conjugués va dépendre de la prononciation qui change dans le domaine picard ; on va donc écrire en picard du sud il étoait ou il étoét et en picard du nord il étot. De même, on aura (i sro / i sra), (in o / in a),... Ceci est noté comme des variantes dans la suite.

On trouvera la conjugaison des verbes picards dans des grammaires ou des méthodes de langue[24].

Conjugaison : ète (être)
Indicatif Subjonctif Impératif
Présent Imparfait Futur Conditionnel Présent
Nord Sud Nord Sud Variantes Variantes
je ej su(s) j'éto(s) j'étoé / étoais ej srai ej séro(s) ej sroé qu'ej soéche qu'ej fuche / seuche
tu t'es t'étos t'étoés / étoais tu sros té séros tu sroés eq tu soéches eq tu fuches / seuches soéche fus / fuche
il il est il étot il étoét / étoait i sro i sérot i sroét qu'i soéche qu'i fuche / seuche
elle al est al étot al étoét / étoait ale sro ale sérot ale sroét qu'ale soéche qu'ale fuche / seuche
on in est in étot in étoét / étoait in sro in sérot in sroét qu'in soéche qu'in fuche / seuche
nous os sonmes os étonmes os étoèmes os srons os séronmes os sroinmes qu'os soéyonche qu'os fuchonche / seuchonche / sonche soéyons fuchons
vous os ètes os étotes os étoètes os srez os sérotes os sroétes qu'os soéyèche qu'os fuchèche / seuchèche soéyez fuchez
ils is sont is étotte is étoètte / étoaitte is sront is sérotte is sroétte qu'is soéch'tte qu'is fuch'tte / seuch'tte
Conjugaison : avoèr (avoir)
Indicatif Subjonctif Impératif
Présent Imparfait Futur Conditionnel Présent
Nord Sud Nord Sud Nord Sud Nord Sud
je j'ai j'ai j'avo(s) j'avoés / avoais j'arai j'érai j'aros j'éroé eq j'euche
tu t'as t'os t'avos t'avoés t'aras t'éros t'aros t'éroés eq t'euches aye
il il a il o il avot il avoét il ara il éro il arot il éroét qu'il euche
elle al a al o al avot al avoét al ara al éro al arot al éroét qu'al euche
on in a in o in avot in avoét in ara in éro in arot in éroét qu'in euche
nous os avons os avons os avonmes os avoèmes os arons os érons os aronmes os éroinmes qu'os euchonche / ayonche ayons
vous os avez os avez os avotes os avoètes os arez os érez os arotes os éroétes qu'os euchèche / ayèche ayez
ils is ont is / il ont is avotte is avoètte is aront is éront is arotte is éroétte qu'is euch'tte
Conjugaison : s'in aler (s'en aller)
Indicatif Subjonctif
Présent Imparfait Futur Conditionnel Présent
Nord Sud Nord Sud Nord Sud Nord Sud
je j'm'in vas ej m'in vos j'm'in alos ej m'in aloès / aloais j'm'in irai j'm'in iros ej m'in iroès qu'ej m'in ale qu'ej m'in voaiche
tu té t'in vas tu t'in vos té t'in alos tu t'in aloès tu t'in iros té t'in iros tu t'in iroès qu'té t'in ale qu'tu t'in voaiches
il i s'in va i s'in vo i s'in alot i s'in aloèt i s'in iro i s'in irot i s'in iroèt qu'i s'in ale qu'i s'in voaiche
elle ale s'in va ale s'in vo ale s'in alot ale s'in aloèt ale s'in iro ale s'in irot ale s'in iroèt qu'ale s'in ale qu'ale s'in voaiche
on in s'in va in s'in vo in s'in alot in s'in aloèt in s'in ira in s'in irot in s'in iroèt qu'in s'in ale qu'in s'in voaiche
nous os nos in alons os nos in alons os nos in alonmes os nos in aloèmes os nos in irons os nos in ironmes os nos in iroèmes qu'os nos in allotte qu'os nos in alonche
vous os vos in alez os vos in alez os vos in alotes os vos in aloètes vos vos in irez os vos in irotes os vos in iroètes qu'os vos in allotte qu'os vos in alèche
ils is s'in vont is s'in vont is s'in alotte is s'in aloètte is s'in iront is s'in irotte is s'in iroètte qu'is s'in allote qu'is s'in voaich'tte
Picard Français Signification
Frunme èt bouke : tin nez i vo kère / tchère eddins ! Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans ! La ferme ! Tais toi!
I n’feut mie qu’chés glinnes is cantte pus fort qu'ech co ! Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ! Le mari ne doit pas se faire mener par son épouse
Tu pus toudis chifler poupoule ! Tu peux toujours siffler après une poule ! Tu peux toujours courir
I mint conme un arracheux d' dints ! Il ment comme un arracheur de dents ! Mentir pour rassurer (comme un dentiste / arracheur de dents)
Muche tin tchul v'lo ch’garde Cache ton derrière, voilà le garde qui arrive Se dit aux enfants qui se promènent cul nu
Tu vus m’ l’intitcher pèr éch gros bout ! Tu veux l'introduire par l'extrémité la plus large ! Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
Tu vus m’foaire gober des eus durs / durs eus ! Tu veux me faire gober des œufs durs ! Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
Tu vus m’foaire cratcher des alunmètes dins l'ieu ! Tu veux me faire craquer des allumettes dans l'eau ! Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !

