feu — Wiktionnaire, le dictionnaire libre (original) (raw)

(Nom commun) (XIIe siècle) Du moyen français feu, de l’ancien français fou (IXe siècle), fu, foc[1], du bas latin feu, du latin fŏcus (« foyer, âtre, feu de la maison »)[1][2], qui a supplanté le latin classique ignis à l’époque impériale[3][4]. Feu est cognat de l’italien fuoco, de l’espagnol fuego, du portugais fogo, du catalan fog ; mais sans rapport avec l'allemand Feuer qui viendrait directement du grec « πῦρ »[5].

Note : en proto-indo-européen commun, il semble qu'il y ait eu deux mots pour le feu, selon les hypothèses de reconstitution. Le premier *h₁n̥gʷnis a donné des mots comme ignis en latin et अग्नि, agni en sanskrit, et désigne le feu en tant qu’élément animé et actif, comme une entité : ainsi dans des expressions comme « dieu du feu » (Agni est le dieu hindou du feu), ou « esprit du feu », « le feu de la haine fait encore rage dans son âme »[6].
Le second *péh₂wr a donné des mots comme fŏcus en latin, fire en anglais, πῦρ en grec ou pir en ombrien, et le français feu. Cette seconde racine fait référence au feu comme une substance inanimée et envisagée comme un outil (ainsi dans « allumer le deuxième feu de la gazinière pour cuire les légumes »)[6].

Aujourd'hui la plupart des langues indo-européennes semblent n'utiliser qu'un seul mot pour désigner ce substantif, issu soit de la première origine, soit de la seconde[6].

Le français possède deux familles de mots issues respectivement de chacune de ces deux origines : de la première viennent des mots comme igné, ignifuge, ignition, ignivome, ignivore, ignicole[4]. De la seconde viennent des mots comme feu ou foyer (lui-même dérivé du latin focarium (« fourneau de cuisine »)[7] qui avait remplacé focus[4]) ; ainsi que les mots renvoyant à l'idée de foyer d'ellipse ou de lentille optique (rassemblant et diffusant un rayonnement) qui comportent l'élément foc- tiré de focus, comme focal[4]. Focus a aussi donné fusil par l'intermédiaire de *focilis, « pierre à feu »[4].

(Adjectif 1) Dérivé du nom commun. référence nécessaire (résoudre le problème)

(Adjectif 2) (XIe siècle) De l’ancien français feüz : → voir malfeüz (« qui a une mauvaise destinée, malheureux »), fadude (« qui a accompli sa destinée »), d'où « mort » (XIe siècle) sous la forme feü, du latin vulgaire *fatutus (« qui a telle destinée »), dérivé du latin fatum (« destin »)[2][8][9].

(Interjection) Dérivé du nom commun. référence nécessaire (résoudre le problème)

Singulier Pluriel
feu feux
\fø\

La maison est en feu. (3)

Feu de signalisation (13)

Feux arrière de voiture. (15)

feu \fø\ masculin

  1. Phénomène calorifique et lumineux produit par la combustion d'une matière inflammable ; un des quatre éléments des Anciens. Note : Utilisé avec l’article défini : « le feu ».
    • La maîtrise du feu est souvent considérée, avec celle de l’outil, comme une des caractéristiques qui distinguent l’homme de l’animal. — (Jacques Collina-Girard, Le feu avant les allumettes, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998, page 1)
    • Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. Fous de souffrance et de fatigue, tout leur semblait vain devant la calamité suprême : le Feu était mort. Ils l’élevaient dans trois cages, depuis l’origine de la horde ; quatre femmes et deux guerriers le nourrissaient nuit et jour. — (J.-H. Rosny aîné, La Guerre du feu dans la bibliothèque Wikisource Article sur Wikisource, Première partie, chapitre I « La mort du Feu », Plon, Paris, 1920 (1re publi. 1909 en feuilleton, 1re éd. 1911 en volume), page 5)
    • Les archéologues en concluent que la pyrite a été transportée sur une longue distance pour être apportée exprès sur ce site, dans le but d’y faire du feu. — (Camille Gévaudan, « Les hommes de Néandertal allumaient des feux il y a 400 000 ans déjà », dans Libération, 2025-12-13 [texte intégral]. Consulté le 2025-12-15)
  2. Brasier de petite envergure allumé à dessein pour éclairer, chauffer ou cuire.
    • Lorsqu’une bande de baleines est signalée, la nouvelle se répand aussitôt dans tout l’archipel au moyen de feux allumés sur les montagnes ; […]. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 37)
    • Ils arrivèrent à la grotte, tout le monde se les gelait sérieusement. Ils décidèrent de faire un feu pour la nuit. — (Eva Kavian, L'Homme que les chiens aimaient, ONLIT Éditions, 2016, page 98)
    • Ils allumèrent des feux qu’ils entretinrent nuit et jour, et les hommes qu’on envoyait à la corvée du bois aux environs devaient tenir les loups en respect. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 271 de l’édition de 1921)
    • Je m’habillai hâtivement et redescendis jusqu’à la salle à manger, la température était glaciale, le feu n’avait pas pris, je n’avais jamais été doué pour le feu, je ne comprenais rien à l’assemblage de bûches et de brindilles qu’il convenait de bâtir, c’était un des nombreux points qui me séparaient de l’homme de référence – mettons pour situer Harrison Ford – que j’aurais souhaité d’être, enfin pour l’instant la question n’était pas là. — (Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019, page 280)
  3. (En particulier) Incendie.
    • En saison sèche, les Garde-bœuf suivent les feux de forêt et de savane, pour manger les animaux mis à nu par la disparition de la couverture herbacée. — (Jean Claude Ruwet, Les Oiseaux des plaines et du lac-barrage de la Lufira supérieure (Katanga méridional) : reconnaissance écologique et éthologique, Université de Liège & Fondation pour les recherches scientifiques en Afrique centrale, 1965, page 41)
  4. (Familier) (Par métonymie) Dispositif autonome destiné à produire une petite flamme (briquet, allumette, allume-cigare…).
    • Prête-moi ton feu.
    • Avez-vous du feu ?
    • Y a-t-il du feu dans la voiture ?
  5. (Vieilli) Bougie allumée pour indiquer le temps durant une mise aux enchères publiques.
    • Deux antres feux successivement allumés sur cette dernière somme s’étant éteints sans enchère, la maison dont il s’agit, a été définitivement adjugée à bail à M. Nicolas Lhérault, sus-nommé, […]. — (F. M. Sellier, Le manuel des notaires, Paris : Librairie Cotillon, 1841, volume 1, page 135)
  6. (Par métonymie) (Vieilli) Torche.
    • Il nous guidait grâce au feu qu’il portait dans la main.
  7. Source de chaleur pour la transformation des aliments.
    • Laissez cuire vingt minutes à feu doux.
  8. Appareil de cuisson des aliments, cuisinière.
  9. (Par métonymie) Endroit où l’on fait du feu.
    • — Cependant la nuit que tu viens de passer a dû te donner à réfléchir ?
      — Bien certainement, j’aimerais mieux un bon lit et le coin du feu.
      — Le veux-tu, le coin du feu et le bon lit, avec le travail bien entendu ? — (Hector Malot, Sans famille, 1878)
    • […] et l’on court se mettre en pantoufles et en robe de chambre pour popoter avec lui au coin du feu. — (Octave Uzanne, Les Zigzags d’un curieux, Maison Quantin, 1888, page 218)
  10. (Par métonymie) (Vieilli) Foyer ; famille.
  1. (Par métonymie) (Au pluriel) Lumière.
  1. (Sens figuré) Signal lumineux.
  1. (Par métonymie) (Familier) (souvent au pluriel) Dispositif électrique qui régule le flux des véhicules et des piétons à l’aide de lumière de différentes couleurs.
  1. (Par métonymie) Phare maritime.
  1. (Par métonymie) Dispositif lumineux permettant de signaler la présence d'un véhicule ou d'un aéronef, ses changements de direction, ses arrêts.
  1. (Sens figuré) (Poétique) Étoile, corps céleste brillant.
  1. (Sens figuré) Éclat, scintillement.
  1. (Sens figuré) Saveur brûlante, en particulier d’un alcool. Sensation de brûlure.
  1. (Littéraire) Excitation ; passion.
  1. Source d’excitation, de passion, d'exaltation, de foi.
  1. (Littéraire) Passion, amour.
  1. (Argot) (Par ellipse) Arme à feu, pistolet.
  1. (Militaire) Tirs, lors d’un combat.
  1. (Sens figuré) (Argot) Enthousiasme, excitation.
  1. (Athlétisme) (Par ellipse) Coup de feu, signal sonore qui autorise le départ d’une course. Départ d’une course.
  1. (Sens figuré) Urgence, presse.
  1. (Astrologie) Élément astrologique qui comprend les signes Bélier, Lion et Sagittaire.
  1. (Familier) Utilisé pour exprimer que quelque chose est génial.