Le ch’ti est un sobriquet utilisé pour désigner les différentes formes du picard encore parlées dans une grande partie de la région Nord-Pas-de-Calais. Dans la région Picardie, on parle de « picard », alors qu’on emploie plutôt les sobriquets ch’ti, ch’timi dans le Nord-Pas-de-Calais ou encore rouchi dans la région de Valenciennes même si les gens du Nord parlent entre eux simplement de patois, une dénomination dépréciative.

Les linguistes emploient uniquement la désignation de picard. En effet, qu’on l’appelle patois, picard ou ch’ti, il s’agit de la même langue, et les variétés qui sont parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique sont assez largement inter-compréhensibles.

De nombreux mots des formes de picard sont très proches du français mais un grand nombre de mots lui sont totalement spécifiques, principalement des mots du jargon minier. Lorsque Zola vint dans la région se documenter pour Germinal, un interprète lui fut nécessaire pour dialoguer avec les mineurs.

Picard Français Picard Français
Adof Adolphe Ghilanne, Ghilangne Ghislaine
Alekchinte Alexandre Augusse, Gusse / Eudjusse, Djusse Auguste
Batisse Baptiste Madlanne, Madlangne Madeleine
Edziré Désiré Madorite Marguerite
Fine Joséphine Marchelle Marcelle
Flaviye Flavie Mariye Marie
Flippe Philippe Pièarre Pierre
Foantin Florentin Ernesse Ernest
Françoés François Tiofile, Tiofi Théophile
Germanne, Germangne, Germainne Germaine
Voir Prénoms dans les langues d'Oil (pcd) pour d'autres prénoms en picard

Panneau Eschole Picarte sur la mairie-école de Trefcon, (Aisne).

Enseigne de café en picard à Cayeux-sur-Mer (Somme).

Selon les historiens, il est probable que l’école républicaine obligatoire ait fait disparaître au XXe siècle les locuteurs picards monolingues.

Avec la mobilité des populations et l'enseignement obligatoire du français à l'école, les différentes variétés du picard tendent à s’uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le picard tend à perdre de sa spécificité en se confondant avec un français régional. D’ailleurs, de nos jours, si la plupart des locaux peuvent comprendre le picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares. Cependant, le picard, parlé dans les campagnes comme dans les villes, est loin d’être une langue disparue, et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.

En 1958, alors qu’un Atlas linguistique du Picard était en cours (lancé par Robert Loriot, dont la thèse de Doctorat a porté sur l’étude phonétique des parlers populaires de l’Oise) de même qu’un Inventaire général du Picard (compilé par Raymond Dubois (Sus-Saint-Léger) et Robert Loriot) était fondé à Arras aux Archives du Pas-de-Calais une Société de Dialectologie Picarde (présidée par Mario Roques). Cette société s'était donnée mission de susciter, encourager et publier tous travaux relatifs à la dialectologie picarde « offrant les garanties scientifiques qui s’imposent »[25]. La langue picarde fait de nos jours l’objet d’études et de recherches dans les Universités de Lettres de Lille et d’Amiens ainsi que dans des universités étrangères comme à Indiana University aux États-Unis[26].