  1. Armoiries avec un feu (sens héraldique)
    (Héraldique) Meuble représentant un ensemble de flammes dans les armoiries. Il est toujours représenté flammes vers le chef. Certains auteurs blasonne le nombre de flammes (trois d’ordinaire). Il peut être meuble seul ou utilisé en complément d’un autre (marmite par exemple). On le trouve également dans des meubles composites mais il porte alors un nom différent : immortalité pour le phénix, patience pour la salamandre. À rapprocher de flamme.
  1. (Régional) Brûlure de la peau.
  1. (Théâtre) Gratification accordée à chaque représentation.

Endroit où est fait le feu

Dégagement d’énergie calorifique par une combustion.

Lumière.

Signal lumineux.

Dispositif électrique régulant le trafic sur la voie publique.

Phare maritime.

Phare automobile.

Passion.

Arme à feu.

Un berger de Beauce noir et feu.

Un lapin noir et feu.

feu \fø\ invariable

  1. De la couleur des braises, rouge vif à rouge orangé. #FE1B00
  2. (Zoologie) Qualifie la partie fauve à rousse, proche de la couleur du feu, d’une robe d’animal.
    • Certains chiens et certains lapins ont une robe noir et feu.
    • Une marque de feu est un reflet fauve sur une robe de cheval sombre.
Singulier Pluriel
Masculin feu\fø\ feus\fø\
Féminin feue\fø\ feues\fø\

feu \fø\

  1. Qui est mort depuis un certain temps.

    • Je pense que personne n’a approuvé la conduite d’Henri IV avec la feue Reine-mère, sa femme, sur le fait de ses maîtresses […] — (Gédéon Tallemant des Réaux, « Henri IV », dans Les Historiettes, tome 1, texte établi par Monmerqué, de Chateaugiron, Taschereau, Paris : chez A. Levavasseur, 1834, page 10)
    • Je me jetai dans le travail, je m’occupai de science, de littérature et de politique ; j’entrai dans la diplomatie à l’avénement de Charles X qui supprima l’emploi que j’occupais sous le feu roi. — (Honoré de Balzac, Scènes de la vie de campagne : Le Lys dans la vallée, 1836, Paris : chez Michel Lévy frères & à la Libraire Nouvelle, 1873, page 305)
    • La feue impératrice a gardé la Hongrie. — (Victor Hugo, Théâtre en liberté : La Grand’mère, 1866, scène II)
    • Malgré ses efforts pour paraître gentilhomme jusqu’à soulever son chapeau chaque fois qu’il disait : « Feu mon père », l’habitude l’entraînant, il se versait à boire coup sur coup, et lâchait des gaillardises. — (Gustave Flaubert, Trois Contes : Un cœur simple, 1897)
    • Juillet nous rissole à grands feux
      Et l’on fuit vers la mer avide
      En regrettant presque les feus
      Saints de glace… La Ville est vide. — (Théo Hannon, « Photographes », dans Au clair de la dune, 1909 → lire en ligne)
  2. Orthographe : variable ou invariable ? L’adjectif est normalement invariable lorsqu’il précède l’article ou le possessif : « feu ma tante » ; et il s'accorde en genre et en nombre s'il les suit : « mes feues tantes », « les feus saints de glace ». Cependant, l’accord avec l’article ou le possessif est toléré (feue ma tante). D'ailleurs, un arrêté ministériel du 26 février 1901 a autorisé l’accord en genre et en nombre dans les deux cas[10].

  3. Usage : cet adjectif ne s’utilise normalement qu’avec des personnes que le locuteur a vues ou aurait pu voir. On ne dit pas feu Socrate, feu Platon, feu Cicéron, si ce n’est en plaisantant, ou dans le style burlesque.
    Quand on dit le feu pape, le feu roi, etc., on entend toujours le dernier pape à être décédé, le roi plus récemment mort, etc. On dit feu la reine s’il n’y a pas de reine vivante, et la feue reine si une autre l’a remplacée.
    Feu tombe en désuétude et n’est plus guère employé que dans le registre formel, voire littéraire. On dit plus couramment, mais avec une nuance populaire, défunt.

  4. Sens : cet adjectif « feu (ma tante) » n'est pas du tout dérivé du substantif « feu (la flamme) » ; malgré leur homonymie parfaite (ils sont homophonographes, sauf pluriel en "x" pour le nom, et en "s" pour l'adjectif), ils appartiennent à des familles lexicales différentes, et leurs sens respectifs n'ont rien à voir. L'étymologie du nom évoque la consomption, le feu dans l'âtre (fŏcus), alors que celle de cet adjectif évoque le destin, la fatalité (fatum). Au contraire, l'adjectif 1 (« un pelage noir et feu ») a fait l'objet d'une dérivation par métonymie (similitude de couleur) à partir du nom feu.

feu \fø\

  1. À l’attaque, tirez. Ordre habituellement donné par un commandant pour commencer le feu (combat).
    • En joue, feu !
    • – À l'ours ! criait-elle d'une voix aiguë ; à l'ours ! des fusils !… Il emporte une femme ! tuez-le ! Feu ! feu ! — (Prosper Mérimée, Lokis, 1869)

Modifier la liste d’anagrammes

  1. 1 2 Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, 1992–2024 → consulter cet ouvrage
  2. 1 2 Emmanuèle Baumgartner et Philippe Ménard, Dictionnaire étymologique et historique de la langue française, Paris, Livre de Poche, 1996
  3. « feu », dans TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé, 1971–1994 → consulter cet ouvrage
  4. 1 2 3 4 5 Jean Bouffartigue & Anne-Marie Delrieu, Trésors des racines latines, Belin, collection « le Français retrouvé », Paris, 1981, ISBN 978-2-7011-4934-9, page 206.
  5. « feu », dans Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872–1877 → consulter cet ouvrage
  6. 1 2 3 (français) hutnel5326beru32 (pseudo), Quelles langues indo-européennes ont encore des mots pour le feu animé et inanimé, et lesquelles en ont perdu un ? sur reddit.com, 2019. Consulté le 08/10/2025.
  7. En revanche le mot français fourneau vient pour sa part du latin furnus et non de focus ni de focarium, qui ont une origine proto-indo-européenne différente
  8. Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, 1992–2024 → consulter cet ouvrage
  9. Voir aussi toutes les hypothèses étymologiques sur l'adjectif 2 « feu, feue », dans Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872–1877 → consulter cet ouvrage
  10. Circulaire relative à la simplification de la syntaxe, adressée par le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts aux recteurs, 26 février 1901. Consulté le 29 janvier 2025.

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Du vieux-francique *fĕhu.

feu masculin

  1. Fief, hommage.

(976) Du vieux-francique *fĕhu.

Singulier Pluriel
feu\Prononciation ?\ feus\Prononciation ?\

feu \Prononciation ?\ masculin

  1. Seigneurie.

Du latin fagus.

feu \fœ\ masculin

  1. Hêtre.

Forme du savoyard d’Albertville.

Orthographe globalisante de l’arpitan

Savoie

Bugey

Suisse romande

Piémont

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Invariable
feu [Prononciation ?]

feu [Prononciation ?] masculin (Roccella)

  1. (Piazza Armerina) Fiel.

De l’ancien français fou (IXe siècle), fu, foc, du bas latin feu, du latin fŏcus (« foyer, feu, âtre »), qui a supplanté le latin classique ignis à l’époque impériale.

feu *\Prononciation ?\ masculin

  1. Feu.

Étymologie manquante ou incomplète. Si vous la connaissez, vous pouvez l’ajouter en cliquant ici.

feu \Prononciation ?\

  1. Laid, vilain.