Depuis la circulaire de 2021, le picard est enseigné dans des établissements scolaires de 1er et 2e degré des académies d'Amiens et de Lille[27]. Une formation universitaire est également proposée à l'Université de Picardie Jules Verne à Amiens[28].

Depuis 2016, l'Agence régionale pour la langue picarde se donne pour mission de « promouvoir la langue picarde dans tous les secteurs de la société »[29] dans l'ensemble des Hauts-de-France. Ils organisent les festivals Chés Wépes[30], rédigent des publications sur la langue[31], et mettent en valeur la langue auprès des communes avec la charte Ma commune aime le picard, un engagement par la commune signataire a effectuer des actions pour la langue picarde[32], souvent matérialisée par la double signalisation français-picard. Cette charte a été signée par Amiens[33] et 20 autres communes[Note 2] dans la Somme, le Pas-de-Calais[Note 3] et le Nord[Note 4].

Le picard est surtout une langue parlée, mais il est véhiculé par écrit à travers des textes littéraires comme ceux de Jules Mousseron, par exemple Les Fougères noires, un recueil de « poésies patoises » (selon les termes utilisés sur la couverture de l'ouvrage dans son édition de 1931) de Jules Mousseron[34]. Plus récemment, la bande dessinée a connu des éditions en picard, avec par exemple des albums des aventures de Tintin (Les pinderleots de l'Castafiore, El' sécrét d’la Licorne et El’ trésor du rouche Rackham), ou encore d'Astérix (Astérix, i rinte à l'école, Ch’village copé in II et Astérix pi Obélix is ont leus ages - ch'live in dor )[35].

Le premier album d'Astérix en picard s’est vendu à 101 000 exemplaires ce qui représente la plus grosse vente de toutes les traductions en langue régionale, selon l’éditeur Albert René[36].

À l’origine, la période médiévale puis celle correspondant au moyen français sont riches de textes littéraires en picard : par exemple, la Séquence de sainte Eulalie (880 ou 881), premier texte littéraire écrit en langue d’oïl, ou les œuvres d’Adam de la Halle. Le picard, cependant, n’a pas réussi à s’imposer face à la langue littéraire interrégionale qu’était devenu le français, et a été peu à peu réduit au statut de « langue régionale ». On n'oubliera cependant pas que les célèbres romans octosyllabiques, priés des surréalistes, La Manekine et Jehan et Blonde, du poète Philippe de Remy, sont émaillés de termes picards[37].

On trouve une littérature picarde moderne lors des deux derniers siècles, lesquels ont vu naître partout en France les affirmations identitaires régionales en réponse au modèle républicain centralisé issu de la Révolution. Aussi le picard écrit moderne est-il une retranscription du picard oral. Pour cette raison, on trouve souvent plusieurs orthographes aux mêmes mots, de la même manière que pour le français avant que celui-ci ne soit normalisé. L’une des orthographes s’inspire directement des mots français. Elle est sans doute la plus simple à comprendre mais elle est aussi certainement à l’origine de l’idée selon laquelle le picard n’est qu’une déformation du français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour remédier à cet inconvénient, et donner au picard une identité visuelle distincte du français. Il existe actuellement un certain consensus, au moins parmi les universitaires, autour de la graphie dite Feller-Carton. Ce système, qui donne aux prononciations spécifiques au picard des graphies en rapport, mais reste lisible pour qui ne maîtrise pas entièrement la langue, est l’œuvre du professeur Fernand Carton, qui a adapté au picard l’orthographe du wallon mise au point par Jules Feller. Une autre méthode existante est celle de Michel Lefèvre (où [kajεl] « chaise » est noté eun' kayel, contre eune cayelle dans le système Feller-Carton). Soulignons les efforts significatifs du chanoine Haigneré (1824-1893), du professeur Henri Roussel et du docteur Jean-Pierre Dickès pour décrire et conserver cette langue par écrit.

Dans le folklore du Nord de la France et de Belgique, le géant est une figure gigantesque qui représente un être fictif ou réel dont les noms sont souvent en picard :

Le sobriquet « rouches boyaus » (boyaux rouges) est très ancien, il remonte au XVIe siècle et désigne les habitants du sud de l'Artois dans le Pas-de-Calais. Ce sobriquet est indépendant de la définition des « ch'ti » voisins.

L'origine de ce sobriquet se perd dans le temps. Les trois explications les plus courantes sont en rapport avec les histoires suivantes :

Plus de soixante-dix théâtres de cabotans se fixent en deux siècles à Amiens. Beaucoup de théâtres disparurent avec la Première Guerre mondiale et l'invention du cinématographe. Lafleur connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale.

Le picard a aussi su s'intégrer dans la modernité par le domaine de la chanson-rock ou blues et ce dès le début des années 1980 avec des groupes comme Dejouk (amiénois), ou encore Killer Ethyl. Mais c'est le chanteur, poète et revuiste Christian Edziré Déquesnes qui pousse l'expérience le plus loin après sa rencontre avec Ivar Ch'Vavar vers le milieu des années 1990 en créant le groupe Chés Déssaquaches, devenu ensuite Chés Éclichures, (2) Brokes et aujourd'hui Chés Noértes glènnes. Dernièrement le slameur Serial crieuR (pcd) a également créé un (pcd) [vidéo] « Clip tout en picard », sur YouTube. Kamini utilise quelques phrases picardes dans la chanson Marly-Gomont.

  1. Il est à noter qu'après une éclipse entre 2007 et fin 2009, le poitevin-saintongeais réapparaît dans la liste des langues de France, langues d'oïl, début 2010, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du Ministère de la Culture, sous le libellé suivant : « poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais] ».
    DGLF - Ministère de la Culture », sur www.culture.gouv.fr (consulté le 27 janvier 2017))

  2. Eaucourt-sur-Somme, Boismont, Épehy, Briquemesnil-Floxicourt, Vraignes-en-Vermandois, Ailly-sur-Noye, Licourt, Aigneville, Saisseval, Ronssoy, Le Crotoy, Le Boisle, Lanchères, Naours, Gézaincourt et Glisy.

  3. Magnicourt-en-Comté, Beugin et Douriez.

  4. Roost-Warendin.

  5. « Wassingue, dépiauter, rétu: ces mots qui ne se disent qu'en picard/ch'ti, qui n'ont pas de traduction en français et qui ont donné un mot en français », sur franceinfo (consulté le 1er octobre 2023)

  6. « Selon l'ONU, environ 500 000 locuteurs en France et 200 000 en Belgique », sur OHCHR (consulté le 27 janvier 2017)

  7. a et b Code générique.

  8. Alain Jouret, 1914-1918 dans la région de Mons-Borinage. En patois et en images, Saint-Ghislain, 2018, 512 p. (Publication extraordinaire du Cercle d'histoire et d'archéologie de Saint-Ghislain et de la région, 17).

  9. « UNESCO Interactive Atlas of the World’s Languages in Danger », sur Unesco (consulté le 27 janvier 2017).

  10. Journal le Courrier picard du 17 décembre 2021, page3

  11. « Les Langues de la France, Paris, 1999 », sur www.culture.gouv.fr (consulté le 27 janvier 2017).

  12. « présentation lgfrance », sur www.dglflf.culture.gouv.fr (consulté le 27 janvier 2017)

  13. Jacques Allières, La formation de la langue française, Presses Universitaires de France, 1988.

  14. BnF : Saugrain.

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  44. « Il y a vingt ans, la comique « Julie » emportait avec elle un peu du picard roubaigno », sur La Voix du Nord, 18 janvier 2018 (consulté le 13 mai 2022)

  45. Depuis 2014, les sketchs en chti de Julie ch'est mi sont en accès sur Youtube : « Julie ch'est mi Part 1 - YouTube », sur www.youtube.com (consulté le 13 mai 2022)

  46. (nl) Alex Vanneste, Taaltoestand in Frans-Vlaanderen, Ons Erfdeel, 1972 (OCLC 901817959)

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